‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 36 sur 40 · S XXXII · texte numérisé non relu

S XXXII

LB GAPITAIIIB FOX.

II est tenips de dire ce qu'avait fait le commandant du Star pendant que son lieutenant s'abandonnait aux séductions du rivage. Entre les deux conduites il existait toute la distance qui sépare l'homme aux principes austères de l'homme aux principes relâchés. Baby n'avait obéi qu'A ses pas» sions; Fox était resté fidèle à ses devoirs.

Dès son retour à bord , le capitaine s'était tracé un plan dont il ne devait plus s'écarter et qui se résumait en deux points essentiels : tromper ses espions, chercher des moyens de fuite. Il s'étudiait donc à garder les apparences de la résignation pendant que de sourdes colères grondaient au fond de son âme. Sortir de ce havre de malheur, échapper à la condition déplorable où il était réduit, lui et ses gens, voilà vers quel but étaient tendus les ressorts de sa pensée. Mais comment en venir à bout? à l'aide de quelles

rases? Par quels expédients? Il l'ignorait. Le na*

sard seul pouvait le mettre sur la voie.

Le principal embarras était dans la nature même du mouillage où il avait trouvé un abri. Était-ce une mer intérieure, entièrement fermée, sans communication avec les eaux du large ; ou bien y existait-il un passage par où le brick pût gagner les plaines de TOcéan? C'est ce qu'il fallait d'abord éclaircir. Au premier aspect la question paraissait se résoudre contre Fox : la barre de coraux qui s'étendait à rhorizon ne présentait point dlssue visible, et formait dans toute son étendue un obstacle menaçant. Cependant le capitaine ne dés« espéra pas de l'entreprise; le front des récifs était ^aste, et peut-être à force de recherches trouverait-on sur quelque point un fond plus libre et moins chargé d'écueils.

Pour s'en assurer, il fallait un prétexte ; la pèche en offrit un des plus naturels. Chaque matin , une embarcation quitta désormais le bord pour aller s'établir sur la ligne des brisants ; le soir elle en revenait chargée de poissons. Ainsi aucun soupçon ne pouvait s'élever dans l'esprit des gardiens.

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Mais cette embarcation était montée par Fox en personne, et le vigilant capit^ne mettait le temps et les circonstances à profit. La sonde en main, il poursuivait la solution de son pr(d»lème, cherchant s*M ne trouverait pas, au milieu de ces remparts cachés sous les eaux, on canal qui fût praticable et servit à la délivrance de son bâtiment. U n'y eut pas lia rocher de cette c6te inhospitatiëre qu'il ne recoupât et n'interrogeât I pas une crique dans la^ioetle M n'engage&t son canot , pas un banc de madrépores dont il ne fixât d*une manière précise retendue et la configuration. L'ingénieur le plus expérimenté n'y eût pas mis plus de soin, ai déplofé plus de science.

LoAgitemps ses efforts furent vains ; nulle part H ae trouvait l'issue tant désirée. En de certains endroits, l'intervalle qui séparait cette mer inté> lieure de la haute mer se réduisait à quelqtes toises, mais des écueils infranchissables s'y élevaient et né livraient d'accès sor anfon poiai. C'était à rebuter un esfirit moins ferme et moîiis patiest Un four pourtant il eut ua trail de ta* miëre* La roche qm fsrnoit ces bancs âCaiidiie ta

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travail de ces polypes qui , après en avoir été les architectes, s*y ensevettssent comme déhrê, et dont la masse, spongieuse d*abord, finit pas acquérir la dureté de la pierre. C*est ainsi que cette barrière de coraux s*élevait incessamment et formait, entre le havre intérieur et la haute mer, une muraille vivante. Or une drcoastance frappa le capitaine Fox, €*est cpi'au contact de l'eau 4louee ce phénomène cessait, ^ il en conchit que s'il se rencontrait dans les développements du rédf une eoabouchure de rivière, la profondeur devait y être plus grande, et moias active la strue* ture du rocher.

En effet cette conjecture ne .tarda pas à se vé^ rifier* Lorsque dans le cours de ses recherches le capitaine en fut armé à Tendroit ou le fleuve des Aphones se jette dans FOcéan , il trouva une navigation plus Hbre et un fond moins dangereux. Le travail des madrépores n'y avait ni la même activité Bî ia n>éme étendue, et les vases du fleuve eon^asaient jusqu'à une ocrtaioe distance un Lit inoSéusif que la quiUe du brick pouvait pénétrer impnnémeat. A^ de mieox constater le fait , Fox

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7 revint è diverses reprises , envoya la sonde dans tous les sens , s*assura de Tépaisseur des alluvions , et compléta sa découverte en traçant, à l'aide de balises, an canal par où son bfttiment gagnerait le large à marée haate et toutes voiles dehors.

Maître de ce secret, le commandant du S far n*en laissa rien transpirer; ses mesures furent prises avec une prudence consommée. La moin* dre indiscrétion suffisait pour tout perdre; il ne s*f exposa pas. L'heure de l'évasion fut arrêtée daiis son esprit sans que personne à bord en eût le plus léger soupçon. Même dans ses préparatifs , il ap* porta une réserve propre à déjouer la vigilance de ses gardiens. Tout était mis sur le compte de la pêche, pour laquelle il affectait un goût chaque jour plus vif, et afin de se le faire mieux pardonner il en distribuait le produit aux hommes préposes à sa surveillance. Ce fut ainsi qu'il arriva au moment décisif.

11 n'existait plus qu'un obstacle et an embarras; c'était Baby. Le lieutenant restait à terre comme otage. Le faire revenir ouvertement, c'était se trahir; partir sans lui, Fox n'en avait pas le cou*

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rage. Non pas qoe notre héros n'eût mérité ce châtiment ; c'eût été justice qne d'abandonner un tel Yolaptueux à ses écarts et de fermer le retour de la patrie à un homme qui en appréciait si mal les institutions. Mais le capitaine avait pour fiaby une faiblesse qu'il ne cherchait ni à vaincre ni à cacher, et qui prenait sa source dans l'opposition môme de leurs caractères. D'ailleurs Baby était inscrit au rôle, il était lieutenant du Star^ ce titre le couvrait ; puis » si pétri de vices qu'il fût, il avait des qualités qui y faisaient équilibre , excellent cœur, parfait marin , pêcheur accompli, animant l'équipage comme pas un, gai dans les jours sombres et solide dans le danger. A raison de ces motifs, il fallait arracher ce malheureux aux liens de fleurs dont il était enveloppé, le sauver à tout prix et des pièges qu'on lui tendait et de ses propres faiblesses.

De là cette expédition dont il avait été l'objet. Une embarcation montée par quatre marins vi*gouréux y avait suffi ; elle venait de ramener le lieutenant entre quatre barriques d'eau , rapportées de l'aiguade. Dès lors plus d'obstacle & l'exé-

euitioD des projets de Fox; l'équipage était àa complet , les dépositions étalent prâes ; îl suffisait d'un mot pour que la conjuration éclatât Le cupitnae allait le prononœr ; il attendait que la marée fût haute.

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