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mariDe, comme à Bourail et à Uuaraï. L'hôtel qu'il occupe est un beau bâtiment à étage, avec véranda et balcon sur les quatre faces. Il y a une grande église et une école pour les enfants européens et indigènes, ud médecin, un aumônier, un officier de troupes, un aide-commissaire de marine remplissant les fonction» d'officier de Tétat civil, un garde-mines, un maître de port, un bureau de télégraphe et de poste, et une brigade de gendarmerie à cheval. C'est une ville ou ce qu'on peut appeler ainsi, avec un peu de pompe, en Nouvelle-Calédonie, avec des auberges où les voya* geurs affluent. Cela vient de ce que tout le territoire de Canala et de ses environs n'est qu'une vaste mine de nickel. Le nickel, qui sera une des prospérités vraies de la Nouvelle-Calédonie, a eu malheureusement tous les mirages d'une richesse sans limites et a bouleversé d'argent et de déceptions la colonie entière. Ce n'aura été toutefois sans doute qu'une crise à traverser.
Dans l'ouest de Canala, tout auprès, il y a les tribus canaques du chef Cake et du chef Gélima. Le chef de guerre de Cake est Nondo. Nous retrouverons ces noms-là. C'est une population indigène de 2,000 habitants, d'un esprit alerte, d'une intelligence ouverte, d'une grande force physique. Elle voit notre civilisation, ne s'en étonne pas, sans la désirer, en
prend volootiers les vices, garde toutefois sa ruse et sa férocité natives. Elle nous observe, nous subit, ne nous aime pas, nous hait plutôt.
Les Canaques ne nous demanderaient qu'une seule chose : c'est qu'on les laissât, tranquilles, vivre de leurs taros et de leurs ignames. On les force h travailler aux routes, ce qui leur est insupportable. L'appât même du gain ne les excite pas, si ce n'est pour acheter de l'eau-de-vie. Encore aiment- ils mieux l'obtenir par des supplications de mendiants ou la voler. Us sont paresseux absolument et de tempérament. Ils ne seront que très difficilement, pour les Européens, des travailleurs auxiliaires de quelque valeur.
L'arrondissement a trois missions : Thio^ Nakety, Wagap. Elles continuent leur œuvre, assez inutile. Les missionnaires, dans l'arrondissement surtout, n'ont que peu d'influence sur les Canaques. Comme ils se croient forcés de les violenter dans ce qui les touche le plus, les libertés amoureuses, ils ne leur apprennent guère, y compris le mariage catholique, que les formes extérieures et l'hypocrisie de la religion. Il est remarquable que le catholicisme, tel qu'on le pratique à leur égard, destitue les sauvages de leursqualités viriles, les incline à l'obséquiosité servile. Les Canaques convertis saluent en Basiles et ont des
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allures de bedeaux et de sacristains. Les Canaques demeurés païens — selon le terme des missions — ont en mépris les Canaques catholiques. Ils les prétendent déchus de leur caractère et de leurs vertus de guerriers.
Ce qui est assez étrange, c'est que les missionnaires n'enseignent que peu ou point le français aux Canaques. En quelques endroits, ils ne paraissent point désirer qu'ils le sachent. En revanche, ils leur apprennent les prières et la messe en canaque et en latin. Cette aberration est logique. A Canala, ce sont des frères, assez mal d'ailleurs avec les missions, qui instruisent les enfants canaques. Les chefs sont contraints d'en envoyer à Técole, et ils en envoient un petit nombre, toujours inférieur à celui qu'on leur demande, — pour avoir la paix.
En dehors de Canala, il y a dans l'arrondissement deux cents colons environ, ou cent quatorze feux éparpillés dans la brousse. Chaque feu est une famille. Là e ncore, c'est l'individualisme qui s'affirme. Du côté de Houailou, plusieurs colons vivent avec des femmes canaques qu'ils ont obtenues ou qu'ils ont même enlevées. Beaucoup de femmes indiennes, courbées dans leurs tribus aux plus durs travaux, préfèrent quitter les indigènes et vivre avec des Français. 11 naît de ce
commerce une bomie race de métis, très intelligente et parlant également bien le français et le canaque. Cette race, qui inclinera toujours à la civilisation, doit, ce me semble, être bien accueillie et peut devenir un élément excellent de colonisation. Elle constituera une population mixte et utilisable, en même temps qu'elle nous permettra de laisser s'éteindre, sans la tourmenter, la population canaque pure, que nous ne poussons qu'à la révolte, en exigeant d'elle un travail qu'elle ne peut nous donner.
Tous ces efforts individuels commencent à pros-^ pérer. La canne à sucre, périodiquement dévorée par les sauterelles, a été abandonnée, mais la culture du tabac réussit parfaitement. Les caféiers ne sont détruits ni parles insectes ni par les sauterelles. Le manioc est également d'un bon rendement, et, quoique les pâturages soient maigres, les bœufs sont d'une belle venue. Le débouché des troupeaux est assuré à Nouméa. On ne travaille plus aux mines de nickel, mais cela ne provient que de sa dépréciation passagère.
Ganala offre, dans un de ses habitants, M. Hanckar, le type de ces colons aventureux, dont les fortunes se font et se défont, mais qui restent alors debout sur la brèche pour reconstruire Tédifice qui tombe. Et, en effet, ils le relèvent. Le nickel Ta enrichi, puis ruiné.
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Il attend l'heure de l'exploiter de nouveau et découvre des filons d'antimoine. Il tient une grande place dans Tarrondissement, moins encore par sa valeur intelligente que par son faste, sa dépense et son désir de popularité. Sa maison est une villa de Saint-Cloud transportée en Nouvelle-Calédonie. Sa terrasse à balustres de pierre domine la mer ; de merveilleux jardins s'étendent au-dessous. Les appartements sont meublés avec un luxe élégant, la table somptueusement servie ; les serviteurs canaques ont, à la mode de rinde, une tunique blanche serrée à la taille par une cordelière, des anneaux aux oreilles, des cercles d'or aux poignets et aux chevilles. Toutcela^ dit-on, en ce coin perdu del'Océanie, est d'une grande vanité, au sens philosophique du mot, ou d'un grand vaniteux.Mais ce vaniteux a ses audaces qui réussissent, et il se répand alors autour de lui autant en bienfaits qu'en prodigalités folles. Ce n'est pas un mal pour un pays, c'est une pluie d'or.
Nous continuons à remonter la côte. Les rencontres les plus étranges se font enCalédonie. AWagap, il y a des trappistes. Ils sont venus là, dix, pour observer la règle de leur ordre et cultiver la terre. Le Père est à Nouméa, où il rend visite au gouverneur. Les trappistes occupent les terrains et les bâtiments de
TaDcieDDe mission, qui leur ont été cédés par elle. Le regard s' étonne de ce laboureur en robe brune et en capuchon qui pèse sur le manche de la charrue. On n'en est encore qu'aux essais de culture. Dix heclares environ sont défrichés et semés de nMmportequoi. Les frères voudraient une étable. Il y a un b&timent à côté d^eux, servant autrefois à loger les troupes du poste, qui tombe en ruines et qui leur conviendrait. Ils ont des bœufs qu'ils ont façonnés au joug, des vaches laitières et un taureau. Ils songeraient au café, au houblon pour une brasserie ; ils ne savent pas encore à quoi ils se décideront. En attendant, ils se plaignent de n'avoir ni assez de bras ni assez d'heures de travail. Il est vrai qu'ils s'obstinent à suivre la règle de leur ordre, qu'ils se lèvent à deux heures du matin et qu'ils psalmodient à genoux dans la chapelle j usqu'à six. C'est là ce qui les fatigue, m'a dit naïvement le frère qui remplace le supérieur absent. Aussi voudraient-ils obtenir du gouverneur une vingtaine de condamnés, — des bons. Ces bons condamnés, tout le monde en veut. Je lui ai insinué que le mieux serait peut-être de ne pas psalmodier autant, et qu'on ne saurait être à la fois trappiste de France et pionnier en Nouvelle-Calédonie, que d'ailleurs qui travaille prie et que déjà, en ce qui concernait certains détails de