‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 30 sur 54 · SERVAN ET LES CANALAS · texte numérisé non relu

SERVAN ET LES CANALAS

leur dîmes ce que nous attendions de leur sagesse et de leur prudence, une conduite qui ne donnât lieu à aucun reproche et la continuation de leurs bonnes relations tant avec nous qu'avec les colons de Moindou. Ils nous écoutèrent en silence, avec quelques airs de tête approbatifs, mais ne nous répondirent que par monosyllabes. Ils ne se montraient pas hostiles, mais préoccupés, à demi inquiets. Il nous sembla que, Tentrevue terminée, ils reprenaient leurs armes avec plaisir. Le camp les regarda passer, sans manifestation d'aucune sorte, mais avec un mauvais vouloir qui se cachait. L'opinion publique, sans preuves, était que leurs tribus avaient participé aux massacres. En tout cas, Moindou avait au besoin quatre-vingts hommes armés pour se défendre, et, en attendant, il valait mieux que ces sauvages ne se jetassent pas dans la révolte ouverte.

Le colonel revint le soir, après avoir poussé diverses pointes au delà de la Fonwari et brûlé des villages. Il revenait fatigué, soucieux, surpris et attristé des atrocités commises qu'il avait vues sur son passage. C'était plus sérieux qu'il ne l'avait pensé. Aussi s'alarmat-il quand il sut par une dépêche que le lieutenant de vaisseau Servan, commandant à Ganala, avait demandé au gouverneur de le laisser partir seul avec les tribus

de soD arrondissement pour venir au secours d'Uara!. C'était, selon Servan, le seul moyen d'empêcher ces tribus dangereusement hésitantes d'entrer dans la révolte. Le gouverneur, qui aime les initiatives généreuses, le lui avait permis. Le colonel pria le gouverneur de retirer cette autorisation. Il y avait, à son avis, pour Servan un péril de mort presque certain. Cette dépêche du colonel, si le gouverneur s'y rendait, était inutile. Quand un officier prend la résolution que prenait Servan, il ne se laisse pas ramener sur ses pas.

Servan a trente ans, est Lorrain. C'est une tête carrée, aux cheveux coupés ras sur un corps qui a ses proportions exactes de résistance et de vigueur. L'âme obstinée a là ses auxiliaires complets. 11 est, lui, de ces ambitieux froids qui calculent leurs chances, ou plutôt qui les méditent. Mais cette méditation est souvent semblable à un rêve. C'est par une illumination intérieure, qui a eu sa gestation lente, qui éclate soudain, qu'ils prennent un parti. Ce parti pris, ils sont parfois les premiers à s'en étonner, l'exécutent pourtant. Il y a du joueur en eux. Ils se livrent à la veine et bientôt exigent trop d'elle et la violentent. Elle les quitte. Peut-être faut-il, pour que les ambitieux trouvent leur compte à l'ambition, qu'ils se laissent pot-

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