PREMIERS EXPLOITS DE LA COLONNE U
rions tué douze pourtant de cette façon-là, » disait-on.
Quand ils eurent fait un bon repas, je proposai aux francs-tireurs, qui devaient être fatigués, de les laisser à laFoa, où ils eussent couché, ils ne le voulurent pas. C'étaient déjà des sybarites. Ils songeaient à leurs hamacs de la Fonwari, élastiques et bien tendus, qui avaient des moustiquaires. A la Foa, il n'y avait encore que des planches, la terre dure et des moustiques. Dix kilomètres, ce n'était rien par le soleil qui s'abaissait à l'horizon. D'ailleurs Duteich jouerait des airs de marche. On fit allègrement la route, en chantant soi-même pour que Duteich se reposât. Nous arrivâmes à cinq heures à la Fonwari. Là, je fis un peu pour le commandant Pasquier ce qu'on avait fait pour moi. Nous nous approchâmes avec des allures triomphantes et sournoises, et devant lui, sur une table, on plaça les oreilles. Il les examina sévèrement, puis fit le geste d'un homme qui se rend à l'évidence, et adressa quelques paroles flatteuses aux francs-tireurs. Il était content d'eux.
La défense du poste de la Foa et cette expédition de la colonne étaient des événements heureux. On était dans un bon courant, il fallait en profiter. Je demandai au gouverneur la permission d'organiser
une grande battue pour le 1" septembre. J'écrivis à Servan, et je m'entendis avec lui pour qu'il m'amen&t ce jour-là deux cents Canalas..Le rendez-vous était à la Foa. Il y avait à fouiller la vallée dans tous les sens et en même temps à la cerner, a6n de ramasser les Canaques qui s'enfuiraient. Voici, sur ce dernier point, les dispositions qu'on prit. Tandis que le commandant Pasquier resterait avec très peu de monde à la Fonwari, le lieutenant Cluzel, ayant Neigre pour guide, en partirait avec trente hommes pour occuper au sud de la vallée le gué d'Amboa et en défendre le passage aux révoltés. Un petit détachement prenait position dans les marais qui s'étendent à gauche de la route de la Fonwari à Teremba, afin de recevoir ceux des fuyards qui auraient échappé au gué d'Amboa. Ces fuyards trouveraient ce poste devant eux et, sur leur gauche et sur leur droite, Teremba et la Fonwari. En outre, au delà de la route, Vanauld, après n'avoir laissé que quelques soldats à Teremba, échelonnerait une ou deux embuscades dans la direction de Moindou à la Fonwari et, de sa personne, avec une trentaine de ses soldats et de ses francs-tireurs, suivrait les crêtes de Moindou à Farino. Au nord de la vallée, les cavaliers Boulan seraient chargés de garder le che-
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min des Bœufs et les sentiers de la Foa à Bou* loupari. Au delà, en seconde ligne, vers le nordest, Vaux-Martin, avec ses éclaireurs à cheval, se tiendrait aux montagnes Rouges. A Touest même de la vallée, sur un espace gui, par suite des embuscades, devenait relativement étroit, il y avait le poste de la Foa. Lafond et moi, nous nous y tiendrions avec quelques hommes. Restait le côté est. Il confine à la vallée de Poquereux, aux montagnes d'Aréki, à la baie Chambeyron. Faute de monde et de temps, à cause de la distance à parcourir et des chances d*éveiller Tattention des Canaques, il n'était point possible de le garder à Tavance. C'est par un mouvement qui se ferait du poste même de la Foa qu'on s'occuperait de lui. Trois colonnes partiraient du poste. Deux d'entre elles contourneraient la vallée : l'une par le sud, l'autre par le nord, et l'enserreraient jusqu'à se rejoindre à l'est ; la troisième irait droit devant elle de Touest à l'est et se réunirait aux deux premières. En supposant que, dans leur marche, les colonnes n'eussent pas trouvé les Canaques, elles se rabattraient en demicercle vers le poste et les rencontreraient au retour. Il y avait une dernière entreprise, mais celle-là distincte des autres. On supposait que les tribus des environs de Moindou s'étaient établies au treizième ki-
lamèlre de la route de Moindou à Bourail, daos des bois épais qui ont des retraites presque inaccessibles de grottes et de fourrés. Maréchal, au 1*' septembre^ devait fouiller ces bois avec ses quarante colons armés et dix de ses soldats.
Le 31 août, j'allai à la Foa avec les francs-tireurs. J'y trouvai Servan, qui arrivait de Ganala. Le lieute-» nant Auzeille avec trente soldats d'infanterie de marine et Nondo avec deux cents de ses Canaques Tavaient accompagné. Il était près de six heures du soir; on se mit aussitôt à table. Nous étions nombreux. Il y avait Le GoUeur et Gallet, que la commu* nauté des fatigues et du péril avait unis déjà d'une étroite amitié ; Dnliscouêt, ardent à toutes les aventures et qui, le lendemain, allait sous bois en volontaire; Servan et Auzeille qui, deux mois plus tard^ devait se noyer en se baignant dans la rivière de Do- ^ay ; Vaux-Martin, qui se plaignait de ce que ses éclaireurs à cheval n'eussent pas assez de besogne ; Boutan, dont la bonhomie est souriante et qui dans sa bravoure a les iustindts du chasseur ; Houdaille qui est là en passant. M. Houdaille est ce colon d'au delà de Bourail, sur les terres duquel se combattent, pour une Hélène canaque, deux tribus ennemies. Il a, imprudemment peut-être, pris parti pour l'une d'elles.