‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 8 sur 40 · S IX · texte numérisé non relu

S IX

y&OJBTft qVl %M QRaiBBKT.

— Pauvre enfant, que de donleurs en peu de temps! s'écria Mistigris y pendant qa*Anémone s'abandonnait à ses souvenirs. Et les études, que devinrent-elles?

— Elles Tarent fe senl remède à mon chagrin , répondit Anémone , et je m'y repris avec plus de cœur que jamais. Quand on a cent mille francs dans la voix, il est inutile de les perdre. II faut dire qu'après mes malheurs, ce3 messieurs furent adorables pour moi. C'était à qui me soignerait, à qui me pousserait. J'étais orpheline! Orpheline! Tiens, Narcisse , tu ne peux comprendre ce que vaut ce mot-là ; c'est un vrai talisman.

— Je m'en doute.

— On me poussa donc , et j'abordai tous les répertoires , le grand , le petit, ntalien, le français, l'allemand. Si tu va^ jamais au Conservatoire de

ii SPLENDEURS ET INFORTUNES

musique, tu yenras quel souvenir j'y ai laissé» J)emande seulement si on a ehanté 6 mon Fernandf comme moi. Et Costa diva^ c*est là dedans qu'il fallait m*entendre. Il n'y en a pas une à Yentadoar qui soit de taille à y produire mon effet. Dans un seul morceau, j'ai monté d'un cran, c'est le : Robert^ toi que f aime/ Aprh celui-là, par exemple, il fallait tirer l'échelle. Les professeurs en étaient pétrifiés d'admiration ; j'ai vu le moment qu'ils me portaient en triomphe. C'est pour le coup qu'ils m'évaluaient à cent mille francs par an ; il y en a même qui voulaient couvrir l'enchère. Je m*^y suis opposée : j'estime le chiffre suffisant comme début.

— C'est de la discrétion , Anémone.

— J'y veux mettre du mien , Narcisse ; il ne faut pas abuser. Maintenant, qu'ils viennent, les directeurs, je les attends de pied ferme.

— En as-tu vu quelqu'un î

— JMoi, courir après eux ! Pour qui me prends-tu ? Je les attends, te dis-je; Qs sont aux abois et jouent au fln ; que leur reste-ll en fait de grands talents ? Bien. Des Malibran et des Damoreau , il n'y en a

plus. Et après? Sontag? usée; Alboni? retirée; Jenny Lind? coulée. Il n*y a que moi, mon cher, et il faudra bien qu'ils y viennent. Déjà hier on m'a tâtée.

— « Yraiment? Et qui donc?

— Pour un café chantant; mais c'est un stratagème. Le directeur de l'Opéra se cache là- dessous; il m'a envoyé son homme de paille. Finaud 1

— C'est cela, tiens bon. Anémone ; de mon côte, vois-tu, j'ai mon plan tout fait. Avant qu*il soit un an, nous roulerons carrosse. Tu vois cette mansarde, eh bien ! tu ne la quitteras que pour entrer dans un appartement de mille écus. :

— Vrai, Narcisse?

— J'irai à quatre mille francs , si tu doutes de moi. Anémone, Anémone, ajouta le jeune homme en s'exaltant petit à petit, j'ai des projets vastes comme le monde. C'est stupide de voir des gens riches et de ne l'être pas. Pourquoi eux et. pourquoi pas nous? Qu*ont-ils donc reçu de la nature que nous n'ayons pas reçu comme eux ? Ah I ces messieurs iraient en voiture, et nous irions à pied; ces messieurs mangeraient des primeurs, et nous

44 SPLBKOBCHà ET ÏHT'OTl T C N E S

des rebats ; ces messieurs aiiraient des rideaux de ^oie et de brocart, et nous pas de rideaux; ces mesmurs iraient {lartout aux premières loges et dans les grands jours, et nous au paradis avec des billets de faveur; eh. bien! noni QonI dob! non! il n'aEi sera plus ainsi.

*— Ta es superbe, Mîstigris ; Ta toujours.

— C'est qu*il y a longtemps que ça couve et que je me ti^is à quatre pour ne pas éclater. Ah! le sort fait de ces cau[»4è! Il donne tout aux uns et rien aux autres; à ceax-ei tes |daîsirs de la vie ^ & oeus-là les kJsèrea et les ennuis. Et il faudraX encore remercier. et tirar ie chapeau. Merci, j'en ni assez de ce métier. J'y vais regarder d*un peu près maintenant.

*— Narcisse , ton mal me fagne; je commence à trouver que nous jouons un rôle peu (tatteur.

«—Tu verras, tu verras. J'«î mon plan, te dis-je. Nous irons au aoBunet des commets. Je veux qu'A n'y ait pas dans Paris de chevaux plus fringants qoe les tiens, de robes plasbeHes, de panaches plus hauts, d'arinbîries mieux peintes, des diamants de plus belle eau. AuénMne, crols-en un homme qui û

'la main sûre et le coup*d*€eU prompt : ava&t peo nous feroDS nos petites affaires.

--:Poarq^lpas tout ^e suite, Nareis9e? J'en grMie déjà. Des chevaux, des panachQ$, ^s armôirlea» ça ne souffre pas de remise. J'accepte au comptant.

— Un peu de patiente. Anémone, et, sois tranquille, tu n'y perdras rien. Nous ferons une vie comme jamais persofliie^ n'en a tatt; je te promets un cocher poudré. Mais, pour commencer, il me manque quelque chose.

— Quoi donc, de Vargçiiitt

i^ Du tout ! il n'y a quQ tes imbéetles qqi soient '«B souci pour de Targenl. H me nianque dès lH)a)«ies for^i.

—Des hommes forts I N'y en aurait-il plus à la hatie?

-^ Pas de ceu^4à? Des hommes forts, Anémone,

. c'eit-Mire des homiPQS qui aient du nerf. Quand

tu verras que les bonmes forte pnennent ke dessus,

quand tu verists ^u^ c'est leur lieure et leur règne»

tu pourras dire : commençotus; voici le nas ou ]»-

noais de faire ses petites affaires.

. -^ Xrès-bien, mm quand Vit voudrais que ee

iût demain.

— Moi aussi : malbeureusemeiity c'est la chose qui ne dépend pas de nous. J'ai l'œil ouvert, Anémone^ que cela te suffise. Veux-tu en savoir plus long? écoute-moi.

VOUBQVOX DBDX BÉaiMBS BOBT VOHSéS,

a Anémone^ plus j'étudie notre beau pays, plus je me convaincs de ce fait, qu'il ne peut s*élever aa développement complet de ses destinées que soos Tempire des hommes forts; c'est avec eux seulement qu*il fera ses petites affaires. Je ne sors pas de là.

a Que dit-on en général du peuple français lorsqu'on veut le qualifler? On l'appelle peuple char* mant, peuple aimable, peuple sinrituel, voilà tout. N'aie pas peur qu'on dise de lui qu'il sait ce qu'il veut et où il va, qu'il possède l'art de se conduire, qu'il a du bon sens^ de la suite dans ses idées , de la fixité dans ses croyances , du dévouement à ses opinions ; non ^ jamais on ne lui impv-

tera de semblables qualités ; il aarait trop le droit d'élever des réclamations et de se plaindre.

a C'est donc nn peuple spirituel dans toute l'acception du mot , un peuple qui a de l'esprit à en revendre. De l'esprit/ où cela mène-t-il? A se moquer des autres et de soi-même, à passer du blanc au noir avec une égale facilité , à s'éprendr de tout et à s'en dégoûter de même, à se fftcher, à se mutiner par caprice , à revenir par caprice

également, à s'échauffer pour des misères, à se refroidir pour un rien , à placer sa gloire en des bons mots , à faire de sa conduite un jeu et de son existence une épigramme. Voilà où mène l'esprit, Anémone; c*est un triste don quand il est euL Pour moi , je l'ai en horreur : avec lui , vois-tu , on ne sait sur quoi compter; au moment où Von ft*y attend le moins , tout craque , tout s'en va sens dessus dessous : pas moyen de faire ses petites affaires.

« IfoR Dieu , je n'invente pas ; les faits parlent assez haut; je connais notre histoire. Dieu merci. Voici , depuis soixante années , je ne sais com^ bien de gouvernements que ce peuple spirituel

^ SPI.BNDBUBS ET INFORTUNES

se donii^ Il en change comme d'babUs, et» vu qu'il y met du luxe, il n'attend même paB qu'ils , soient osés. Or, comment s'est-U conduit vis^à-vis de ces divers gouvernements? A peine en t-t41 joui qu'il s'est mis à les peloter de son mieux, à les cribler de railleries» à les tourner en iiuolftbets. Quand on a tant d'esprit , il faut bien Tem^ jployer quelque part. C'était dM£ un feu roulaat de jolis mots où ils étaient accommodés de maîn de maître, des plaisanteries à se vautrer, des olenobours, des coq-à-l'âae , des charges par-dessus les maisons. Moyennant quoi , tout gouvernemeot passait pour un imbécile^ si ce n'est pis. On jouait avec lui , on le traitait sous jambe, on en faisait UB personnage de comédie « destiné à rec^v^rfr des coups de latte * sans jamais sourciller. Si bien que le jour où on en avait assez, on souObit dessus et c'était fait de lui.

t Voilà où mène l'esprit : encore s'il s'en tenait là! Rendre un gouveroemeitf ridicule, t'est bi^n ; le superlatif^ c'est le rendre ^MUeux. Un peuple aii^able ne s'arrête pas à mi-chemin. Anémone, veux -tu faire une ga^ure? C'est qu'e» moins de

DS lfAB«l£rBB M18TIGRU. xi

?h)gt-quatre bemres, $i cela me CMTient, je ^ato persuader à cette adorable popotalion de Paris , ^e son gouvememeiA s*abreu¥e de sang knmaio , enlève les enfants à la mameUe, les met 4 la broche et les dévore ea sensnel qu'il est ; que , 4t temps en («mps , poar s'entretenir <a main , il empoisonne Teaa des fmitaines , jette dans la rivière des sidl>6tanees comraes de Im seul, introduit da TerUd&^gns dans le pain , et se défait , ayee de la mort^aun-rats, de toutes les personnes ^i TeiDbarrassent. C'est au choix , vois-tu; s'il y a cpeUpie chose de phisfort, je le ferai passer également. On fait tout passer chei ncns; il ne a*agit qme de tranver rassaisonoonent le fend du goofemer ment un harpagon ou aa ivrogne , un capucin oann libertin, à mon gré, à ma voteelé, et cela sans beattcoop d'efforts; oe pea]^ e^y prête avec tSfBÎt d'abandon. On ne saurait pousser l'esprit ^rs loin. a Haint^fiant , Anémone , ta comprends que dans un pays arrangé de cette façon on ne peut compter sur rien. L'opinion s'y monte et s'y démonte perpétuellement. On peu les brouîHons , un peu les bavards se mettent i la traverse de ce qui

ftS SPLENDBURS BT INFORTUNES

se fait, cherchent noise à propos de tout, crient comme des paons pour des vétilles, prétendent qu'ici on va trop loin , et là pas assez; se voilent le front en déclarant que tout est perdu » qu'on noas vend à l'étranger, qu'on nous opprime à l'intérieur, et que c'est le cas ou jamais de courir aux armes. Du diable s'ils croient être pris au mot. Et s'ils le croyaient 9 comme ils y mettraient plus de réserve ! Mais une fois lancé, ce peuple charmant ne s'arrête pins; on lui demandait une algarade» il fait une révolution.

a D'où je conclus, Anémone, que tant que les choses resteront ce qu'elles sont, tant que, du premier au dernier, nous pourrons tous dire pis que pendre du gouvernement, lu mettre des bAtons dans les roues, lui tendre des traquenards » lui faire avaler toutes les couleuvres du monde « lui déclarer impunément qu'il est ceci et cela : tant qu'il en sera ainsi, notre pays n'offrira pas de grandes chances à quiconque veut s'y pousser et on y fera diiBcilement ses petites affaires. Il faut attendre des hommes forts, je ne sors pas de là.

«Mon Dieu, le bien, le mal, qu'est-ce après

DE NARCISSE UISTIGRIS. 5^

tout? ridée qu'on s'en fait. On est bien quand on croit être bien, on est mal quand on croit être mal. Une comparaison , Anémone ? Te voilà douée d'une bonn^ constitution ; tu manges , tu dors , ta t'acquittes de toutes tes fonctions avec la régularité désirable , tu jouis en un mot d'une excellente santé. Mais qu'il vienne quelqu'un te dire, et cela tous les jours: — Dieu, comme vous êtes pftlet comme vos yeux sont cernés! Vrai, vous changez à vue d'œil 1 La première fois, tu riras au nez du facétieux , la seconde tu y réRéchiras , la troisième tu te tftteras, et si l'on insiste, et si Ton revient constamment à la charge, tu prendras peur et t'imagineras avoir tous les maux du monde. Alors en avant les nerfs , les vapeurs et ce qui s'ensuit; tu n'étais pas malade, maip tu le deviens. Eh bien, ma petite , il en est de môme d*un gouvernement Tout bien portant qu'il est, si l'on épilogue sur son état, si on le trouve chétif , si à l'envi on lui offre des drogues, si on lui répète qu'à ce régime ne fera pas de vieux os, si on lui inspire du doute sur sa constitution, si on l'accable de conseils alarmants, alors il se tftte, il cherche où est

.54 SPLBWDBURS «T riTFOBTITNBS

son mal , il essaie de toutes les recettes , va cPim remède à TaTitre, s'abîme le tempérament et se détrait de ses propres mains aivec ane étonnante tacflité. Telte est la marche ordinaire, et ta as ' asses vécu pour le voir.

a Anémene^ je fenx on gOQ?emement qui ne iH>iifl)re point d*empètesur sa santé et ne laisse à personne le soin de s'informer comment il se fcrfe; je venx qu'aucun grimaud ne puisse lui demander s'il a passé ane raanvaise m»t et lui trouver maltais visage. (Test ce qaé j^appeNe le gouvernement -des hommes forts. Il sera parfait dès qu'il passera pour tel et qu'on ne dira plus le contraire; il sera infaillible dès qu'on ne pourra plus crier sur les toits qu'il a failli. Les choses, je te le répète, dép^ident de l'idée qu'on s'en fait. Avec ce gouvernement plus de hauts et de bas, plus de transes, ^s de secousses ; tout ira comme de cire; ce sera un goavernement suivi , no gouvernement sûr, en im mot le gouvernement des hommes forts. Laissele venir, ma petite, ^, quand il sera venu, je te Mm : en avant, faisons nos pertes affaires. »

AS NABSlSfiS MISTiaïklS. gg

S XT.

D8BHtteB« éV«BtrVB«

Narcisse ne vit pas ses ?œax exàucés sur-lechamp; rheore in gaoNernemùnt ée son choit n'était poiot encore venu. D'w «atpe côté, lei offres dont mademoiselle Anémone était Fobjeit se coBciliaieiit mal arec la haute oninioik qu'elle avait de son propre taleat, et d'un cooMun accord OH les regarda comàie ÎBadinissiblas. D'ailleurs , tout bien vérifié, il se trowa qœ le dkeeteur de rOpéra n'avait en CHicuue manière eoogé à se l'attacher» et que les ouvertures les plus séfieusea venaient d'un café chantant où elle aurait eu ceal francs par mois et sa part dans les produite de la 4oête. Sans être toès-versé daos la sciettce du calcul , il était facile de voir (pi'oa se trouvait loin des cent mille francs auxquels l'élève du Conservatoire évaluait ses services.

Puis, quelle déchéance! un café chantant i

elle! un début en plein vent, an milieu des va* peurs du tabac et du cliquetis des verres! Pour auditoire des clercs d'huissier, pour recette des limonades, sans préjudice des quolibets que se permettent les habitués du lieu I Quand elle y songeait ses colères égalaient ses dédains.

— Pour qui me prend-on? s'écriait-elle. Moi, descendre jusque-là? endosser la friperie de ces dames? leur disputer les bouquets et les galants? Fi donc !

— Bravo > Anémone ! Voilà qui est romain , disait MistigriSy applaudissant à ses scrupules.

— Autant paraître dans une niche à marionnettes, ajoutait-elle avec impétuosité ; autant s'engager dans les tableaux vivants. J'y profiterais de mes avantages et ne m'éraillerais pas la voix. Qu'en dis-tu, Narcisse?

— Du tout, du tout, répondait celui-ci, point de coup de tète. Restons ce que nous sommes , et ne montrons rieii en excès. Vois-tu, Anémone, les choses ne peuvent pas marcher longtemps de ce train; nous sommes à la veille d'événements graved ; j'en ai comme le pressentiment. L'époquo

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des hommes forts arrive; un pea de patience jas» que-là.

Ce fut ainsi qne Torpheline échappa aux deux plus grandes embûches de la civilisation moderne » le chant en plein air et les poses académiques sous le maillot; la prudence de Mistigris l'en préserva. Tout, il est vrai , n'était pas désintéressé dans ces conseils : ce qu'en faisait Narcisse était un peu pour lui; il sentait qu'une fois lancée. Anémone ne s'arrêterait plus et irait bien vite aux derniers conGns de l'émancipation. En la défendant il se défendait et la mettait à l'abri des empiétements; il en disposait sans partage.

Mais au prix de quels sacrifices et de quelles privations, Dieu le saiti Cette pension paternelle, insuflBsante pour une seule bouche, il fallait désormais qu'elle suffit à deux ; il fallait, avec cinq cents francs , pourvoir aux besoins du ménage , nourri* tare, entretien, logement, sans compter les plaisirs* Aussi, quel ordinaire! et que de fois l'estomac eut è en pâtir! que de repas dignes de ces anachorètes dont la légende a célébré la sobriété ! et quelle garde -robe succincte! quel mobilier simplifié!

5S SPLBmmVtS EJ IKFOaTHNES

comme le 8q[)effla étatt hwm de eei îatérîeart A peine restait-il^ en objets de toilette, de^ ifm, figurer déonsiinèiiFC w dieb^rsf; «ac^e ces vête- VÈÊmis, FMttUs à un eKenqflaire uflrique, eligemeat* ils des ménagements iofiiHB et des owioussances tariées dans Tart des reprises. Brel, il était ioij^»^ »ble de descendre plus bas; la fierté d'AnéoioDe s^en révoltaft.

-*» Qa'on a donc de ta peine à rester homiétel f^écriaft-elle de loin e» toîa*

-- Le cid est jnate, jrépaodait phHosophîqQem«nt Narcisse; il nMs. tiendra compte de nos. efforts.

Peu à peu la mesure se comblait ; d'expédients en eipédiail», le couj^^ en anrti^aiti la Uadte da possfUe; les petites dettes s'accmmiiaîeBt et le^ crédits se f^tnaient successif emeant : ÀUHrins d'an miracle^ il n'y w/9it fkm de satet à enbreipoir* Les estomacs étaient anx abois ci les ooatumes à Jour*

Ce fdt alors qn'éclita Téréiiement dmis leq«e| Ifistigris avait pleeé testas Ses e9|)értMsa* U Tar iVait appdé de ses tc8ui| iC tôt le premier i le

luer. Dès qull lit les troii]^ maîtresses du ter* roin :

' —Enfin, s*écria-t-il, c'est notre jour* Debout^ Anémone, debout; voici le règne des hommes forts. Dieu ! la beUe revanche que noni allon» prendre!

S XIL

W IIOUVEAU VI8A6B

G'fst une justice à rendre à Narcisse , qu'il ne îouait point, en cette circonstance, le rôle d'un courtisan du succès ; sa dignité demeurait intacte* U assistait purement et simplement au triomphe de son opinion; il pouvait être rangé au ncmibre des vainqueurs de la journée. On a lu au fond de son laue ; s'ètait-il prononcé assez chaudement? Certes^ avec de pareils titres, il aurait pu élever quelques^ •prétentions, demander un poste de confiance, une mission, une faveur, co.iprae le firent tant d'autres qui le méritaient moins que lui. Il se contenta de jouir tranquillement et modestement des ré-

sultats qu'il avait prévus et se paya pour ainsi dire de ses mains ; il se mit à faire ses petites afTaires.

Comment? avec quels fonds? par quels procédés? c'est le secret de bien des fortunes qui remontent à cet événement. Tel grand fleuve n'est à sa source qu'un filet d'eau ; Mistigris était moins encore, il était complètement à sec. Et cependant on a vu la richesse couler chez lui à pleins bords et menacer.de s'étendre indéfiniment? Ce sont là des mystères ; mais il y en a tant ici-bas , et rien n'oblige à les pénétrer tous I

Dès le premier jour, Narcisse brûla ses vaisseaux ; il déposa entre les mains de son patron son brevet de neuvième clerc avec les avantages qui y étaient attachés. Les grandes vocations se reconnaissent à ces témérités. L'étude s*en émut^et se demanda quel héritage était échu à Mistigris; le notaire lui-même se refusa à recevoir sa démis ision avant d'en avoir écrit dans le Cotentin. Une fois portée au ressort paternel, l'affaire prit d'énormes proportions : une correspondance s'engagea, foudroyante d'une part, humble et sup« pKantc de l'autre, dans laquelle Narcisse n*eut pas

le dessus. La conclasion en était courte et précise : ou rentrer à l*étnde ou renoncer à la pension. Pour faire capituler la place, le Bas-Normand cherchait à l'affamer. L'opiniâtreté de Narcisse trompa ce calcul ; il renonça à sa pension et s'en fia à son étoile. n

Le terrain sur lequel il voulait se placer n'était pas nouveau pour lui : depuis longtemps il en étudiait les mouvements et les ressources. On devine quel terrain c'était : y en avait-il d'autre que la Bourse pour un homme qui voulait faire ses aiTaires et les faire promptement? Narcisse s'y était ménagé quelques relations. Parmi les clients de l'étude, il en était un dont le nom jouissait de quelque crédit et qui étonnait la coulisse par l'audace de ses spéculations. Rien de plus curieux que Vbistoire de cet homme, et comme elle va être mêlée à ce récit, il n'est point indifférent de s'y appesantir.

On le nommait Jéroboam, ou le grand Jéroboam , pour lui restituer l'épithète dont la coulisse l'avait honoré. Sa vie n'était qu'une longue spéculation, mêlée, comme toutes les choses de co

Oi SPLENDEURS ET INFOtTtJlïES

monde, de haut et de bas, et dans lesquelles, d*ane liesse de biHets de banqne, il retonAail stoïqae* ment sur une pièce de œnt sous. Afin de ne jaoM^ rester au dépourvu, léroboam ayait imagioé I& plus ingénieux des systèmes, et le voiei tel cptU est sorti de ses mains. 11 convient que de pareilles découvertes ne périssent pas avec leur autew et ne soient pas perdues pour les races futures. Les spé* eulations de Jérofoomn s'engendraient les «nés les autres, comme nous voyons dans la Bible tes gé* néalogies se succéder, et Abrahana eogcmbrer Isaac ou Tsaac Jacob. A mesure qu'une de ces spé^ eulations touchait à son déclin, Jéroboan en créait à l'instant une autre plus puissante et phù neuve, dans laquelle il fondait et réchaoSait Tancienne, de manière à la, rajeunir financtëreaieiit. Ainsi , pour ne citer que les entreprises dont le souvenir a surnagé, on a vu le Baume pectoral remplacer le Spécifique dentaire^ et la Ceinture de sauvetage suppléer avec succès la Pompe deiou^ doit à jets épanouis.

Il va sans dire que Jéroboam n'opérait pas avec ses propres fonds ; son cœur était trop grand poinr

1&B SÀRGISaS MISTieHIfi. 63

cela. Il voulait que k public fAt admis aux' bëné* fices de ses déeoavertes, et y assodait le pbia d'actionnaires possible en retour de leur argent. De» esprits ^ai crdent à la pearfectibiUté da jugement iramsyin se sont imaginé que raetiomiaire est ooe espfeee destinée à disparaître, et qu'à Corée d'en aboser^ de le ponrsairre à outrance, de le conduire de pjég« en piège et de iiquidatiou en liqmdation, on finira par Texiler de cette terre dont il fait le ph» bel arnemeut. IHuMon I l'adiounaire se trao»* ferme et ne périt pas ; là où on le croyait éteint , au didadre appel il se r€«iontre et puUide ; ou le sop* posait mort au versement et il verse avec frilus d'ap* deur et d^acbarnement ^ue jamais. C'est le phénix dn siède ; il renaît de ses cendres t pourvu qu'on sache les réchauffer.

léroboam possédait cet art; B savait tirèa* de l'ar* gent des bourses les plus retires, et là «eore son génie éclatait. Un autre eât donné à cet argent sa destmation naturelle, Peut appliqué à l'objet en vue duquel il lui étaât confié. C'était la aiarche vulgaire ; Jéroboam y dérogea ; il sortit des sentiers battus et ne prit conseil que de lui-même. Cet ar-

gent, il le consacrait, sans en distraire un centime, à des frais de publicité ; il l'employait à lancer une entreprise ou une autre ; il le répandait en annonces dans la quatrième page des journaux. Dieu sait que de billets de banque prirent cette direction ! Si la presse était moins ingrate, elle aurait déjà élevé une statue à Jéroboam. On cite telle pommade qui lui a rapporté douze mille francs, et pour laquelle il a dépensé quinze mille francs d'insertions ; tel chocolat qui a fait cinquante mille Trancs de recette et a coûté soixante mille francs de mise en train, sans préjudice des notices, prospectas, attestations de savants, certificats^ procès-verbaux d*académies, et tout le cortège des moyens ordinaires et extraordinaires. Ainsi s'en allaient les fonds de Jéroboam; sa caisse ne recevait que pour verser; Fargent des actionnaires passait aux journaux : depuis le tonneau des Danaïdes on n'avait rien imaginé de mieux.

Tel était Thomme dont Narcisse Mistigris avait obtenu Fappui et qui devait le lancer dans sa nouvelle carrière.

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