‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 34 sur 40 · S XXX · texte numérisé non relu

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Baby était décidément un honvne lapcé ; il avait «es grandes et petites entrées dans le monde officiel ; il eut bientôt son couvert mis cbes: le^ misi^tres» et put s^assurer qae leur table ne le cédait à aucune de celles dont s^houore le monde civilisé. Au fond ces ministres étaient d'assez bonnes geps, ayant à côté de leurs titres publics de petits talents de société qui n'étaient connus q«e des iotinaes. Ainsi le ministre des armées était un agréable amateur de flageolet , le ministre des flottes excellait sur la guimbarde; on citait le ministre du trésor pour son habileté $ur le cor de chasse, et le ministre des routes pour son jeu sur ia troo^ petteà defs; quant au ministre de renseignement^ il se contentait d!étre de première force sur la fliMe à rognon. C'est ce qu'on appelait le coitcert df cabinet. Non pas que l'harmonie y fut toujoim

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parfaite ; il n'y a rien de parfait ici-bas. Les points délicats 9 c*était de savoir qui serait le mieax en cour, ferait en voyage les discours les plus ronflants , et occuperait les meilleures places et les plus gros caractères du journal du gouvernement. Mais ces dissonances étaient légères, et comme le ton venait de plus haut, l'accord était bien vite rétabli.

Notre héros prenait goût à cette vie et trouvait ce régime à son gré. Comment en eût-il été au* trement? De toute part on le recherchait; il n'était point de fête , de cérémonie, dont il ne fût. Pour résister à tant de séductions , il eût fallu FAme d'un Scythe. Si encore Fox eût été là ! S*0 s*il avait pu raffermir son lieutenant par la parole et par l'exemple , le rappeler au sentiment de ses devoirs, lui montrer à quels abtmes conduisent des principes relâchés , lui répéter que le titre de citoyen d'un État libre est de ceux qui obligent et qu*on ne méconnaît pas impunément. Mais Fox était loin ; il se renfermait dans une altitude prudente , il ne quittait pas son poste et protestait silencieusement. Quoi d*étonnant dès lors que Baby;

livré à lui-môme , se laissât énerrer par les délices de la résidence I De grands exemples l'y encoarageaienty et pouvait-il espérer de vaincre là où Annibal avait succombé?

D'ailleurs tout se conjurait pour le perdre et abolir ce qui restait chez lui de force et de vertu. On a vu que ses premières entreprises sur le sérail de David avaient été mal servies par les événements ; il n'en était sorti qu'avec un peu de ridicule. Aussi avait-il eu le bon goût de s'abstenir de tout nouvel essai et de réparer à force de réserve le dommage fait à sa dignité. Trop heureux s*il eût persisté dans cette conduite! Hélas! le démon s'en mêla. Ailleurs que dans les tragédies, on trouve des confidents disposés à pousser les héros vers le vice et à leur en aplanir les chemins. Celui qui remplit ce rôle auprès de Baby fut son valet de chambre, un vrai serpent, capable de corrompre un séraphin. A force d'artifices de langage, il parvint à réveiller l'humeur entreprenante de l'officier, pansa les blessures de sa vanité, et le remit en bonne disposition; il lui dit que son aventure n'avait pas eu une issue aussi fâcheuse

qu'il Timaginait, que depuis lors il n'était plus question d'autre chose dans le sérail « que toutes les odalisques y raflblaieDt de lui, et que, s'il y paraissait, ce serait à qui se disputerait ses faveurs ^t se prêterait à rtiommage du mouchoir. Ainsi du reste,

Baby ne céda pas sur-Ie-cfaamp ; il avait son pre* iBÎer désappointement sur la conscience. Mais le séducteur revint h la charge, et, av^c l'astace commune a ses pareils , trouva le point vulnérable et s'y appesantit. Notre héros avait pour les femmes des faiblesses qu'il ne dissimulait pas ; il les crpyait généralement destinées à capituler devant lui, et se persuadait que lorsqu'elles y mettalent de là mauvaise grâce, c'était par suite de circonstances indépendantes de leur volonté. Cette conviction, très-ancienne eftrès^profonde, Tavût exposé à de rudes méc^omptes , et pourtant il D*en était pas guéri. Il se croyait toiiyours irrésistible* Aussi finit-il par céder aux instance de son fiumlier. A entendre cet homme, le sérail devait s'oa«vrir devant l'étranger, et cbaquie soir, à des heures notoirement indues, on l'y introduirait mystérieor-

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sèment. Commeat Baby aurait-il résisté à de semblables perspectives? Même sur on esprit moios kiOammable que le sien , l'effet en eût été décisif. Il céda; qui n*eût pas cédé?

Tirons maintenant un voile : les versions ne s'accordent pas sur raccueil que reçut notre héros dans Fenceiote où nul homme , excepté David , p'aurait dû avoir accès. Lui-même a été impénétrable là-dessus; on ne pouvait moin» attendre tl'un pareil chevalier. Les uns disent quHl y eut en cela un complot' ourdi et une mise en scène arrangée. Admis dans le logement des fenunes, Baby leur servait de jouet, rien de plus. On le faisait causer de ses voyages, de se6 amours d'Amérique , de ses bonnes fortunes jans le reste du globe , puis on le comblait de friandises et de sirops. La soirée s'écoulait ainsi , sans tirer à conséquence. On le traitait en enfont gAté, en Chérubin; on s'amusait de ses saillies, on riait de ses propos galants. Voilà quelle est la première version. La seconde présente les choses sous un aspect autrement sérieux. Baby y deviendrait un héros do roman , qui aurait jonché le sérail de victimes et

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en aurait fait le théâtre des plus grands égarements. On s*y serait arraché les yenx et déchiré les coiffes à son intention. Jamais loup, introduit dans une bergerie , n*y aurait commis de tels ra* vages ni fait saigner plus de cœurs innocents.

Que les choses eussent tourné de l'une ou de l'autre façon, Vofficier du Star n'en était pas moins jeté hors de ses voies habituelles et perdu pour le service du brick. Il éprouvait une de ces crises qui conduisent aux plus éclatantes abdica» lions; pour un rien il eût renié ses dieux et passé à ceux des Aphones. Chez lui , les sens parlaient en maîtres et TAme s'effaçait de plus en plus» Or on sait où cela conduit; l'exemple des compa* gnons d'Ulysse est dans toutes les mémoires. Baby en était arrivé là ; il s'amollissait dans les plaisirs et n'avait plus la force de s'y arracher. Ses journées s'écoulaient au milieu d'enivrements sans fln et de fêtes perpétuelles : devoirs de marin, capi» taine, bâtiment, poche du cachalot, souvenirs du pays natal, tout était indignement oublié et foulé aux pieds; il n'avait plus de goût que pour la coupe du vice ; il avait trouvé son lie de Gircé»

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