‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 35 sur 40 · S XXXI · texte numérisé non relu

S XXXI

L'BHLàVBMaMT.

Pour rintelUgence de révénement qui va suivre» il est nécessaire de donner quelques détails sur les habitudes de notre héros.

Depuis que le harem s'ouvrait chaque- soir de* vant lui, sa conduite était des plus irréguUères, et plus il allait moins il y mettait de ménagements. Des gens de Thôtel se racontaient à l'oreille qu'ils l'avaient surpris dans les jardins à des heures tellement suspectes, qu'aucune explication légitime ne se présentait à l'esprit et qu'il fallait nécessaire* ment y voir un abîme de scandale. Là*dessus mille propos et des anecdotes à Tappui. Naturellement on ne se privait pas d'enchérir, et de détail en détail , de prouesse en prouesse ^ Baby finit par acquérir, aux yeux des valets , les proportions des plus grands voluptueux , de ceux qui ont laissé un nom dans ]'art des conquêtes.

Comme on le devine , ces bruits , d'abord con-

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centrés à Tintérieur, se répandirent au dehors et y prirent de la notoriété. Rien ne vaut de telles nouvelles pour faire du chemin ; il n*y eut bientôt plus, chez les Aphones, un seul' harem où le nom de fiaby n'eût pénétré. Ce ne fut d'abord que de la curiosité ; plus tard rintérét s'en mêla. Chaqoe jour il était assiégé de messages mystérieux ; on lui demandait une entrevue ici ; là» quelques lignes de son écriture ; ailleurs , on se contentait d*une mèche de ses cheveux. D'autres fois, afln d'exercer ^r lui une plus grande séduction > on avdt soin de lui expédier des portraits , où la légèreté des tissas laissait voir le plus de perfections possible. Ainsi s'étendait le cercle des boiftes fortunes de notte héros ; ainsi se resserrait le réseau de plaisirs dan» lequel il était enlacé. Encore quelques jours 9 quelques heures de cette existence, et c'était un homme perdu pour l'Amérique du Sad i un miracle seul pouvait le sauter.

Une nuit qu'il s'était mis en course pour une aventure de ce genre, il lui sembla entendre comme un bruit de pas et apercevoir, à quelque distancé , des hommes qui se dérobaient dans l'ombre. H en

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éprouva un peu d'hésitation et se crut épié et suivi. Mais ce ne fut qu*un éclair» un nuage ; sa pensée avait un tout autre aliment et bien plus vif. Il s'agissait d'une conquête de choix, d'une entreprise à l'espagnole, sans guitare il est vrai^ mais .avec échelle de soie, duègne et rassortiment. Une dame du plus haut paragë loi accordait la fayeur d*un entretien accompagné de ces circon-^ stances aggravantes. Qu'importait à Baby qu'il y eût des témoins du fait? 11 pouvait l'avouer devant le monde entier et s'en montrer enorgueilli, n exécuta donc son escalade avec la hardiesse et la légèreté du marin, après quoi les persiennes se fermèrent comme c'est l'usage en pareille occasion. Jusque-là, rien de mieux; le programme suivait son cours habituel.

Au retour seulement, il y eut de l'imprévu.^ Notre héros venait de reprendre le chemin qui lui avait été si propice, et cela en de moins bonnes dispositions. Au lieu de monter il fallait descendre, ef de l'ivresse de l'espérance passer aux joies tranquilles du souvenir. Il en était là , lorsque arrivé aux derniers degrés de l'échelle, il sentit tout

point d appui lai échapper et fut précipité d*ane certaine hauteur. A Tinstant , et sans qu'il eût le temps de se reconnaître , deux hommes s'emparèrent de ses pieds et de ses mains qu'ils garrottèrent fortement, tandis que d'autres lui mettaient un bandeau sur les yeux et un bâillon sur la bouche. Par surcroit de précautions , on l'enferma dans no sac dont l'ouverture fut liée avec soin ; puis le plus vigoureux des assaillants le chargea sur ses épaules comme il eût fait d'une botte de foin ou d'une balle de colon.

Qu'on juge de la situation de Baby? Tout cela s'était exécuté si promptement qu'il ne savait même pas à qui il avait affaire ; jamais surprise n'avait été conduite plus habilement. humiliation I Du haut •de sa conquête tomber dans le fond d*un sac! Quand il y songeait, il lui prenait des rages sourdes et il se livrait à des mouvements forcenés; mais les bras qui le retenaient avaient la force d*un étaa et lui faisaient cruellement expier ses révoltes. Alors il s'apaisait et s'épuisait en conjectures. Quel pouvait être l'auteur de cet odieux guet-apensT Probablement l'une de victimes de ses galanteries »

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on époux qui se vengeait de Toutrage reçu par une incarcération d'un genre nouveau ? Et ces repré^ sailles jusqu'où les pousserait-il? Quelle limite mettrait-il au châtiment? De la part de ces naturels on pouvait s'attendre à tout. Qui le sait I peut-être allait-on le jeter au fond de la mer en conapagnie d'une vingtaine de couleuvres, comme cela se pratique chez les Orientaux. C'était encore , pour Baby, un souvenir de ses études et non pas des plus g^is. L'érudition a ses épines.

Cependant une circonstance rendit un peu de calme à son esprit; parmi les sens qu'il avait de libres figurait l'odorat, et ce sens était vivement aOectâ des parfums de goudron qui s'exhalaient de l'enveloppe où il était renfermé. En y réfléchissant , il lui sembla que ces parfums lui étaient familiers, il lui sembla aussi que la marche des hommes qui l'accompagnaient n'avait rien de <:ommun avec les allures des insulaires : c'était un pas qu'il connaissait et dont la régularité trahissait des habitudes de discipline. Il n'attendait plus qu'un mot , un seul mot pour savoir à quoi s'en tenir; ce mot n'arriva pas; le silence le plus absohi

fut gardé pendant tout 1b temps qpie dura te trajet  un moment donné on changea d*élénieiit; de la terre on passa sor Fean ; c'était ia chance la phtt menaçante que Bab^ eût entrevue; îl cnrignaic qu'on ne se débarrassât de lui exk TenToyaiit au foui de la mer ; il s' j attendait et recommandait Mi àme à Dieu. La durée même de la tratersée ne le rassura que médiocrement ; il y yit un cakul de ses bourreauî qui , en le noyant sur tm point éloigné, s'efforçaient de dérober leur attentat aui recherches de la justice et à la vengeance des lois. Ce fut ainsi et au milieu de ces alternatives qu'il arriva à sa destination , autant du mohis qu'il le put présumer. De nouveau il se sentit soulevé par deux bras vigoureux , porté pendant «ptelques marches , puis redescendu à une certaine profondeur. Était-ce \h sa tombe et aSait^-il être enterré vivant? Il y avait lieu de le redouter.

Enfin il se fit comme une espèce de r^it ôsêss son supplice. On ouvrit le sac, où Tair commençait à manquer à ses poumons ; on dégagea ses pieds et ses mains ; on enleva le bâillon qui lui couvrait la bouche; déjà il pouvait respirer, marcher et

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parler; c'était un premier retour à rexercice ae ses fonctions naturelles. Pour achever cette déli- Yrance on détacha le bandeau qui pesait sur ses yeux, et que Yit*il? Fei, debout dans sa cabine, €t à ses côtés quatre matelots qui avaient été les eiécnteurs de ses arréfts :

~ Eh bien , tnaiisfiige , dit le ctipitaifle en tendejit la mmu k son lieutenant,* voflà e^mment H faut s'y {Hreadre pour vous repéeher. Vow amte bW0 mérité que je vous laissasse barboter en em tipwble. Libertin 1

. Tout s'expliquait; le «ligne Américain dn Nord, pour sauver son nalheureux subordonné, n'avait pas reculé devant l'emploi de moyens b^ïqitt» et de violences salutaires. U avait emprunté à la fable l'une de ses phis ingénieuses traditions. C'était le procédé de Mentor, précipitant son élève dans la ner, afin de rarracber aux charmes d'un aéjimr dangereux. Baby n'étaît-il pas dans le même cas et bien plus compromis encore qne l'imoceat Télémaque?

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