‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 27 sur 54 · LES DÉPORTÉS ARMÉS · texte numérisé non relu

LES DÉPORTÉS ARMÉS

— Eh I bien, étant armés, vous avez droit à la ration de campagne, vin compris. Seulement, comme vos femmes et vos enfants n*ont que les vivres de colon sans vin et qu'il est bon de les allaiter, au lieu de trente-six rations de vin, vous, hommes armés, vous en aurez quarante-cinq. Allez et faites vite. »

Au bout d'un quart d'heure, ce corps de francs- tireurs, avec son capitaine, son lieutenant et son dis* tribuleur, était organisé. Il était alors près de cinq heures et demie, et la nuit venait. Il fallait, tant bien que mal, organiser un plan de défense. A la guerre, au début surtout, on suppose toujours à l'ennemi les intentions d'audace ou de ruse qu'on aurait soi-même. Cette révolte soudaine, si secrètement ourdie que personne ne s'en était douté, ce large assassinat prompt et simultané de cent personnes, — c'est à ce nombre qu'on évaluait déjà les victimes, — ces bandes qui couraient la brousse et qui s'étaient présentées, à plusieurs centaines d'hommes, devant Teremba, pouvaient faire croire pour la nuit ou pour l'aube à une redoutable entreprise. Tout l'eût favorisée: les approches du poste et ses moindres sentiers connus des Canaques, le petit nombre des défenseurs sur un vaste espace, l'affolement de cette population qui avait fui devant le meurtre et que l'épouvante du meurtre

poursuivait, la nuit elle-même qui s'annonçait pleine d'obscurité et d'orage. 11 tombait de grosses gouttes de pluie, le ciel était gris et bas, et de rapides éclairs entr'ouvraient la nue. Voici ce qu'on fit.

En dehors des factionnaires aux abords du camp, on mit ce qui restait de soldats, une dizaine en tout et dix marins, dans la caserne. Elle abritait la presque totalité des réfugiés de Moindou et se défendait aisément en tirant par ses fenêtres. Beaucoup de femmes, mais seules, avaient été renfermées dans la prison, cette construction massive étant à l'abri de tout péril. Les trente-six déportés occupaient le front de bandière du plateau du côté de la Fonwari. Us avaient une maison qui leur servait de corps de garde. Les vingt derniers marins disponibles se réparlissaient entre les deux vérandas de l'arrondissement. Les baraquements des transportés, les plus éloignés, étaient aussi les plus exposés. Leurs toits de chaume pouvaient prendre feu aux lances incendiaires des Canaques. Mais les condanmés s'étaient armés de piques et de sabres d'abatis et veillaient.

De plus, assez ingénieusement, au delà des baraques on avait semé de verres coupés et de culs de bouteille des plates-bandes de plusieurs mètres. Même

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