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IiES aRAVDBS MAMCWREB.
Jusqu'alors Tofflcier du Star^ quoique un peu entrepris, avait fait une assez bonne figure sur son cheval. L'inspection des lignes du camp avait eu lieu au pas, et à cette allurte l'équilibre 9ë conserve facilement. Mais ufte épreuve plus rude attendait l'infortuné Baby; on s'apprêtait à Im donner le spectacle de grandes manœuvres : c'est un honneur dont ri se serait bien passé.
L'armée des Aphones se partageait en dent
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corps, celui des guidons jaunes et celui des gnldonf bleus , chacun avec leurs chefs et leur matériel de guerre. Ces deux corps allaient en venir aux mains. Les guidons bleus occupaient un mamelon que les guidons jaunes devaient emporter d^assaut. Jusque là rien de plus simple; ce qui Tétait moins, c'était la série des opérations nécessaires pour arriver b ce résultat. Toute la science du Basque fut employée à les rendre sensibles à l'esprit de Baby, et il faut ajouter qu'il y réussit médiocrement. L'affaire se composait de fausses attaques et d'attaques sérieuses, de retraites suivies de retours olTenSifs , de passages à gué ou d'escalade le long d'escarpements , de ruses de guerre plus savantes
les unes que les autres, enfin de tout ce que là tactique peut suggérer de mieux à des capitaines eipérimentés. Le programme était vaste ; il aurait pu être plus clair.
Les guidons jaunes et bleus ne devaient paà d'ailleurs s'ébranler pour de petits motifs; il ne s'agissait de rien moins que de la destinée d'un empire. Voici l'hypothèse dans toute sa gravité. Les guidons jaunes figuraient une armée ennemie
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qui 9 après trois combats heureax, marchait sur la capitale ; les guidons bleus représentaient les derniers défenseurs du pays, retranchés dans leur dernier boulevard. Slls tenaient bon, la patrie était sauvée; s'ils cédaient, adieu Tindépendauce et rhonneur. La question était posée carrément; il y allait de Texistence d*un État. Elle reposait sur les guidons bleus.
Comment Baby ne se serait-il pas intéressé à un engagement d*un caractère si décisif? il le fit, et l'aurait fait avec plus d*élan encore sans les inquiétudes que lui causait son maudit cheval. C'était un vrai coursier de guerre, et dès qu*il vit la plaine s*animer, les troupes se former en bataille, dès qu'il entendit la voix des chefs, le bruit des armures, les défis qu'échangeaient les assaillants ; aucun effort ne put le contenir; il frappa la terre da pied, blanchit son mors d'écume et se livra à des exercices menaçants pour son cavalier. Le problème d'équilibre que poursuivait notre héros devenait de plus en plus insoluble , il en arrivait à la limite des expédients. Tantôt il était rejeté vers le croupe, tantôt vers le garrot, sans pouvoir trouver entre
ces deux extrêmes un point d'appui définitif.
Cependant les guidons jaunes s'étaient mis en mouvement avec la confiance que donnent des succès antérieurs; de leur c6té les guidons bleus montraient cette résolution qui s'attache aux situa* tions désespérées. Il y avait du Spartiate dans Fattitude de* ceax-ci , du Romain dans la marche de ceux-là. C'était vraiment beau d'effet. Dans des jeux semblables « le rôle de vaincu n'a rien qui séduise communément ; on le subit , on ne le re« cherche pas. Mais ici le rôle se relevait par la mise en scène; c'était l'adieu suprême de ceux qui vont mourir. Aussi les guidons bleus avaient^is l'enthousiasme dans les yeux et le défi sur les lèvres; on eût dit que les honneurs de la journée leur étaient réservés.
Baby et ses compagnons suivaient de leur mieux les mouvements des deux armées , en se portant du côté où l'action paraissait engagée le plus vive* ment. Les débuts consistèrent en fausses attaques^ destinées à masquer le grand mouvement qui de« vait porter les guidons jaunes jusqu'aux sommets du plateau. A trois ou quatre reprises , on tra*
versa nae petite rivière- à gué ; les bords en étaient occupés , puis abandonnés , en raison des îocidents du combat. Le cheval de notre héros ne œanqm nucun de ces passages ; c'était une bêle pleine de conscience, qui tenait à se montrer partout et poussait le zèle jusqu'à l'excès. Ce pauvre Baby en fut victime , quoiqu'il en e&t. Deux fois , if prit des bains de rivière, à son corps défendant; la première fois jusqu'au buste , la seconde jusqu'aux aisselles; peu s'en fallut qu'il ne fftt submergé. Quand il sortit de là, ruisselant de la tète aux pieds, couvert d'heii>es et de vase, il ressemblait à un dieu des eaux chassé de son empire et trouUé dans l'exercice de ses feDctions.
Hélas I le malheureux n'était pas au bout de sea mésaventures ; il y manquait un dernier trait ▲ peine venait- il d'échapper à l'humide élément fu'un cri formidable se fit entendre. C'était le lignai décisif, celui qui devait précéder la grande rttaque du mamelon. Le sort de l'empire alfadt en d^ndre. Partagés en deux fractions, les gaidons jaunes gravissaient les escarpements ; les uns abordaient la potion de front, les autres la pr^
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liaient à revers , ce qui obligeait les guidons bleus à un double effort et à une double défense. Déjà la mêlée commençait et le combat se changeait en une multitude de duels; tantôt les bleus se précipitaient sur les pentes en balayant les jaunes devant eux; tantôt les jaunes pénétraient dans les rangs des bleus et s'emparaient des avantages da terrain; Tardeur, Télan, Tenthousiasme, régnaient des deux parts , et les chances étaient si bien balancées qu'on n*eût pu prévoir à qui le champ de bataille resterait. Le progrwime coodanmait, il est vrai, les bleus à succomber; mais ils ne s'j résignaient pâs facilement et y mettaient beau^ coup de mauvaise grâce.
Ce fut alors qu'un incident inattendu vint changer Taspect du combat. On a vu quelles étaient les dispositions du coursier de Baby; cet animal prenait si^ devoirs au sérieux; partout où il y avait 4es horions à recevoir il voulait y être. Tant que rengagement n'eut que de médiocres proportions, il se contint; mais dès que l'action s'échauffa^ il céda à ses instincts belliqueux. Au nmment où son cavalier s'y attendait le m(àm, il partit comme
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une flèche. En vain Baby pesa-t-il sur le mors, en vain prodigua-t-il à ce serviteur révolté toutes les injures que la langue peut fournir; rien n'y fit; on eût dit même que la vitesse y acquérait un degré de plus. Point d'obstacle qui pût arrêter cet élan, ni les troncs d'arbres semés dans la plaine, ni les fossés, ni les pentes, ni les talas; ranimai avait des ailes à ses pieds et dévorait l'espace. Qu'on se dépeigne, s'il se peut, la situation de notre héros! Mazeppa, sur son cheval indompté, ne dut pas en avoir une pire. Jeté dans une sorte de tourbillon , il n'avait plus la conscience de ce qu'il faisait, ni de ce qu'il était; il se croyait le jouet d'une vision et s'abandonnait sans défense aux emportements de sa monture.
Le cheval n'avait pas besoin d'être guidé, il allait droit au combat. Mieux que son écuyer, il comprenait la gravité de l'affaire et ne voulait pas qu'elle se vidât sans qu'il y mit du sien. En moins de cinq minutes il se trouva au fort de la mêlée , renversant tout devant lui , guidons jaunes ou guidons bleus, se livrant à des écarts inouïs, et dis-
tribQdnt à droite et à gauche des ruades indescrip^ tibles. Comment Baby parvint-il , au milieu de ces soubresauts y à se maintenir en selle, c'est un problème qu'il est moins facile de résoudre que de poser. D'autant que Fanimal y déploya une opiniâtreté incroyable, et que non content d'une première charge, il y revint à cinq ou six fois, se jetant dans les rangs les plus épais, jouant des pieds et des dents , comme s'il eût voulu ne rien hisser d'intact et faire justice des deux années.
Faut-il le dire? le dénouement en fut suspendu : Ton ne put «avoir, ce jour-là , si la patrie serait sauvée ou non et quelle cause triompherait, celle de l'indépendance ou celle de l'asservissement. Un cheval échappé laissa la question indécise. Quand les deux corps de troupes virent que cette béte le prenait ainsi , il s'ensuivit un peu d'hésitation. D'ailleurs celui qui la montait était l'hOte du carap, en l'honneur duquel s'exécutaient les grandes manœuvres. On se demandait pour quel motif il faisait acte de paladin et venait affronter à lui seul deux armées en présence : depuis les temps chevaleresques on n'avait vu ni ouT rien de pareil.
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G*esl ainsi que Baby devint le héros de la joomée et qu'il fut question de lui décerner Técrevisse d'or sur le champ de bataille.