EN MARCHE POUR BOULOUPARI
de madame X.... Elle est encore intacte, tandis que riiabitatiou des Lauzanne, qui se trouvait en face, est détruite. Est-ce donc qu'Ataï conserve quelque espoir de toucher le cœur de la veuve ? A la hauteur de la Foa, nous ne prenons pas le chemin du colonel, que nous laissons sur la droite. Nous contournons ce qui reste de la gendarmerie par le chemin des bœufs.
Après avoir passé à gué la rivière de la Foa, ce sont des solitudes de uiaoulis. Les arbres s'y disséminent en nombre infmi sur un terrain qui n'a point trop de broussailles. 11 y a du jour à travers les arbres, on y voit clair. Toutefois il n'y a pas de sentier, et il faut là pour se reconnaître toute l'habitude qu'ont du pays les stockmen de Boutan. A la sortie des niaoulis, nous cheminons de collines en colhnes. Elles sont dénudées et de pentes raides. Les chevaux y grimpent comme des chèvres, avec une infatigable ardeur et, de loin en loin, s'il y a quelque brindille, y mordent à belles dents. Ils les descendent par saccades sûres, ou sur leur derrière, les jambes de devant obliquement allongées. A l'une de ces collines, au sommet, nous nous arrêtons pour déjeuner. Il est onze heures. De cette hauteur, à perte de vue, la Calédonie se découvre, verte et boisée. A notre droite, nous avons la mer
bleue, qui sciulille au soleil et qui déferle doucement en ruban d'argent sur.ies récifs. La brise est fraîche et légère.
Les troupes s'installent pour le repas. Bientôt on cause et Ton s'anime. Les émotions des soldats ne sont pas de longue durée. Exposés eux-mêmes h la mort, ils oublient volontiers et de parti pris celle des autres. Les officiers et moi, nous déjeunons des provisions que le directeur de la ferme nous a fait emporter. Au dessert, Boulle tire d'une sacoche mystérieuse deux bouteilles de Malvoisie, On boit au souvenir du colonel et à de plus heureux destins. La colline reçoit le nom de Pic Malvoisie.
On repart. L'allure de la colonne est tout autre qu'au matin. Le soldat est allègre et dispos. Sur le flanc des collines, en ces sinuosités où elle se déroule et s'allonge, la petite armée a plaisir à se voir. C'est qu'en effet elle est d'un aspect curieux et pittoresque.
En avant sont les dix éclaireurs à cheval que le colonel Galli a armés. Vaux-Martin les commande. Il a l'œil brillant et la moustache en croc. Ses hommes ont les vêtements de hasard que le pillage ou l'incendie de leurs cases leur a laissés. Les uns sont trapus et se ramassent sur leur selle ; les autres, dégingan-