L'INSURRECTION ÉCLATE
nant de vaisseau Daniel, et je lui montrai le billet. — Les gendarmes de la Foa assassinés par les Canaques, me dit-il, c'est bizarre. — Oui, lui répondis-je; mais faites armer une dizaine d'hommes, et, dès qu'ils auront dlné^ je les emmènerai avec moi à terre .
L'équipage en effet, à midi, venait de commencer son repas. Je déjeunais moi-même, quand Tagent des vivres de Teremba, Maillet, vint à son tour dans une baleinière armée, comme à Fhabitude, du caporal canaque François el de cinq Canaques. Il accourut vers moi tout agité, me prévenant que Teremba était attaqué par plusieurs centaines de Canaques et qu'il y avait urgence à lui porter secours. Teremba n'avait que trente hommes de garnison, et vingt étaient dehors. Je fîs armer aussitôt la compagnie de débarquement de la Vire. Elle était de trente-deux marins et l'enseigne de vaisseau Le Golleur la commandait. En même temps on tira un coup de canon. Il annonçait notre présence et pouvait effrayer les Canaques. Dix minutes après, nous étions en route avec le grand canot et la baleinière. La baleinière de Teremba se conservait entre les deux. Il me semblait que les rameurs canaques et François surtout avaient une attitude mauvaise et embarrassée. En revanche, le distributeur Maillet répondait d'eux. D'ailleurs,
ilO SOUVENIRS DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
chose assez étrange, les Français qui avaient souvent des Canaques à leur service n*ont jamais douté d'eux, jusqu'à ce qu'ils en aient reçu un coup de hache.
Quoique nous approchassions de terre, nous n'entendions aucun bruit. En débarquant au môle nous ne troui^&mes à se promener là qu'un soldat, qui fumait une cigarette.
— Eh bien, lui dis-je, et les Canaques?
— Ah ! ils sont partis. On leur a tiré quelques coups de fusil.
— C'était bien la peine de nous déranger.
Mais, un peu plus loin, je rencontrai le lieutenant Vanauld, qui précisément venait à ma rencontre. Il avait avec lui ses seize soldats. Ainsi qu'il m'en avait prévenu, il s'était mis en marche pour aller aux nouvelles, avait appris qu'on attaquait Teremba et avait aussitôt rebroussé chemin. II n'avait plus trouvé les Canaques. Toutefois, dans sa pointe vers la Fonwari, il avait su de gens qui s'enfuyaient, affolés de terreur ou blessés, que les assassinats sur les colons se pratiquaient et se multipliaient par tout l'arrondissement. Huit de ses soldats étaient très fatigués. II me demanda, pour les remplacer, huit de mes marins que je lui donnai, et il repartit aussitôt pour la Foa, où la