‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 33 sur 40 · S XXIX · texte numérisé non relu

S XXIX

LES lUPEBBSIOJilS jyVU PAII.OtaP«8.

Cependant il était uo point dont ces incidents, ^i graves qu'ils fussent» n'avaient pu détonner l'esprit du marin ; c'était le déjeuner* À tant 4e mésaventures il n'avcdt gagné ^u^nn inurcroit d'ap*petit. Le moment était venu de le satisfaire. Par les soins des chefs du cadip^ une table avait été dressée sous une tente et BAy put s*y asaeoîr devant un re^^as copi^^i^. Il vjl sa»s àke qu^M j figurait mieux que sur le dos de son cheval.

Tout se passa à souhait; les navets étaient excelleats, leB vins eiquis; il y eut du rhum à profefiion. Les officiers supéiieurs présidaient au déjeuner; ils s'y montrèrent d'une poUtesae achevée ^ pleins d'attentions poia* laur^ bdtes. An deeaert

Teotretien s anima, et Baby ne manqua pas de jxiettre Toccasion à proGt. Oo sait quel judicieux x>bservateur et quel profond philosophe c'était. Peu de préjugés et un coup d'oeil sur I J)e la tolé* rance, et ce sentiment plein de sagesse que chaque peuple doit faire son ménage comme il Tentend ! Toutes ces qualités allaient trouver de quoi s'exercer. Il s'agissait de savoir quelle place tenait l'armée dans les institutions dt) l'Ile, et si elle avait le verbe haut pendant que la population bourgeoise se trouvait atteinte dans les organes de la voix. ' Baby avait été frappé , dés son arrivée au camp^ d'une circonstance caractéristique, c'est que la troupe avait les moustaches hérissées et des airs rébaii>ati&,. Pourquoi cela? De pareils agréments ne marchent pas seuls; ils ont une cause et un objet ; ils naissent et se développent sous l'influence de quelque événement; ils se rattachent à une situation particulière. Ainsi pensait Baby avec cette pénétration qui ne Tabondonnait jamais. Puis il se disait que Ih où le soldat a la moustadie hérissée, l'offlcier doit être sur sa hanche et se coiffer de travers. Pourtant il n*apercevait rien de sembla^

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ble; la tenue était simple et de bon goût. D*ou venait cette contradiction? quel mystère cachait* elle? £t sous ces dehors accommodants n'y avait* il pas des idées et des actes qui l'étaient beaucoup moins?

C'est sur ce chapitre que Baby poussa les officiers, et il vit sur-le-champ à quelle école ils appartenaient. Ces messieurs ne comprenaient, eu fait de gouvernement} que ceux dont les formes sont sommaires et qui ne se laissent point discuter. Non-seulement ils s'abstenaient de raisonner des affaires de TËtat, mais ils n'aimaient pas les raî* sonneurs et ne s'en cachaient guère. Leur langage était si vif que Baby se prit à réfléchir :

*— Diable ! se disait-il , aurais-je mis la main sur l'objet que je poursuis? Je cherchais le nerf de ce régime; serait-il ici? Voici des troupes qui excel-* lent dans leurs évolutions et portent des mousta-» ches peu endurantes ; voici des ofBciers très-montés contre les discoureurs et qui ne semblent pas dis^ posés à se payer de mots. Quoi d'étonnant si la voix manque sur de certains sujets; elle y est peu encouragée. Tout pays a son genre , celui-^ci

préfère aux mouvements de la tribune les mouvements sur le terrain; c*est un goût qui peut s*avouer. On y exerce tout autre chose que les langues : à la bonne heure, c*est moins d*émbarras. Moi , j'aime les idées simples; vivent les idées simples ; elles font toujours leur chemin.

Voilà par quel travail intérieur le lieutenant Baby arriva à se former une opinion sur les choses qu'on s'obstinait à lui cacher ; il y employait les grandes méthodes , celles qui conduisent aux plus savantes analyses des opérations de Tesprit; il allait du connu à l'inconnu. Aux yeux de tout autre, ces petits détails , lés moustaches de ceux-ci, les propos de ceux-là , n'auraient eu qu'un médiocre intérêt; lui en tirait un parti inappréciable. On sait comment les naturalistes parviennent, sur rexdmcn du moindre fragment , à recomposer un animal tout entier; Baby ne procédait pas différemment, sur un mot il recomposait une civilisation , et quelle civilisation I

Une portion de la journée s'était écoulée entre la table et ces causeries; le soleil déclinait déjà; il était temps de regagner la ville. Jusqu'au bout

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Baby fut traité en enlapt gâté; on le reconduisit auY limites du camp avec les honneurs militaires. Guidons jaunes et guidons bleus s'inclinèrent de* yant lui et les fanfares résonnèrent à Tenvi qnsào^ il monta dans son palanquin. Tout stoïcien qu'il fAt, ces attentions ne laissèrent pas que de ca* resser sa vanité; cela s'explique; elles venaient 4'hommes d*épée, et Bsbj avait un faible peureux.

Le retour ne fut marqué par aucun incident; Aotre héros n*y brilla que par son silence ; il re* <;ueillait ses im^essions. En revanche , le fiasque i dont le cerveau était fort échauffé , revenait sans cesse à son idée fixe :

— Sangdieu , disait-il , on né m'ôtérait pas dé l'esprit que je vous aïe bu quelque part. Si ce n'est pas dans l'Amérique, ça doit être dans la ValUqué.

. Ainsi parlait cet homme ; rien an monde n'eût pu le tirer de son antienne ; il en devenait fasti- 4ieux.

Et dira qu'il était seul à représenter, chez les Apiiones, Téléraent gaulois, et qu'il n'y avait pas infime là un Bas-S;reton pour lui faire équilibre.

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