XVI
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Ce qQ*on a n'est rien auprès de ce que Ton vent avoir; Anémone et Narcisse en fournirent une preuve de plus. Qui n'eût pensé qu'en fait de désirs, ils avaient atteint la limite? Narcisse jouait avec un bonheur qui n'avait d*égal que sa témérité; il en était arrivé à ce degré où parviennent les raffinés de la spéculation ; il maîtrisait le hasard, il frappait à coup sûr. Comme s'il eût voulu lasser le sort, il tentait des aventures à périr vingt fois, se chargeait des opérations les plus invraisemblables, acceptait tout et de toute main, mines , métaux, cristaux, chiffons de papier, banques en Tair, caisses dans la lune ; et son étoile ne rabandonnait pas, môme dans ces écarts, et il trouvait des béoéfices là où un autre eût laissé f on dernier écu. Jéroboam en était stupéfait ; il ne savait qu admirer le plus de l'audace ou du sang-froid de son élève;
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il avouait qae sa méthode n'aurait jamais pu le conduire ni aussi liaut ni aussi loin.
Quanta Anémone, elle avait tout ce qu*une mor* telle peut souhaiter ici-bas. Point de fantaisie, point de caprice qu'elle ne fût en mesure de contenter ; Narcisse la laissait puiser à pleines mains dans ses corTres. Point de fétes^ point de spectacles où elle n*assistât et ne mît en évidence ses grâces et ses atours. Onla voyait partout ; aux Champs-Elysées on au Champ-de-Mars, dans les bals champêtres et dansles courses au clocher; un jour même elle monta en ballon et s'égara dans les nues. Jamais créature n*eut à ce point le choix des divertissements et une plus grande variété de plaisirs. Été ou hiver, son bouquet était toujours composé des fleurs les plus rares, et sa toilette se renouvelait aussi souvent que son bouquet. Elle était enfin de ces femmes qui abusent des choses au lieu d*en user et dilapident au lieu de jouir.
Eh bien I cet ensemble de contentements ne suffisait ni à Tun ni à Tautre. En manière de diversion, Narcisse se prenait bien à lorgner les filles d*Opérâi, tandis qu'Anémone se jouait des entreprises de
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> JéroooiiD ; mais ces paMe^emps ne reraplMsaieitt pas les vides de teur -espnt. il leur fdlaît autans jdtm un bot plos éigae tt tm aUneat iplss aérieox. Ils s'en eiiplkiiiëiient un jonr ^a'tt li&iUaieBt i Fiwisson, assis câte à o4te dans leur équipage :
*— C'est à en aivaler «a langue I dit Anénone en rompant le «lence. Tous les soirs la même chose! Tous les^rs! Tons les soirs I £t puis àirecomnmneer le lendenain ! Aveeies mêmes lacpula!
Avec le même cocher à poudre I Si c'est du bon- 'heur, Narcisse., il est du genne «emiuterneU Est- •oe qii/3 ça t'aunse, toi?
— £hl eh! r^ondit Mistigris, tout juste.
— Autant être une poiqpée à ressorts , pouraulrit Ja jeune fiUe^ c'est le même exercice. Se lever^ tt «coucher , manger , d€«*mir, s'attifar, se promener^ ten yoîlà pour mes irkigt-quatre heures. Du méciHunique , comme je te le disais. Et pas -d'embanas pour le dtner ; le couvert toujours mis , des orto- •lans quand on ^i veut, le terme an couraot^ des .oolifieheîls en massey des meidries Pompadour , de Jtaigedt , des Mlets de banque ;plein mes tffràn. Cas T'Ondare d'mi souci , imab pas l'ombre. Et Ut
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crois qoe ça peut durer comme ca?«G*est h en monrîr d^ennui 1 Parle , Narcisse T
— Â tim te dis-tn , Anémone ? Ten sms là aussi. De l'argent, toujours de l'argent ! il m*en arrive de tous côtés et au moment où je m'y attends le «soins. Partout ou je frappe, il en jaiRit de l'argent. On cKe la Cafifomîe ; poonquoi aller si loin ? J'en al tnmyé «ne è quelques pas ^dlci , et où les lingots sont à fleur deierre ; il n'y a qu'à étendre la main. Eli Meni je «ommence à m'en lasser. L'argent! Est-ce que je tiens à l'argent? Il me sort par les yeux. J'ai beau le jefer à tort «t à travers, il m'en revient plus que je n'en gâte. J'ai beau le risq\ier à eontre*sens , essayer de le perdre , de Tégaper , il n'«n retrouve pas moins le cheomi de mon porteféuiHe avec une fidélité désespérante et en compa* gnie-des petits qu'il a faits, k la lK)nne heure, mais est-ce là tout? La vie ne se compose- t-elle que d'argent? IDon , je le aens , Atiémone , il y a autre diose; 9 y a ce que Tai^enlt ne donne pas et ce que le voudrais «voir, ajouta Mbtigris en exhalant un WQpir.
— Juste comme moi , s'écria la jiaune fille ; ça %
rencontre bien. Âh ! tu as aussi ta marotte ; tant mieux ; nous mettrons tout en commun. Vois-tu , Narcisse 9 l'essentiel en ce monde, c'est d'y faire de l'eiTet.
-- Tu as raison, mille fois raison.
^ Le plus d'eflTet qu'on peut, reprit-elle. Il n'y t que les pédants pour prendre au sérieux l'apologue de la violette qui se cache en répandant soq parfum. Au contraire, il faut se montrer, se pro^ duire avec tous les avantages queTon a. Le siècle y est porté ; témoin les tableaux vivants.
— Ah! ma chère!
— C*est Texcès du genre , j'en conviens ; mais n'empêche qu'il faut déployer ses agréments toutes les fois qu'on le peut. La nature n'a rien fait d'inutile , et c'est lui manquer que d'enfouir ses dons. Voilà ce qui me travaille le cerveau; et toi?
— Moi, Anémone y c'est quelque chose d'approchant. Une fantaisie, une misère, un objet qui court les rues, au pied de la lettre, mais enfln, j'y tiens. Ça fait bieu; ça pose un homme, c'est sérieux, c'est diplomatique , enûn^, ça m'irait. .
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-—Ta m'intrigues; et| qu'est-ce donc? Dis ta fantaisie , voyons.
— Dis la tienne, d*abord ; l'une fera passer l'autre.
— Point d^enfantiilage» Narcisse, qu'est-ce que c'est?
— Après toi, Anémone; j'ai peur que tu ne te moques*
— Bah ! puisque nous sommes à deux de jeu.
— Cest cela, dos à dos; eh bien , parle alors? Quelle est ta marotte ?
— Un débuta 1 Opéra? Et toi?
-^ Moi , le ruban rouge ! Le mot est lâché.
— OfaI Narcisse, Narcisse, voilà un vœu bien modeste 1 Un ambitieux comme vous !
— Et vous , Anémone , je ne vous reconnais pas à ce désintéressement I Vous pourriez viser plus haut, ma reine.