‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 16 sur 54 · LES LOYALTY · texte numérisé non relu

LES LOYALTY

roisse en paroisse. L'église, en bambous, a sur le sol des jonchées de feuillage; Tautel a des fleurs. C'est plus beau que le temple qui est nu. Son amour pour son église et sa haine pour le protestant suffisent au père. Ses jours sont pleins.

A Lifou, Peau est si claire, qu'à une profondeur de trente brasses on aperçoit l'ancre mordue dans le sable et la chaîne élongée sur le fond. A terre, il n*y a qu'un résident. Avec quelques agents sous ses ordres, il représente l'administration coloniale, qui, à vrai dire, n*administre rien. L'Ile est en effet improductive. La résidence ne consacre guère que notre droit d'occupation. Pour la première fois, à Lifou, je vois un pilou-pilou. Le résident a convoqué près de sa maison, dans une petite prairie ombragée d'arbres, les guerriers et les femmes de la tribu la plus voisine. Il est huit heures du soir, et l'on allume de grands feux. A la lueur des flammes qu'ils traversent parfois, les Canaques, en tenue de guerre, peints en noir çà et là sur le visage et sur le corps, la hache ou la sagaie à la main, le coquillage au genou, et une plume sur la tète, font le simulacre d'un combat. Avec des grognements rauques et répétés, ils piétinent sur place, agitant leur sagaie, brandissant leur hache, grinçant les dents, grimaçant des traits. Ils se sépa-

rent en deux bandes ennemies. Chaque bande tourne longtemps en cercle avec des rauquements plus gutturaux, des piétinements plus précipités, plus furieux. Enfin elles se retrouvent en présence et s'élancent avec un cri Tune sur l'autre, frappant devant elles de la hache et ne l'arrêtant qu'à la limite précise où le coup va porter. Toute la façon de combattre des sauvages est là. La patience et la ruse s'exaspèrent par le fluide nerveux en mouvement et s'exaltent jusqu'au courage sûr de son coup.

La danse des femmes vient ensuite. Comme celle de tous les peuples primitifs, elle est la mimique de la sensation. Sur un rythme lent et cadencé, les bras ballants, les pieds fixés au sol, la danseuse n'a qu'un mouvement des hanches qui ondulent et roulent sur elles-mêmes, avec uoe flexibilité extrême, et, par moments, quelques soubresauts des reins souples et puissants. Puis, le rythme et la danse s'accélèrent, s'arrêtent net, et la femme, avec un rire bestial et une sorte de confusion de sa personne, s'enfuit et disparaît parmi ses compagnes. La luxure animale a de ces explosions brutales et de ces hontes d'instinct.

Le 2 juin, la Vire arrive à Canala, sur la côte est. C'est le chef-lieu de l'arrondissement de ce nom. Le chef d'arrondissement est un officier d'infanterie de

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