DIVISION DES SPONGIAIRES
Les mêmes difficultés qui pendant si longtemps ont empêché de bien connaître la nature intime des spongiaires, ont rendu jusqu'à présent très-difficile une bonne division de cette famille, et pour le prouver il nous suffira d'indiquer les principales divisions qui ont été proposées.
Guerrarp dans le IV° vol. de ses A/émoires de physique et des arts a le premier conçu l’idée de partager les spongiaires d’après la position régulière ou irrégulière des fibres, et de la présence où non des cavités ou trous à l'extérieur.
Dans la deuxième partie du grand ouvrage D'EsPER qui a paru à Marienberg en 1794, on trouve pour la première fois diverses éponges décrites et coloriées; mais comme l’observe M. Scamipr, Esper travaillant à Erlangen avec des exemplaires exigus, souvent sans avoir l’indication de leur provenance, n’a pu donner à ses planches ces traits au naturel qui sont indispensables pour bien juger des espèces qu'il a cru représenter.
Lamarcx dans les Awnales du Museum vol. XX, a partagé les éponges en 5 groupes suivant leur grosseur, l'existence ou non chez elles d’un pédoncule et suivant leur forme cratéiforme ou non, et la disposi-
tion en lobes ou en masses.
La forme générale ou des caractères analogues à ceux proposés par Lamarck ont aussi servi à Dunovan, dans le Sys/ème de division des Spongiaires tel qu'il l’a publié dans le JII° vol. des Mémoires de la Société Vernérienne de Londres.
Les caractères de distinction des spongiaires tirés de leur forme, de la position des oscules etc. ont été jugés insuffisants pour nous servir de base à la division, et il est inutile de répéter ici ce que nous avons dit précédemment à cet égard.
C’est par la découverte faite et publiée par Grant de la présence de deux sortes de spicules dans quelques éponges dont les unes sont calcaires , les autres siliceuses, qu’on a commencé à laisser de côté les distinctions tirées d’après la forme extérieure des éponges pour s'attacher aux caractères tirés des spicules; aussi nous voyons FLEMMING, GRANT, JounsToN et autres naturalistes modernes réserver le nom de Spongia aux espèces composées de fibres kératoses avec matière terreuse, et adopter le nom d’Halicondria pour le groupe composant les espèces douées principalement de spicules calcaires.
Cette sorte de distinction a été à peu près celle suivie par M. Narpo en 1834 à l'exception que cet auteur avait fait une division pour les espèces cornées, une deuxième pour y comprendre les espèces siliceuses et la troisième pour les espèces calcaires.
Aussitôt qu'on a découvert des espèces ayant des spicules calcaires et des spicules siliceuses, il va sans dire que ces distinctions ont dû se trouver inadmissibles.
Le professeur BLAINvVILLE dans son Manuel avait proposé à son tour la division des spongiaires en 20 genres, dans lesquels il part de la nature des spicules, de la réunion ou non des grands oscules, de la forme générale, de la masse des éponges et de leur demeure dans les eaux douces ou salées. Cette distinction a été à peu près celle qu'a adoptée M. Hocas dans les Awnals and magazine of natural history , vol. VIII, pag. 5.
Feu M. »'OrBr@ny dans son traité de Paléontologie publié en 1852 et M. Prcrer dans son ouvrage de Paléontologie ?° édition publié en
1857 ont aussi partagé les spongiaires en plusieurs sections et genres ; mais leur but étant borné aux espèces fossiles nous ne nous arrêterons pas davantage sur leurs distinctions; mais nous devons faire remarquer qu'ils ont oublié une des plus importantes divisions des spongiaires, et précisément celle qui renferme le nombre le plus considérable des espèces fossiles, c’est-à-dire celle qui comprend les sytectariens.
M. LieserkünN dans son #/émoire que nous avons rapporté plus haut, partage les spongiaires en 2 ordres dont l’un comprend les éponges calcaires et renferme les genres Sycon et Grantion, et l’autre comprend les éponges cornéennes, et renferme les genres Spongia et Filifora; mais cette division ne se rapporte qu'aux espèces connues de lui.
Enfin M. Scamipr a proposé une nouvelle classification, qu'il a pourtant bornée aux seules espèces qu'il a étudiées dans la mer Adriatique.
M. Scaminr partage les éponges de l’Adriatique en six familles qu'il a appelées: Calcispongior, Ceraospongior, Gumminaceue, Corticator, Halicondriae, Halysarcinae. La première famille est dédiée aux petites éponges qui ont des spicules calcaires. Dans la seconde famille les fibres sont plus solides, mais elles n’ont pas de spicules. Dans la troisième famille, celle des gumminaceae, la couche extérieure est trèsépaisse, les fibres sont très-petites et très-rapprochées. Dans la 4° famille des corticator, M. Scamipr place les espèces globuleuses ayant des corpuscules siliceux en forme de petites boules ou en forme d’ancre. La 5° famille est comme la quatrième, mais on n’y voit pas la couche corticale. Enfin dans la dernière famille l’auteur place les espèces molles dépourvues de fibres qui ont cependant des corpuscules calcaires ou siliceux.
Bien que ce système de classification soit à beaucoup d’égards préférable aux autres, cependant nous regrettons de ne pas pouvoir le suivre. D'abord l’auteur a borné sa classification aux espèces de la mer Adriatique et dans les nombreuses espèces que nous allons décrire il y en a 60, nombre qu’on serait dans l'impossibilité de placer dans l’une plutôt que dans une autre des familles proposées par M. ScHmint, mais
une famille entière, celle de nos lithospongia, serait hors de toute possibilité de classification.
En faisant abstraction de cette remarque on voit que les principaux caractères de distinction sont: