‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 14 sur 40 · XIX · texte numérisé non relu

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Trat marchait donc an gré des deui aoabttieux ; Anémone toucitalt à ses débuts; Narcisse entrevoyait le rnbaB roii^e dans la persqpeefive. Il y eut là , pour r«n et pour l'autre « un moment court et brillant ; ee fat Téelat du météore.

Narcisse figurait en première ligne parmi ces aventuriers de la fortune qui, à force d'audace , ont entraîné le pays , bon gré mat gré , dans le tourbillon de leurs spéculations. Il éti»t de ceux qui ont contribué i répandre dans le sein des population^ <)ette soif de s'enrichir promptement, cette fièvre àa jea, qui tendent à se sid»iituer de plus eu phis à wé cctivité régulière et aux moyens légittanes de

parvenir. Il était Tun des agents les plus accrédités de ce vaste mouvement d*affaires qui , circonscilt d*abord , a fini par envahir toutes les industries , s*étendre à toutes les transactions, et marquera d'un caractère & part notre singulière et indéfinissable époque. Puissance fatale, sans contredit; mais puissance réelle et visible à tous les yeui I Or, Narcisse s*en trouvait investi.

Ouant h Âiiémone , elle tenait le premier rang dans celte classe à qui les chaussées du bois de Boulogne et des Ghanips-Élysées semblent, désormais appartenir. Lorsqu'elle y paraissait dans un équipage élégant, vêtue au dernier goût et en compagnie d'un monstrueux bouquet, on eût dit une reine qui serait venue recueillir les hommages de la foule et distribuer çà et là des sourires d'encouragement.* Même dans ce monde déchu qui regarde la vertu comme une faiblesse et la pudeur comme une inGrmité, on s'accordait à lui faire une situation à part et à lui reconnaître une grande supériorité d'état. Personne n'eût osé engager la lutte avec elle , ni pour les toilettes , ni pour les attelages , ni pour les carrosses , ni pour les gens

de service. Il était convena qu'elle donnerait le ton et qu'on la copierait du mieui qu'on pourmL Les mcdes nouvelles, c'était elle qui les. essayait et lesi consacrait ; les autres princesses ne venaient qu'ensuite ; puis tes honnêtes femmes qui ont un penchant décidé pour ce qu'adoptent ces créatures-là. Que de colifichets ont fait ainsi leur chemin, sans autre recommandation que d'avoir Anémone pour marraine! Que de coupes de robes, que de formes de chapeaui naquirent de son inspi* ration! Elle n'y épargnait ni l'argent, ni les con-^ seiis, et passait, auprès des faiseuses, pour avoir l'esprit inventif et le goût sâr.

Anémone? Mais il n'est point de nouveauté qur ne se rattache à ce nom ! Le luxe et la profusion des volants 9 c'est à Anémone qu'on les doit! Le corsage à gilet , c'est une idée d'Anémone. Dans toutes les confections il faut reconnaître sa main. Ce fut elle qui, la première, trouva indigne de sa grandeur de se faire couper une robe , même au prix de trente francs le mètre, dans une pièce où d'autres pouvaient ensuite s'approvisionner. Cette promiscuité lui répugnait , et , pour s'y soustraire,

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die imagina d^avoir des étoffes à elle, des dessins à elle , des soieries à elle., que personne ne pût porter à ses côtés. Be là ces robes de mille écos^de quatre miUe, cinq nnlle francs et an-dessus, reoeih velées du dix-biûtièfiie siècle. Anénaone y songea quand personne n'y songeait» et se propesa d*écli|^ ser tes souvenirs de M°» de Pompadeui:* A Lyaoet ailleurs, il y eut des nuéHers qui ne battaient fui pour elle » et cela Uen avant qfo^ le monde comme H £BHit s*en fût mêlé. Pès le jonr où eUe se Yètt 4e cette fiçon, eHe trouva les étofEes coorantesi bonnes tout au plus pour des fnMmoidfafioaiSt et les qiialiQa de petUes $aierie$ , afin de mieai fournir la naesure de ses dédains»

Ajoutons qu'en fiiit de. grands airs» Narcisse ne restait pas en. arrière ; il menait le tseio d'un seigneur et se- piquait de donner le ton à la jeonesse qui tient ses assises suc le bitume du boulevard. A le voir passer sur son cheval, la meuslacbe ea <:rocs et la barbe en pointe , bâeiigafnlé,.bien coiffé, bien chaussé , Fair aisé et le nei ait vettt , on Tett pris pour un fils de famille, élevé sons, des couf" tines deaiMe et mangeant ses teires; fends, et leve^

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mis, avec la grâce etrinsonciance da gentHhomine.: Son père, s*il l'eût aperça dans an semMable appareil , se serait refasé à reconnaître en lui cet enfant du Cotenffn qui avait en des bonviers pour compagnons de ses premiers, jeux et s'était formé les poings plus que l'esprit à cette rude école. Et pourtant c'était bien Ini ; c'était bien son Mistigris, seulement arec tous les embenissemenrts de l'art et non tel qu'il était sorti des mains de la nature.

Ainsi allaient les choses pour ce couple de parvenus. Hier encore ils en étaient réduits à Teau claire et au pain sec ; aujourd'hui aucune sensualité ne leur était interdite. Ils prenaient une éctartanto revanche sur le destin ; ils réparaient une longne abstinence. Mais le destin a aussi des retours et tient à garder le dernier mot ; Anémone efNarcSase ne furent pas lon^emps sans en avoir la preuve.

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