‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 11 sur 54 · LES ILES DE L*OGÉANIE · texte numérisé non relu

LES ILES DE L*OGÉANIE

maître des Wallis. Il n'a jamais permis aux missionnaires anglais de s'y établir. Un avait point de mandat pour cela. 11 ne Ta point voulu, c'était assez. 11 inspire à la fois à ses missionnaires et aux sauvages la terreur et Tadmiration. Il a fait porter à ce peuple des pierres sur le dos, lui a fait bâtir une cathédrale.

Lourde et massive avec ses deux tours, elle s'élève vers le ciel au milieu de ces cases minuscules au ras du sol, monument bizarre d'un autre âge et d'un autre monde. Cependant la vieillesse du grand évêque s'inquiète et s'atlriste. 11 a courbé ces innocents sous le joug et sous la règle, h ce point qu^ils n'aient plus les vices ni les vertus qui leur étaient propres. Mais, des vices, il est resté l'hypocrisie, et avec les vertus s'en sont allées la gaieté, la naïveté et la cordialité des mœurs. Quant aux vertus nouvelles qui leur sont prêchées, ils en balbutient le nom, ne les comprennent pas, ne les pratiquent que par une obéissance morne et abattue. Est-ce donc là le résultat de quarante années d'efforts et de foi? Monseigneur Bataillon sent que son œuvre n'est pas bonne et pourtant ne veut pas douter d'elle. Il mourra debout dans ces sentiers où il a fait faiïsse voie et qu'il a crus les véritables. 11 demeure une grande figure parmi

ces semeurs de religion qui ne récoltent que la stérilité.

La Vire, de la part du gouvernement français, apportait un orgue de Barbarie à la reine des Wallis. Celle-ci n'accueillit ce cadeau qu'avec une joie timide. L'évêque avait vu d'un mauvais œil Tinstrument déperdition. Il eût, me dit-il, préféré de beaucoup une baleinière. La reine Amélie, qui s'habille d'une longue robe fermée au cou, a une physionomie douce et aimable. Elle a deux ou trois phalanges de moins à chaque main. Il lui en manquerait davantage encore si monseigneur Bataillon ne s'y fût opposé. C'était en efifet une coutume des Wallis que de se couper une phalange à la mort d'un parent. Cette coutume, que Tévêque a abolie dans son Ue, devrait s'introduire dans nos mœurs. Les gens réellement affligés se laisseraient couper une phalange sans même y songer. Que leur importe? Ceux qui le seraient modérément, mars qui respecteraient les convenances, ne s'opposeraient pas à l'ablation. Ce serait signe de bonne compagnie. Viendraient enfin ceux qui n'auraient point de chagrin, tout au contraire, ou qui, très lâches, se refuseraient au sacrifice. A ceux-là il serait permis de se présenter devant le magistrat, qui, en raison de leur sécheresse de cœur ou de leur peu de

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