‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 15 sur 40 · S XX · texte numérisé non relu

S XX

ou L'ON GOMMBHGB A DBSGBHDEIB

Mistigris n'avait, m matière de' spécuteth) qu'un système et une conduite ; il croyait à ime

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hausse indéÙnie et opérait en conrormité de ce intiment. Quand on élevait quelque objection à «e sujet, quand on s'avisait de soutenir que toute chose ici-bas a sa limite et que le taux des valeurs en a par conséquent une, qu'il arrive un moment où les prix montent à l'excès et où le revenu n'est pas en harmonie avec le principal , quand on disait «cela 9 même avec ménagement , avec timidité et sous la forme d*un doute, à Tinstant on le voyait s'emporter, déclarer que tout était perdu, que i'autorité s'énervait, que les factions allaient rc- |)rendre le dessus, et que de pareilles opinions suffisaient pour ébranler un gouvernement dans sa Jl)ase.

Pour ramener les esprits, il avait alors deux arguments merveilleux « et qui resteront comme des modèles du genre. Il disait, en premier lieu, que le maintieq du crédit public est une affaire d'État, et qu'on ne le laisserait jamais en butte aux attaques des malveillants ; qu'il y a en France des monuments cellulaires institués à cet effet, et qu'on y logerait, à titre gratuit, tous ceux qui; dans une intention subversive, joueraient à la baisse avec

DE NARCISSE MISTIGRIS. t04

opiniâtreté. D'où il concluait qu'une dépréciation systématique n'irait jamais loin, et qu'on serait toujours à temps de Farrôtcr, au moyen d'un exemple ou deux. Cent jours de hausse pour un jour de baisse , c'était son mot favori , et son opinion réduite à deux chiffres; c'est-à-dîre que dans la ligne qu'il suivait il avait tort une fois et cent fois raison. Tel était son premier argument.

~ Le second brillait par une simplicité plus grande encore , et, à ce titre , il a eu un succès universel. Quand Narcisse voyait les fonds décliner ou seulement hésiter y il tirait du fourreau cet argument décisif, et s'en servait pour trancher les choses : — Le comptant nous sauvera, s'écriait-il; l'argent abonde sur le marché. On ne pouvait plus le sortir delà. — L'argent abonde, répétait-il; on ne sait que faire de l'argent ; le comptant nous sauvera. L'argent abonde ; voilà des mots qui doivent être incrustés dans les plâtres de la Bourse , tant ils y ont résonné de. fois. Il n'est pas de spéculateur qui n'en use avec plus ou moins d'à-propos ; il n'est point d'agent en titre, point d'agent libre, qui rie les emploient à tout bout de champ et comme une

sorte de ritournelle. L'argent abonde , cela répond à tout. L'argent abonde, qne désirer de plus? L'argent abonde , quel plus bel éloge pent-on faire du temps présent? Qull y ait un peu moins d'honneur et un peu moins de liberté, qu'importe»

pourvu que l'argent abonde? Hélas ! même en ced, peut-être y a-t-il quelque illusion ; où ne s'enmélet-il pas? Peut-être cet argent qui abonde à la Bonne ressemble-t-il à ces armées de théâtre, composées de dix-huit figurants qui font éternellement le tour d'une toile avec les mêmes casques et les mêmes justaucorps? Ce serait à vérifier^

Avec sa confiance inébranlable dans la hausse , Mistigris n'avait qu'une corde à son arc et qa'nn genre d'opérations en vue ; il était toujours acheteur ; quand il vendait, c'était par voie d'arbitrage, c'est-à-dire qu'il passait d'une valeur dans une antre et ne se d^rtait d'un titre qu'en vue d'un renflacément immédiat. Il se trouvait donc, en touttenys et en toute circonstance, cha];gé de marchés à terme etd'engagements divers quile constituaient en perte ou en gain pour des sommes considérables, à la moiQdre variation. De là blendes fluctuations danssafo^'

tome où quelques oeol BiUIe firaoïcs en pta» on wtt mohift passaient, pour mai dire, iaaperças; il xaH^apatt, le joiir «ivant, oe qa'Jlevait perds la "▼eille, comme on «e refait -au laMqaenet, dans mi coup hem'miz, des «échecs essuyés en détail. TMt que les choses so i ca s ait lemr conraerAnaire , il en 'devait èlre^ainsi ; les éfrénemente semMaient don-^ 3i6r!FaisoB à cen quipnafessaient la doctrioe'de la haasse illimitée.

Un jour pourtant , itaénone ift ^rmer Narcisse •de meilleure henve que de contnme^ (poor la première fois , il n'allait pas respirer l'air par dn bois «Yant son dlnér. Son air était soucieux , aon front chargé de nnages. An tien de -se nMmtrer, comme à r^rdinaire , ouvert et commmMcatif , il .gardait le . silence «t se promeeait.à grands pas «dans le isateii » puis s'arrêtait de temps à autre, en homme étranger à oC'^ui l'enÉsore et domhié par une préoccupation profonde. La jeurne -fiUe noBavatt qu'en penser ; elle se demaodaitce que aiguifiaient cesaaaiéaes tontes non?elles et sur qudle<heièe Haraisse avait mardié. •Peol^ttre réguait-él an food de son cœor qurique appréhensimi d'Aire «trop intéressée dan eeCle

immear : qui n'a pas ses peccadilles sar la conscience, tt dans ce monde-là surtout? An lieu de provoquer desexplications, elle se tenait donc sur la défensive, comme il convient. à une femme prudente et qui veut rester maltresse du terrain. Ce fot Mistîgris qui rompit le silence le premier :

— Les étourneaux I s'écria-t-il en poursuivant un entretien avec loi-mème et comme s'il n'avait pas eu de témoin.

— Qui donc cela, Narcisse? de qui parles-tu? dit Anémone avec une timidité qui ne lui était point habituelle.

— Oui, les étourneauxl les oisons I les ânes bâtés I continuel Mistigris en élevant le ton jusqu'à la véhémence. A-t-on jamais vu une collection de pareils trembleurs! C'est a en rougir pour eux.. . Cœurs de lièvre !

— A qui en as-tudonc? dit Anémoneeninsistant.

— A qui, ma petite? répliqua Mistigris daignant enfin lui répondre , à ces pleutres de la coulisse : voilà à qui j'en ai. Belle troupe , ma foi I à la pre* mière amorce , elle court les champs. Et dire que j'en sttis^le général 1 honte I honte I

— Bah ! et à propos de quoi ?

— Bnc vétille , iîia petite , une vétille ! un grain de sable dont on a fait une montagne 1 une bulle de savon ! Rien , mais rien I

— Dis toujours.

— Eh bien, figuré-toi, ma chère, que je ne sais où , à Conistantinoplë, je crois, an bout du monde... comme si ça nous regardait Constantinople !... une ville de mahométansl... Mais on iya rage de se inêiér de tout 1 ... 11 y a tant de faiscurs^d'embarras ! . . A Constantinople donc, h ce qu'on raconte, un général. russe vient de débarquer et de demander des explications au Sultan.

— Le Sultan? affaire de femmes; c'est connu, lis en ont des masses.

— Du tout, Anémone : affaire d'argent ; cinq francs de baisse à la Bourse d'aujourd'hui. Depuis la débftcle de Russie, on n'avait rien vu de pareil.

— Pour des Turcs? tu veux rire, Narcisse. De$ gens qui n'aiment pas le porc frais! Jamais je ne

croirai cela.

— C'est pourtant ainsi, ma petite; cinq francs

406 SPIENDÈURS ET IRFOU TUNES

de baisse, tu verras la o^e. J'en sais pour cent mâle écos.

Jusque-là AnéoMoe était restée calme; ce chiffre la jeta hors des gonds ; «Ue cony^rit à quel poi&t c'était sérieux :

«--' Cent mille écDs? s'écria-t*elle. Ceiit mille écas de moins, et à cause de ces façofis de fiédeuins I Mais à eux tous, ils ne les ^valent pas, les cert mille éctts I H«iîs pour cent mille écus j'iaurai leur pays tout entier, si je le vaux. £1; ils nous les feraient sortir de la poche gratuitement ?

— Ça y ressemble , Anémone*

— Non , Narcisse, la chose ne peut pas «e passer 4»inâ. Il y a des toibunau^ je réclamerai. M puis , vois-tu , si on ne fait pas justice^ je me la ferai de mes mains. On verra à qui Ton a affaire. Cent mille écus 1 pas moyeu -de couler là^essus, il faut que sa se retrouve. J'irai les réclamer au Sultan, et s'il mêles refuse, je l'enlève : pas âe demi-moyens ; je mettrai plutôt le feu à son sérail !

— Bien, très^hien , Anémone, et moi je vais déclarer à notre gouvernement qu'il ait à se tenir en dehors de ce iripot-là.! La Bourse n'en veut pas

DE NÂBCISSB MrSTMJUS; fû7

entendre parler. Voyez le beau mal» quand on

laisserait la Turquie s'arranger à sa guise. Qu'est-ce

qu'elle Jious est, la Turquie? Absolument rien.

Elle n'est* connue que par sa peste. Se ruiner pour

un pays comme celui-là, mais ce serait de la

démence! Unpay? qui n'est pas même coté au

parquet/ et qui fait le délicat en matière d^emprunt!

Anémone, je suis bien attaché à ce gouvernement-ci,

et je crois lui en areir donné des preuves; je Tai

défendn an bereeau , et lui ai fait un rempart de

mon corps; j'ai assuré son crédit, relevé ses actions,

vanté ses bienfaits, célébré sa gloire; je me suis

compromis pour lui de mille et une façons ; eh

iMen! jie tele déclare solennellement, sll se jette

dans ées difBeuItés politiques y s'il se méte de cette

affiûre d'Orient, sll y engage seulement le bout du

deigt, c^en est fait, je romps avec lui, je lui tourne

le èos et lui retire ma confiance. Il s'arrangera

ensuite comme il le pourra. Cest mon dernier mot.

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