XIII
LBS JlVBVUBS DB LA FORTUHB.
Il faut tout dire; il faut déchirer les voiles et trahir les faiblesses da cœur : Jéroboam ne prenait pas habituellement des spéculateurs en apprentis* sage, et s'il l'avait fait cette fois, ce n*était pas gratuitement : dans sa pensée du moins il y assignait un prix. L'industriel avait aperçu Anémone et s'en était épris : les airs, la physionomie, les allures, tout avait contribué à l'éblouir, et à part lui il s'était promis de donner à ce goût les développements dont il serait susceptible. Calcul digne d'un satrape oriental 1 Et Narcisse qui , dans la candeur de ses impressions, mettait tout cela sur le compte de Famitié! L'amitié d'un Jéroboam! Pauvre Narcisse!
n est vrai qu'à s'en fier aux apparences, la personne de l'industriel éloignait l'hypothèse d'une séduction : par la figure, le port , la taille et l'ajustement , Jéroboam appartenait à cette race, mar-
«6 SPXEVBBaiCS ET IKFÛflTÇtRBS
quée d*un sceau particulier, qui commence au marchand de chaînes (3e sâreté et aboutit à la haute finance. Impossible de s'y méprendre; les traits étaient trop accusés , le» accessoire» également ; le visage à favoris épais, les lunettes d*or, Toeil rusé, les lèvres minces ; puis des bagues à tous les doigts, des boutons de chemise en brillants, des chaînes à n'en plus finir, des gilets voyants, des pantalons à £rmcis, enfin tout ce qu'il y a de plus suspect en fiaiit de goât et de phis é(|iiivaqtte en fait de phy- BiO&oime.
. Avec des avantages aussi restreints, Jéroboanoi ji'àvait pas le choix eatre lea moyens de conquête : -ee bonheur si rare et si doux d'être aiœé pov soimême lid était absdttitteiit interdit. De toute rigueur, i fallait fu'S se fit ^imer à uu autre titre et pour d'autres fiotifà. Point d^iUusion là-dessus, et il était trop dairfoyant pour s'en &fare : aussi allait-il droit au but en homme qui conlMit le secret des résistances et le prix du temps. Si le premier mot ne suffisait pas, il couvrait fendièfe ' jusqu'à extinction de feux* De là ud chapitre tomiidérable dans les dépenses secrètes de sa maîsm :
Dl NAECI»3S MI8TIGR1S» §)
«6 que les {oarBaiix ne avéraient pas s'en allsfit directement vers les femmes ; chaque jour la liste dès tictimes s'tkifkfaissait dTan nom mnneau, et de erédoles aetiomaînes contiiniaîeiit à placer leurs épargnes sur les galanteries de Jéroboam. .
L'intimité de Findustriel offrait donc quelque danger; Narcisse ne s'y arrôia pas, il avait l'esprit ailleurs ; Anémone y vit clair dès le premier jour. Hais elle était dliumeur belliqueuse et se sentait forte contre les assauts. Qui ne risque rien n'a rien , se dK-dte, et «Ile prépara ses moyens de âéfense à tout événement. An début le danger n'étak pas grand; les parties se faisaient à trois ^ dîners fins, promenades an bois, soirées de tbéfltre? Ané** noue avait près décile son chaperon et riait sons cape des efforts da séducteur et 4e ses frais en çufe perte. €e n'était pas le compte de Jéroboam* il devînt pressant et s'éxp&qna de manière à né {tes Insser d'équivoque sur ses intentions ; il parla de diamants, de eaebemre, de dentelles, et termina eette ouverture dâicate par la demande d'un tète- Mête dans «n cabcaot p^rticalier.
Toici que ça se gftt«, se dit Anémone; cè
8înge-là mène les choses tambour battant ; il est temps d'avertir Narcisse.
Mais Narcisse était lancé dans les eaux de la spéculation; il commençait à faire ses petites aflaires.