‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 26 sur 40 · S XX · texte numérisé non relu

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Le jour suivant, Tofficier du Star se promit, à son petit lever, que le soleil ne se coucherait pas sans qu'il eût pénétré le secret du jardin et complété sa mystérieuse découverte. L'idée lui en

souriait, on le voyait à ses allures. Il foulait la terre d'un pied plus fier, et portait sa tête avec plus d'aplomb; toute sa personne respirait des airs de conquête, empruntés aux meilleures traditions. Quand vint le moment de sa toilette , il s*y montra d*une eiigence à lasser le valet de chambre le plus pa * tient. Rien n'était assez raffiné, assez recherché pour lui ; les parfums étaient trop grossiers, les essences trop vulgaires; le peigne, à Tentendre, ne tirait pas de ses cheveux tout le parti qu'il aurait pu en tirer, et les cosmétiques n'adoucissaient pas suffisamment les ardentes couleurs de son visage. Assurément la nature avait beaucoup fait pour lui ; mais il voulait que Fart y ajoutât ses ressources. A tout prix il fallait réussir.

Quand il s'agit du thoix d'un costume , celte préoccupation s'éleva au plus haut degré. Il ne trouvait rien à son gré, rien d'assez beau, d* assez riche , d'assez éblouissant ; ses gens de service en perdaient la tète. On alla chercher, dans la garderobe de David, ce qu'il y avait de mieux en fait de coupe et d'étoffes ; cela ne suffit pas. il fallut mettre en réquisition le tailleur de la cour, qui fournit ^

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entin qnclqtre chose de convenable et d'an goût^eii^ tîèrement nouveau. C'était mi vêtement qu'il venait de cqpoposer pour un jeune et iBAgnifique seî*gneur, lequel ne voulait rien porter c<^ronie les aotrès, et quittait une mode de» qu'il la voyait a*©p* ter autour de lui. Le fond cfe la robe était aurore, lamé d'argent ; Fécrevisse j brodée au pluroetisy » composait d'un mélange d'^or et de sc»e da pha merveiHenx efi%t : jamm la forme et la nmtitee n'avateiit été mieux combinées^ Si diffiâle que fût Baby, il se rendit su premier coup d'œil; ses hési^ tations cessèrent; il prit le costume aurore, avee l'assortiment. Là-dessous il avait un éclat extrwrdinaire ; le soleil dut en être jalous.

Pour que rien ne vint contrarier Texéoution dé ses dessmns, Baby avait pris lentes les précautions ima^nables. Au ddiocs il avait fait annoncer que ce jour-là il ne sortirsôt pas, et à l'intérieur il swSH donné Tordre de ne laisser pénétrer personne jusqu'à tut. Il voulait être seul> avaîtMl dit, libre, so«litaire, afin de se recueillir et de se livrer pendant vingt-quatre heures à la méditation. Les consignes comprenaient tout le monde, les grands personn»-

ges comme le gros des carieu, les fournisseuN,. les gens de service et jusqu'à David. Point dlropoT'^ ton, à qufilque titre que ce pftt être. Quand il se fat ainsi retranché dans son fAvillon , Baby attendit l^eiure propice , celle qu'une forme de langage alK txîkm aux bergjsrs,. et qui n'est pas Tapanage eir clusif d^ cette classe: de cjtofens. L'heure propice» e^étatt midi : par suite d'un usage , commun mx pay» eh^ods , il se faisût alors une sorte de tréye dans le travail de la journée ; maîtres et gens gou^ t»ent un pmi de repça et se dérobaient ainsi aux ardeura de la saison.

Dès que le soleil eut touché au méridien « Bab; prêta Toreille ; les bruits du dehors^ ceux du de-< dans, s'éteignirent peu. à peu ; la ville tomba dans l'assoupissement. Cependant il ne quitta son pavil* Ion quiavec une précaution extrême , examina de tous* côtés s-il ne restait pas du monde sur pied , et ne s'engagea dans le Jardin qu'aprèa s'être assuré qu'auisun œil indiscret ne l'avait aperçu. Une fois siMi&la fieuillée, il choisit de préférence les endroits tes plus écartés, les labyrinthes les plus touffus, les fourrés les phis épais « afin de dérober sa marche à

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toute espèce d'investigations. Un criœiDel n*y eût pas mis plus de soin , ni apporté plus de prudeDce. C'est que Baby était déjà criminel dans le fond de Fâme ; c'est que d'avanee il s'était promis , dans les élans d'une passion déréglée^ de pousser les choses jusqu'au bout, dût-il violer ce qu'il y a de plus digoe de respect ici-bas, les devoirs de l'hospitalité.

Le but de ses recherches était cet asile retiré qu'il avait aperçu une première* fois. Pour le retrouver, il s'aida des observations et des indices gravés dans sa mémoire ; la forme d'un arbre, d'aoe pièce d'eau, d'une statue , la qualité des essences, leur port, leur hauteur, les perspectives qui y étaient ménagées, enfin les détails qui frappent et dont l'œil se ressouvient. Faut-il le dire? La science de Baby se trouva en défaut; il n'avait pas assez calculé les effets de lumière. Yus de jour, les objets n'avaient ni Jes mêmes teintes, ni les mômes dimensions; ils changeaient d'aspect et de rapports entre eux; ils étaient tout autres. Par moments, notre héros se sentait maître du terrain , il se re* connaissait à de certains signes ; mais, quelques pas plus loin , il retombait dans le doute et les t£*

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tonnements. Cette poursuite se prolongea an milieu de ces alternatives de clarté et d^ombre , san» qu'aucun résultat positif vînt récompenser un effort si soutenu. Tout ce que Baby y gagna , ce fut de compromettre plus d*une fois son costume aurore en l'exposant aux outrages des arbustes épineux.

Il est inutile de le dissimuler, les flammes de notre héros s'étaient singulièrement amorties dans cette première déconvenue; il en était arrivé à cette période de découragement qui suit un échec caractérisé. Tant de frais pour rien ! cette pensée le navrait. Une toilette si irrésistible ! un vêtement si glorieux! Mais qu'y faire? La fatalité s'en mêlait. Assis sur un banc de gazon , il en était à se remettre de cette course effarée et songeait même à baltre en retraite vers son pavillon, a6n d'y goûter un repos dont il avait grand besoin , lorsqu'une circonstance imprévue rendit à son cœur un peu d'espoir et à son corps quelque vigueur. Des sons d'une pureté et d'une douceur extrêmes venaient de frapper l'aîr ; il prêta l'oreille : c'était une voix humaine qu'accompagnait un instrument ; Tinstru-

nient et la voix se mariaient si bien qu'à peine gouvait-on distinguer Fun de Tautre. Ce que c'est que les impressions! et qn'il faut pea de ctose pour les transformer! Le ciel se fût onvert devant Baby, qu'il n'eût pas éprouvé une joie pips grande; il lui semblait renaître \ il respirait avec plus d'aisance, et envoyait un sourire reconnaissant am <d>jets dont il était, environné»

Ce sentiment fut si vif, qœ notre hâra& demaBia quelque temps immobile afin d'en mieux jouir; il avait peur qu'au moindre bruit le chant ne cesr sàt , et ne le laiss&t de nouveau livné à lui-même. Enfin la curiosité reprit le dessus ; il se levapoor aller du côté de la voix , en retenant son souffle et amortissant le bruit de ses pas. A l'aide d'un sentier sinueux et en gardant l'abri du feuillage * il parvint à un point du parc d'où il pouvait décoiH vcir l'apparition. Ses pressenUments ne l'avaient pas trompé : c'était une femme ;. elle reposait sur un hamac en fil d'aloés, ayant dans ses mains un instrument qui, par sa forme , rappelait l'accordéon y et s'en servant pour accompagner le chant le plus doux et le plus mélancolique du monde.

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Yètne de mousseline blanche , elle ressemblait à une colombe dans son nid; des fleurs naturellea^ sortaient de ses cheveux conmie d'une corbeille et se répandaient autour d'elle en grappes de miHe couleurs.

A cette Tue , Baby resta plongé dans une longue extase ; il croyait rêver.

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