‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 13 sur 40 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

ti'âf EatDva A BOIS OLoa

Uistigris tint la promesse qu'il avait faite ; il se mit en mouvement et eut recours à de si savantes manœuvres que, huit jours après cet entretien, il obtint qu'Anémone serait entendue à l'Opéra, devant l'aréopage qui décide souverainement des

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dtiiuts. Les lois locales le yoolaient aissi ; il falkôt em passer par cette épFeave. Mienx eûi valu sans 4oiite aller d'abord devant le public et «ë prodaire SOQS les feux 4tt lustre; mais il est «n lonte disse des formalités dont on ne saurait d'afiraachir, et qui traversent « sans receviûr «ucune atteiate, le tenpS'et les révohitioas.

On sait dans quelles conditions 8*acoom|dis9eBt ces eiercioes préparatoires. OrdiDairement ils ont lieu es fdein jour, et larsque les r^titioDS sont tenmoée8« La salle demeure dans r^bscudiéy et b isoène reçoit à peine quelques clartés des^pMuqoets de la rsBDpe. Cest «dans cette enceinte sonifare (pe viennent s'asseoir les juges et les amis privilégiés. Après avoir traversé le dédale des corridors, gravi des escaliers de service, franchi les chausse-trappes ouvertes sons leuni pas , h'^uiAé des décors et coudp7é des frises , ils se distribuent du mieux qu'ils f euvent «oit dans les lo^ , sait «dois les stalles d'aiHiiestre , 4e galerie et de balcon. Là^ invisiUes •et silencieux , ils assistent à cette épneitiie à la faoan ies dignités d'Homère , qui suivaîeDt du sein de leur nuage les ?idssitaides des condiats jrâiguUfln*

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Les choses se passèrent i>oiir Anémone comme pour les autres artistes à Fessai. Seulement la salle avait été garnie avec nn art et un soin particuliers : aucun n'y manquait de ceux qui le lendemain devaient emboucher la trompette. Comme renfort, Narcisse avait introduit un certain nombre de membres de la coulisse, les phis répandus , les mieux chaussés, les pins avantageusement placés dans le monde parisien. Leur tâche consistait à s'emparer des moindres détails de la séance et à les propager dans les salons , avec tous les embellissements que Timagination peut fournir. Ainsi , les éléments d'un beau succès étaient réunis ; il est vrai que Mistigris D'y avait rien épargné et que le gros lot brillait à bien des yeui dans une prochaine perspective.

Quand Anémone parut sur la scène en robe de ville et avec un cahier à la main , il s'éleva un murmure bienveillant des profondeurs de cette salle livrée aux ténèbres : contre l'usage il y eut même quelques applaudissements discrets et à demi*contenus. L'orchestre préluda, et la débutante aborda hardiment son morceau favori. Cétalt le fametix : Robert, toi que faime, où elle excellaft et qui, à

l'en croire , émerveillait ses professears. Elle ne s'y montra ni inférieure à elle-mémé , ni au-dessous des artistes qui s'y sont fait un nom. De tous côtés, on rendit justice à la qualité de sa voix et à la manière dont elle en usait, à sa hardiesse dans la difficulté 9 à la sûreté de sa méthode , aui nuances de Texécution, enfin à quelques traits heureux dont elle semait son chant et qu'elle pouvait revendiquer comme une création personnelle.

Le résultat fut ce qu*on devait et pouvait attendre ; il n'y eut qu'un cri pour conclure qu'un tel talent manquait à la scène , et qu'il fallait se hftter de lui en ouvrir l'accès. Nul doute qu'il n'y fit révolution et ne remplit les coffres du théâtre. Tel était le langage des assistants. Pour rester dans le vrai , il faut ajouter que le directeur était moins enthousiaste, et qu'il réservait son opinion. Malgré les instances de Narcisse, il demeura froid et boutonné, et dès qu'il le put^ il s'esquiva par une de ces portes que connaissent seuls les habitués de rétablissement. Malheur au téméraire qui se serait engagé à sa poursuite I L'Opéra est un labyrinthe plus redoutable que celui de Crète, et dans ses

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profondeurs règne ^ dit-on , un lac souterrain destiné à engloutir les curieux.

Quoi qu'il en soit, l'aflaire d'Anémone était en bon chemin. La débutante avait satisfait aux règlements, subi répreuve de l'audition^ le reste dépendait d*Qn peu de soin, de quelques démarches faites à propos ; et Mistigris s'en chargeait. Ainsi , sur deux ambitions, une déjà se trouvait à la veille d*étre assouvie. L'autre offrait plus de difficultés et exigeait plus d'efforts. On y pourvut. Jamais salon né jeta plus d'éclat que ne le fit alors celui de Narcisse. En fait de femmes. Anémone y regardait de près; elle exigeait de la figure et de la toilette, et n^admettait que ce qui était tenu sur un certain pied. Quant aux hommes, Mistigris essayait de viser très-haut et d'avoir la fleur des pois. Peu de gens de la coulisse ; ils étaient mal notés dans la maison ; mais quelques financiers , quelques hommes du monde, des journalistes, des artistes en renom , et, autant que possible , des personnages iifficiels. Afin d'attirer ces derniers , il n'était sorte de magoilic^nees qu'on ne déployât. Nulle part le luxe des fleurs, de l'ameoblement et de réclairagc

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n*éteietit poussés plus loi» ; nolle part tes souper» ne se distinguaient par de tel» rafinemeats et de telle» délicatesses; Tins , mets, senriûe, tout y était irréprochable ; enfin, pour comUe de séductions, o» y jouait un jeu d'enfer qui se proloAgeait aux bougies^ longtemps après que lesoleilétaitlevé. C'étaiîl la haute vie dans tout son éclat et avec les acces^ soires que le génie des foumisseurS' poutait y 2|}outer. Us avaient le champ libre ; Narcisse aysôl déclaré que sur rien il ne s'arrêterait à la dl^ pense. Il tenait la lésinerie pour indigne de loi,, et entendait user des faveurs de la fortune avec la même grandeur qu'elle avait mise à les lui dé^ pertir.

Môme à ce prix , les hoflMSies influents n'abondaient pas chez notre héros. On n'y voyait guère que ceux dont les préjugés sont fort émoussés , et qui promènent leur personne et leur dignité dans tous les salons équivoques; mais ceux-là ont, d*ha* bitttde^ tant de clients, qu'ils ne s'intéressent, sérieusement à aucun , afin de ne point faire éd jaloux, dépendait Anémone entreprit un jourtrès» vivement l'un de ces personnages , et le résultat é^

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refitretien fut tel, qu'elle ne put caclter à Narcisse nôipressiôn qu'elle en avait reçue.

— Mon petit, lui dit-elle, db couragç et de l'espoir t Tu vois ce grand sec ; eh bien ! je viens de le monter pour toi; sois franquille, encore une soirée ou deux , et nous enlevons notre affaire.

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