‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 10 sur 54 · LES ILES DE 1/OCÉANIE · texte numérisé non relu

LES ILES DE 1/OCÉANIE

le capitaine, au profit de sa cause, a invoqué le fluide nerveux, établi le circuit magnétique. La religion qui le sait bien, sans le dire toujours à ses adeptes, a, comme tout graud sentiment, de ces magies physiques qui soulèvent Thomme.

Les trois types de serviteurs que possède Tœuvre s'offrent à nous aux Samoa, aux Wallis et aux Fidji. Aux Samoa, c'est monseigneur Éloi. 11 est dans la force de l'âge, très intelligent, très fm, et sans petitesse d'esprit comme sans routine, très soucieux des intérêts de Tœuvre. Les Samoaus, auxquels il a affaire, sont une race polynésienne très pure, ouverte et franche, le seul peuple sauvage qui sortira peutêtre de ses langes d'instincts. 11 Ta compris, guide leur raison naissante, les caresse et les sert. 11 leur permet les chants et la coquetterie. Le vendredi, tous ces sauvages, se trempant les cheveux de chaux, ont Fair d'être poudrés à frimas. Le dimanche, à la messe, ils ont, évidée aux tempes, une chevelure rouge, toute rutilante, dont ils sont fiers. Là aussi, le protestantisme est en face de monseigneur Éloi. 11 lui tient spirituellement tête et le désarçonne. Parmi les sept péchés capitaux, la luxure a toujours été la pierre d'achoppement de l'œuvre. Les sauvages n'entendent rien à la continence. Quelques-uns qu'on

avait tenté d'ordonDer prêtres ont pris femme aussitôt.

La propagande par eux devenait impossible, et les missionnaires protestants se moquaient. Monseigneur Éloi n'a plus ordonné de prêtres, n'a plus eu que des catéchumènes... mariés. Ceux-là vont, par les tribus, répandant la semence divine. C'est de la fausse monnaie protestante et de la meilleure, car elle passe mieux qu'elle. Les sauvages, qu'on ne tourmente pas de devoirs ou d'austérités antipathiques à leur nature, préfèrent les pompes de l'Église à la nudité du temple. La mission prospère aux Samoa.

Aux Wallis, monseigneur Bataillon est un évêque du xii^ siècle égaré dans le nôtre. Ce grand vieillard de soixante-dix ans, à la longue barbe blanche, au nez d'aigle, aux yeux d'un bleu pâle, d'un ascétisme d'anachorète, inflexible, intrépide et autoritaire, a fait l'Ile catholique d'un bout à l'autre. 11 s'est imposé à elle, la captivant par son dévouement et par sa charité, la bravant par son audace, frappant les dissidents par la guerre et par l'exil. Il avait, en effet, pour lui la reine Amélie, ainsi nommée de la reine des Français.

Il l'avait élevée, instruite, adoptée pour fille spirituelle, et la domine encore. Il est, de par elle, le

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