LES LOYALTY
nous apparaissent les lies de Mare et de Lifou. Sur toutes deux cependant, quelques Européens ont pris pied. Ce sont, comme partout, ces éternels pionniers d'une religion entêtée et d'un commerce profitable, les missionnaires catholiques et protestants. La religion demeure incompréhensible aux sauvages, et le commerce ne va guère. Toutefois les protestants ont Favantage. 11 y a six indigènes protestants pour un catholique. C'est que les missionnaires anglais ne surmènent pas leurs ouailles d'enfantillages religieux, (rhomélies sentimentales, ni du travail commandé par Dieu. Ils vont droit au but, aux intérêts matériels, les leurs et ceux de leurs convertis. Ils se sont faits les maîtres enseignants, les hommes d'affaires des indi-* gènes. Ils les conduisent, par les conseils pratiques et par l'exemple, à la bonne culture, aux récoltes fructueuses, à l'hygiène et au bien-être. Ils ne vivent point d'eux par l'aumône rebelle, mais par des honoraires en apparence facultatifs. A de certains jours qu'ils désignent à l'avance, ils sont prêts à recevoir des redevances en nature et en argent. Si les redevances n'arrivent point, ils ne se plaignent pas, mais ils mettent en interdit d'aide et de conseils celui qui s'est abstenu. Us cessent de lui être propices, et celuilà qu'ils délaissent, moins heureux désormais, vient
vite à résipiscence. Aussi les cases canaques, groupées
autour du temple, sont-elles propres et bien tenues,
les hommes, les femmes et les enfants décemment
habillés de cotonnade bleue, avec un air d'aisance et
de santé. Quant au pasteur, dans son presbytère, aux
murs blancs tapissés de plantes grimpantes, il a sa
femme qui est sa compagne, ses meubles en noyer
cirés et frottés, un keepsake sur la table ronde, et le
thé tout préparé avec des biscuits. Le home anglais en
son strict confortable. C'est là qu'en commerçant
d'ordre spirituel il mène son existence, étroite d'esprit, correcte de forme.
A un autre bout de l'Ue, le missionnaire français
vit, sous une hutte, d'un peu de pain, quand il sait
en faire, et des fruits qu'il prend à l'arbre. Sa robe
est usée, son tricorne chauve, sa barbe inculte et
longue. Tout déguenillé, son troupeau d'indigènes,
qu'il essaye de vêtir, psalmodie des cantiques ou
court les bois, malpropre, hypocrite et paillard. Le
Père cependant n'est pas triste. Il a fait son deuil
des prospérités de ce monde non seulement pour
lui, mais pour sa mission, dont il est, 6n ces iles d'un
mauvais rapport, l'enfant perdu et oublié. A pied,
avec un b&lon ferré, ou à cheval, sur un bidet étique
venu de Nouméa on ne sait comment, il va de pa-