‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 33 sur 54 · MORT OU COLONEL GALLI-PASSEBOSC · texte numérisé non relu

MORT OU COLONEL GALLI-PASSEBOSC

tranquillement deTépouser. On ne saurait nier qu'en de telles occurrences et avec leur costume les Canaques n'aient une grande franchise de formes. Madame X... demeura stupéfaite et refusa. Ataï, à plusieurs reprises, revint à sa proposition et ne fut pas plus heureux. Son dépit fut peut-être pour quelque chose dans sa révolte. Il y a presque toujours une raison féminine qui détermine les grands projets.

J'ai dit- plusieurs fois à madame X... qu'elle aurait dû se dévouer et qu'elle aurait empêché l'insurrection. Elle n'y a pas contredit, mais elle a ajouté qu'elle n'aurait pu s'y résoudre, à ce point qu'elle préférait à ce mariage tous les hasards que pourrait courir la colonie. Gela est égoïste. Quoi qu'il en soit, Ataï, par une galanterie et une espérance qui se prolongeaient pour lui, avait épargné l'habitation de madame X... Quant à la réoccuper, ainsi que l'y invitait le colonel, madame X... y était toute prête. Il y avait à cela du courage et une sorte de coquetterie. Elle se croyait sûre de la générosité d'Ataï. Elle eût volontiers secondé les intentions du colonel, qui mesurait les autres à sa propre audace et qui eût désiré que, chacun se réinstallant hardiment chez soi, on traitât l'insurrection par le dédain. Toutefois la vail-

lante femme ne trouva personne pour l'accompagner, et il fallut renoncer à ce projet.

Ce jour-là, vers quatre heures, on vit, par la route de la Fonwari, un cavalier accourir à toute bride. C'était un condamné, un des écrivains du directeur. Il était armé d'un revolver qu'il tenait à la main, comme prêt à s'en servir. Il se jeta à bas de son cheval, qui était couvert d*écume, et courut à moi. a Commandant, me dit- il, on demande à la ferme, et tout de suite, la voiture du colonel. — Pour quoi faire? — Je ne sais pas, on ne me l'a pas dit; on m'a fait partir en toute hâte. Je crois, cependant, qu'il y a quelqu'un de blessé, un Anglais. — Quel Anglais? — Il est venu des cavaliers volontaires de Nouméa, qui ont rejoint le colonel. »

Je fis atteler le break, qui partit aussitôt pour la Fonv^ari, et ne m'occupai pas autrement de l'incident. Les hostilités avaient commencé, voilà tout. Cependant, une heure après, comme je me promenais sur le plateau avec Le GoUeur, nous devînmes inquiets. Nous commentions cette hâte à envoyer chercher la voiture du colonel. Nous vîmes alors, et toujours par la route de Fonwari, une troupe de cavaliers qui s'avançait vers Teremba. Elle allait lentement, fatiguée. Je reconnus Boutan, un intrépide

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