‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 23 sur 54 · LES MARIAGES DE TRANSPORTÉS · texte numérisé non relu

LES MARIAGES DE TRANSPORTÉS

dant, à descendre dans la vérité, cette prospérité n'est qu'artificielle, tout cela ne vit qu'à la surface. Ces paysans improvisés ne se suffisent point à eux-mêmes, subsistent pour la plupart, et longtemps après les délais fixés, des rations que l'administration leur donne. Us ne sont à l'aise ni dans leurs cultures ni dans leur existence. Le travail ne s'épanouit pas pour eux dans sa liberté, dans sa plaisance. Il faut qu'ils sèment et cultivent ceci et non cela. La canne leur a été imposée, bien qu'inévitablement dévorée par les sauterelles, parce qu'il fallait un aliment à l'usine à sucre. On y a renoncé. Tous ces gens-là se hâtent et se heurtent, en des espérances précaires, à un labeur demi-ingrat, demi-forcé, n'ont point le libre arbitre du bien-faire. Ils sont encore trop près de l'administration, qui les réglemente en tout. Le surveillant les surveille, le directeur les dirige, l'agent des cultures les régente de ses conseils, qui sont des ordres. Ils sont aussi trop près les uns des autres. Ces 212 ménages, ces 230 enfants habitent une ferme modèle qui, sous son prisme trompeur et riant, sent encore son bagne. Les criminels, en cours sincère de réhabilitation, aiment à se fuir, non à voisiner. Ils ne se constituent en société qu'après s'être retrempés dans une solitude libre et dans l'oubli d'eux-mêmes et des autres. Je crois que

la Terme pénitentiaire est une excellente école pour les aspirants concessionnaires; mais je voudrais que ceux-ci quand on leur donne une coDcession et une femme pussent s'établir, pour ainsi dire, hors de la vue les uns des autres, non point sans surveillance, puisqu'ils ont encore un temps de peine à subir, mais dans un isolement relatif et avec une initiative propre qui leur tissent leur famille et leur travail tout personnels. Il en résulterait peut-être une production plus active et une moralisation plus prompte.

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Le mardi 25 juin 1878, vers midi, la Vire entrait par un calme blanc dans la passe d'UaraL La mer avait la lourdeur immobile de l'huile. Les récifs ne s'y voyaient pas, s'y devinaient à peine. Le soleil était éblouissant. A midi, nous mouillons à l'Ilot Teremba. 11 est h gauche de la rade en entrant. A droite est la presqu'île le Bris. Au fond, devant soi, à trois milles

environ, car Teau pou profonde ne permet pas aux grands navires de rapprocher, on aperçoit l'établissement d'Uaraï, la belle maison en bois du cheF d'arrondissement, Tégliseet divers magasins et baraquements. Ce groupe s'appelle aussi Teremba. Sur sa droite, quand on lui fait face, est Tembouchure de la rivière de la Foa. Le poste des gendarmes de la Foa est à huit milles environ de l'entrée de la rivière, en la remontant. La plus grande partie de la rade est de terre rouge et dénudée, mais Ttle le Bris est boisée, et les perspectives de la Foa sont d'une végétation touffue et luxuriante. Dans le lointain, au nord ou s'étendant vers l'est, sont des montagnes ou de hautes collines chauves.

Dès notre arrivée, un surveillant qui se trouvait là avec un chaland me remettait un billet du chef d'arrondissement. Des gendarmes de la Foa avaient été assassinés le matin même par des Canaques, et M. le lieutenant d'infanterie de marine Yanauld, après avoir envoyé à la Foa son sous-lieutenant. Le Vaillant de Vaux-Martin et quelques soldats, partait lui-même avec un détachement pour se rendre compte de ce qui se passait. M. Vanauld me demandait de faire descendre, comme mesure de précaution, quelques matelots à Teremba. J'appelai mon second, le lieute-

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