‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 44 sur 54 · LA JOURNÉE DU <" SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DU <" SEPTEMBRE

11 vient de Nouméa, d*où il rapporte quarante carabines et revolvers, et se rend à sa propriété de la Poy a. C'est un homme de trente à trente-cinq ans, dont le visage est énergique, dont les façons sont distinguées. 11 y a Lafond, enchanté de son affaire du 24 août ; son sous-lieutenant Becker, qui en partage le mérite avec lui ; Koch, quia mis toute la vivacité de sa gaieté et de son entrain à la rapide construction du poste ; un aide de camp du gouverneur, qui était avant Daniel Tofficier en second de la Vire^ le lieutenant de vaisseau Ralhonis. Enfin, il y a Nondo ; tous ses traits, à cette heure, s'épanouissent en amabilité, et il a son large sourire sur les lèvres.

Le dîner est bruyant et gai ; à tous nos repas d'ailleurs, il y a, sur tous les sujets, la liberté la plus absolue d'appréciations et de paroles. A dix heures, on va se coucher. Nous avons mangé dans la maison qui est à riutérieur du poste et que les Canaques n'avaient pas brûlée. On jette sur le sol des brassées de feuillage, et c'est là que nous nous étendons côte à côte. Quelques-uns s'allongent sur la table. Je suis fraternellement entre Servan et Nondo. Nondo se fie à nous, sans danger pour lui. Quant à ses Canaques^ lis sont campés en dehors de la palissade. Nous aimons mieux qu'ils soient là qu'à côté de nous

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comme leur chef. Peut-être aussi Nondo le préfère-t-il. A cinq heures du matin, les dispositions sont prises, en silence, dans Tobscurité et avec précaution. Boutan part avec ses cavaliers ; Vaux-Martin avec ses éclaireurs. C'est à six heures que tous les détachements doivent être à leur affût. Les trois colonnes qui doivent opérer de la Foa même s'organisent. Celle de droite, Le Golleur-Gallet, a dix-huit francstireurs, douze Mercury et trente Canaques. Celle de gauche, commandée par Servan, se compose de vingt soldats du lieutenant Auzeille, de quinze soldats du poste, de cinq francs- tireurs, de cinq Mercury et de cent cinquante Ganalas que conduit Nondo. Becker, au milieu, a quinze de ses soldats avec le sergentmajor Artus, dix Auzeille, cinq francs-tireurs, cinq Mercury et vingt Ganalas. Les trois colonnes descendent du poste, traversent la rivière et s'enfoncent sous bois. Toute la vallée est noyée sous un brouillard blanc et épais. Nulle cime d'arbre n'en émerge» il s'étend en grand cercle jusqu'aux collines de l'horizon. Nous nous promenons, Lafond et moi, en dehors de lapalissade. De temps à autre, il nous semble entendre un cri canaque. C'est d'ordinaire une note aiguë et sonore. Ce matin-là, elle ne nous parvient qu'affaiblie et indistincte. Le brouillard ne la

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transmet pas, rétouife. Il doit étouffer aussi le brait des coups de fusil, si Ton en tire. On n'entend rien. Le soleil n'est pas encore levé. Rien ne se décidera avant plusieurs heures. Je vais me coucher.

A dix heures, on me réveille pour le déjeuner. Il n'y a point de nouvelles. Le soleil est brillant, et la brume s'est en partie dissipée. A divers intervalles, on entend distinctement des cris canaques et des coups de feu. C'est d'un bon présage. Tout à coup, à onze heures, on annonce la colonne Servan. Nous sortons du poste. De la porte de Naïna, nous la voyons qui passe le gué, qui gravit la pente. Elle s'avance rapide et joyeuse, dans le pêle-mêle de ses soldats, de ses francs-tireurs et de ses Canalas. A son milieu, elle a un gros de Canaques, comme un troupeau, dont on hâte la marche avec le bois des sagaies. Ce sont cinquante-huit prisonniers, femmes et enfants. Cependant la colonne est tout près de nous. A un signe de Servan, elle s'arrête. Les Canalas, brandissant leurs armes, poussent leur cri de guerre. Nondo, avec la solennité du chef sauvage, vient à moi, fait déposer et ranger à mes pieds quatre corbeilles en feuilles de bananier. Il en tire par les cheveux quatre têtes fraîchement coupées et me les montre. 11 me présente ensuite les quatre guerriers qui ont

abattu ces ennemis, qui ont coupé ces têtes. Je les félicite et serre la main à chacun d'eux. Ils ont un maintien orgueilleux et modeste. Une seconde fois les Canalas poussent leur cri de guerre. Alors les hommes de la colonne et ceux du poste s'abordent et se mélangent. On interroge et on répond. On examine les prisonniers avec curiosité. Quelques-unes des femmes pleurent, mais le plus grand nombre est résigné. Elles n'ont point d'effroi. Elles savent qu'elles seront le butin des Canalas, elles ne feront que changer de servitude. Les enfants, plus craintifs, se serrent contre leurs mères. Mais déjà ils se rassurent; les soldats jouent avec eux, leur donnent du biscuit ou de la soupe et les font boire. Une seule femme est heureuse, se répand en paroles, rit et pleure à la fois. Elle vivait avec un des gendarmes de la Foa qu'on a tués. Les Canaques l'avaient emmenée avec eux, la maltraitaient. Elle a une physionomie expressive, les cheveux lisses, des dents blanches admirables, de grands yeux noirs; elle est presque jolie d'émotion. Elle prend les mains des soldats, les leur presse avec une effusion de reconnaissance. Elle est libre.

Servan me raconte ce qui s*est passé. 11 a surpris un campement d'insurgés qui se sont enfuis en toute

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