‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 12 sur 54 · LES ILES DE L*OCÉANIE · texte numérisé non relu

LES ILES DE L*OCÉANIE

courage, cyniquement avoués par^euz^ les dispenserait de se conformer à Tusage. Quelle simplicité dès lors dans les deuils et dans les cérémonies funèbres I Que de bonne humeur dans les compliments de condoléance! Comme on serait à Taise de part et d'autre I Je me suis toujours étonné qu'on se lamentât autant aujourd'hui pour se consoler demain. Avec la phalange en moins en perspective, on se consolerait dès la veille. Comme cela serait sincère et naturel I

Aux Fidji, les Missions ont leur troisième aspect. Les Anglais ont accepté le protectorat des lies. Le roi a abdiqué. 11 est désormais rente à la façon des rajahs de rinde, moins qu'eux. Il s'habille à l'européenne, en habit noir et en gilet blanc, et habite, à Levuka, une maison bourgeoise. Le « home » anglais s'installe dans rtle, qui s'éclaire au gaz et qui a ses tramv^ays. Les sauvages étonnés regardent la civilisation. On les laisse en paix, jusqu'à ce qu'on les refoule sans pitié dans l'intérieur. Le vicaire apostolique, le Père Breheret, vit désormais paisible sous les lois anglaises. Il est le pasteur catholique et l'instituteur de ses sauvages. Il a une cure et une école. Il représente avec bonhomie, mais sans profit commercial possible, une religion indulgente et morale. Il est le prêtre, dans

l'acoeptioD digne da mot. On supprimera bienidt la misdon des lies Fidji.

Le 13 juillet 1876, la Vire armait en Nouvelle- Calédonie et mouillait à Nouméa.

Oq arrive à Nouméa par une passe 1res élroile et facile à défendre. La rade est sûre et bien fermée, d'un aspect tranquille, mais toute chauve de végétalion. C'est un cercle de collines dénudées, rouges par endroits, qui l'enserre. A gauche en entrant est l'Ile Noû, avec de grandes coDsIructioas plates, le bagne, l'hOpital, la caserne. Plus loin, au delà d'une grande rade intérieure, la presqu'île Ducos. Là sont les dé-

portés dans une enceinte fortifiée. Il n'y a d'enceinte fortifiée que la mer, avec ses requins très nombreux et ses chaloupes de surveillance. Le camp de ses déportés est formé de cases basses ou de paillettes. A droite, toujours en entrant, l'Ile aux Lapins, où sont un lazaret et de hauts fourneaux, et la fausse passe qui sépare l'île aux Lapins de la terre ferme et donne accès dans la baie de la Moselle. A partir de la fausse passe et sur les bords de la baie, quelques habitations éparses, puis le pays Latin, qui est un des faubourgs de Nouméa. C'est une agglomération de baraques, d'échoppes et de petites maisons en bois qui se louent pour la plupart aux fonctionnaires et aux officiers. Quelques-unes ont un petit jardin et des lauriers- roses.

Une longue et belle chaussée conduit du pays Latin à Nouméa. D'un côté de cette chaussée est la baie ; de Taulre, des marais à palétuviers qui seront comblés. Nouméa s'offre presque de face au navire qui pénètre dans la rade. Vue du pont, c'est un échiquier à rues en équerre, à maisons de bois à toits de zinc, n ayant qu'un rez-de-chaussée et qui semblent aplaties sur le sol. Pas d'arbres, ils pousseront peut-être.

Le premier soir de notre arrivée, les matelots de la Vire ont été accusés d'avoir coupé les arbres des boulevards pour s'en faire des cannes. Je demandai

L'AMIRAL DE PRITZBUER 67

avec étonnement qu'on me montrât les pièces à conviction. C'étaient en effet déjeunes plants, gros comme des bâtons, fichés en terre. Celte ville plate est toutefois dominée par la maison et les jardins du gouverneur, par la maison de l'évêque qui a quelques palmiers autour d'elle, et par le grand hôtel, peint en vert, du colonel commandant militaire. L'aspect général n'en est point triste. Il est inondé d'un soleil qui se brise en flèches d'or sur les toits de zinc. De dix heures du matin à cinq heures du soir, une brise presque constante du sud-est souffle sur Nouméa. Elle en est la santé. Puis le calme se fait, et les nuits d'un azur profond et toujours illuminé d'étoiles sont d'une beauté claire et sereine.

Le gouverneur, en 1876, est le contre-amiral de Pritzbuer. C'est un officier général d'un grand air, de manières affables et courtoises. 11 est de haute taille, avec des yeux d'un bleu pâle qui ont des éclairs aux heures critiques ou violentes, et une physionomie à tons blancs et froids qui s'empreint tour à tour d'énergie et de bonté. Sa vie entière s'est passée aux stations et aux voyages lointains. En ses moments de causerie douce ou de rêverie, il en a comme le reflet, dans la parole et dans les traits. Ces passagères patries que s'improvise le marin se relient pour lui les unes

aux autres par les souvenirs qu'il en évoque, par les compagnons qu'il y a rencontrés, qu'il retrouve plus tard.

C'est ainsi qu'à de longs intervalles j'ai connu l'amiral de Pritzbuer. Nous sommes revenus de Crimée sur le même vaisseau, le Duperré. J'ai déjeuné avec lui au Mexique, à la Vera-Cruz, sur le bâtiment qu'il commandait. Je le retrouve aujourd'hui dans son gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. 11 y a, pour nous, une grande famille maritime dont les attaches sont latentes^ très fortes. C'est une camaraderie bienveillante d'une part, respectueuse de l'autre, affectueuse presque toujours. On se perd de vue, on ne s'oublie pas. Officiers et matelots sont de même race. Qui touche à Fun touche à l'autre. La mer fluide est le hen secret de ces âmes errantes.

Le commandant militaire est M. Galli-Passebosc, de l'infanterie de marine. C'est un colonel de quarante ans à peine, resté sous-heu tenant par la gaieté de l'esprit et la vivacité des allures. 11 est très grand, avec un front bombé aux sourcils fuyant légèrement en arrière, ce qui est l'indice d'une ironie prompte et facile, l'œil clair, une moustache noire qu'il tortille par la pointe en ses instants de réflexion, le menton résolu, asseyant bien le visage. Cette verve prime-sau-

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