LES MASSACRES DE MOINDOU
n'obéissaient qu'imparfaitement à M. de Laubarède, qu'au mépris de ses prescriptions ils ^e rendaient à leurs cultures un par un, deux par deux et non en petite troupe armée, qu'ils allaient au cabaret, qu'ils avaient commis des imprudences de menace envers les sauvages qui étaient leurs voisins et dont la neutralité, toute douteuse qu'elle fût, eût été utile à conserver. Mais, en somme, ils étaient quatre-vingts fusils. J'écrivis à Maréchal que, sauf l'approbation da gouverneur^ je le nommais commandant de Moindou, avec de pleins pouvoirs civils et militaires ; qu'il avait à en prévenir M. de Laubarëde, à fermer les cabarets et à réduire immédiatement de quatrevingts à quarante le nombre des colons armés. 11 garderait ainsi les meilleurs et se débarrasserait des mauvais et des médiocres qui n'auraient plus que la ration sans vin. Moins ou boirait, mieux ça vaudrait. Je lui donnais vingt soldats d'infanterie de marine. J'étais bien sûr que, sous la main rude de Maréchal, tout allait rentrer dans l'ordre et marcher pour le mieux. Puisque les Canaques venaient de se déclarer en insurrection par ces assassinats où ils excellent, il n'avait plus à s'inquiéter d'eux que pour les combattre et les pourchasser à outrance.
Le lendemain matin, j'allai à Moindou. Les qua-
rante hommes que Maréchal avaient maintenus dans les rangs étaient sous les armes. Ainsi réduits, ils étaient de bonne mine et n'avaient point une attitude trop confuse de ce qui s'était passé la veille. A les voir, il n'y ayait de reproches à faire qu'à ceux qu'on avait congédiés. Je leur dis qu'ils allaient courir sus aux Canaques et brûler leurs villages. Ils parurent enchantés et partirent immédiatement avec Maréchal. Pendant qu'ils étaient dehors, nous allâmes, à quelques-uns, chercher les corps de trois victimes restés dans la brousse. Nous les trouvâmes au bord de leurs cultures ou au seuil de leurs anciennes paillottes. Dans leurs vêtements de travail, dont on ne les avait pas dépouillés, ils étaient étendus sur le dos, à plat sol, la tête, comme d'habitude, fendue d'un coup de hache. Par la chemise ouverte on voyait leurs poitrines velues ; les jambes étaient légèrement écartées, les bras jetés à angle droit, loin du corps. Tout cela sans crispations, rigide et calme. La mort les avait surpris, immobilisés. Us étaient encore, si cela se peut dire, dans la plénitude de leurs forces éteintes. On les mil sur des brancards de feuillage et on les ramena vers Moindou.
11 y avait le grand soleil de midi. Les haules