‹ SQUVENIRS DE LA NOUVELLE - CALEDONIEChapitre 45 sur 54 · LA JOURNÉE DU 1" SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DU 1" SEPTEMBRE

hftle à travers les bois. Nalna était avee eux, il a pu s'échapper. Sa femme est parmi les prisonnières. Nos alliés se sont mis à la poursuite des Canaques et en ont tué ou blessé neuf, tandis qu'un seul des leurs a été blessé d'un coup de hache à Tépaule. Toutefois Servan s'étonne, il n'a jamais vu les Canalas aussi hésitants. Ils ne s'écartaient pas, marchaient près des soldats, cherchant la protection des fusils. La peur d'Atal, la honte peut-être de le combattre étaient en eux. 11 a fallu les exciter pour les lancer aux ennemis qui s'enfuyaient.

Maintenant ils sont enhardis par le succès et alléchés par les dépouilles. Nondo nous demande, à Servan et à moi, la permission de rentrer sous bois. 11 part aussitôt avec ses guerriers.

A midi, on signale une seconde colonne. Cette fois, c'est celle de Le Golleur et de Gallet. Elle arrive, comme la première, rapide et tout en joie, mais avec plus de h&te et d'exultation. On sent qu'elle apporte le nouvelle d'un fait extraordinaire, d'un succès plus grand qu'on ne l'a prévu. En son apparence, tout le témoigne, l'attitude et le geste. Elle soulève en marchant la poussière sous ses pas. Au travers de cette nuée, sous les rayons du soleil, la colonne tour à tour est lumineuse et sombre. Dans ses rangs en dé-

sordre, elle a des prisonniers. Les francs-tireurs, tout débraillés, la poitrine au vent, ont leurs vêtements déchirés. Les Mercury, d'une allure farouche, ont en haut de leurs fusils quelque chose de rond et de noir. Cela se rapproche et s'éclaire. Ce sont des tètes coupées au bout des baïonnettes. La colonne n'est plus qu'à trois pas, elle s'arrête. Les Ganalas poussent leur cri de guerre et de triomphe, mais à ce cri se joignent les clameurs exaltées des marins et des déportés, le hurlement des Mercury. Des baïonnettes qui s'abaissent, les têtes roulent sur une table qui se trouve là. On les y aligne, elles sont sept. Quelques hommes du poste les ont déjà reconnues et les crient par leurs noms. De toutes parts on accourt. Ce sont les têtes d'Ataï, de son fils, de son takata, de quatre de ses guerriers. Le visage d'Ataï s'est affaissé, les paupières tombent avec lourdeur sur les yeux, les traits sont relâchés dans une sorte de repos morne. Si ce sauvage avait quelqu'un des sentiments qui nous agitent, il a dû mourir avec le regret d'une cause perdue et d'espérances trompées. La tête de son fils, un adolescent, s'est endormie dans la mort. La tête du takata est celle d'un nain, grosse et difforme. Les têtes des quatre guerriers ont les traits convulsés par l'angoisse de la hache qui frappait par saccades en

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les séparant du tronc. La lèvre d'en haut est retroussée sur les dents; Fœil ouvert est effaré. La foule s'est faite autour de la table, on regarde ces têtes et Ton se tait. Quand on les a bien vues, Duliscouêt et ses infirmiers les prennent et les emportent. Alors les langues se délient, les interrogations commencent, les propos se croisent. Le tumulte des paroles succède à la curiosité muette d'un moment.

Gomme a fait Servan, Le GoUeur et Gallet me racontent leur expédition. Ils s'étaient avancés sous bois; mais leurs Canalas, comme ceux de Servan, étaient troublés et hésitants. Ils ne voulaient point pousser plus avant, voulaient aller, disaient-ils, à un rendez- vous que Nondo leur avait donné. Il fallut presque les menacer. Justement, à cet instant-là, on rencontrait le campement d'Ataï. Ce campement, aux aguets pourtant, était sans défiance de la colonne. Il prêtait l'oreille à d'autres bruits, d'un autre côté. Néanmoins les Canalas, saisis de crainte, se refusaient à l'attaquer. « Si vous ne voulez pas y aller avec nous, leur dit Gallet, nous irons tout seuls. )> Cela les décida. Ce qui les décida surtout, c'est que les Canaques d'Ataï aperçurent les blancs, s'enfuirent alors précipitamment et abandonnèrent leur chef. Ataï resta seul avec son fils, son takata et les quatre guerriers.

Il tenait à la main un sabre de gendarmerie provenant du pillage de la Foa. Il ne put s*en servir, car une sagaie lancée par un Ganala lui traversa le bras. Nos alliés s'élancèrent. Deux d'entre eux frappèrent Ataï à coups de hache, l'abattirent. Ses compagnons, enveloppés, succombaient sous le nombre. Tandis qu'ils étaient à demi vivants encore, on leur avait coupé la tête et on était revenu au poste.

A une heure, la colonne Becker rentrait. Elle avait rencontré et poursuivi des fuyards, en avait tué quelques-uns, ramenait des femmes et des enfants. Après Becker, ce fut Boutan, puis Vaux- Martin. Des Canaques s'étaient sauvés de leur côté. Ils les avaient chassés à courre et forcés de retourner dans la brousse. Dans l'après-midi, nous reçûmes des estafettes de la Fonwari et de Teremba. Le détachement Cluzel avait fermé le passage d'Amboa à des Canaques d'Ataï qui tentaient de s'échapper de la vallée ; mais, ne voulant point quitter son poste d'observation, il ne les avait pas poursuivis. Quant à Vanauld, il avait regagné Teremba, sans avoir rien vu, après une marche longue et fatigante. A cinq heures, Nondo revenait ayant fait buisson creux ; mais en revanche un courrier arrivait de Moindou. Là, Maréchal avait réussi. 11 avait rencontré les Canaques dans les bois

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du treizième kilomètre, et, après une assez chaude affaire où il avait manqué être tué et où deux de ses hommes avaient été blessés, il avait tué Baptiste, le chef des Moindous, sa fille et un indigène, et détruit plusieurs campements.

Le poste de la Foa est dans la joie. 11 y a double ration à tous les plats. Après le dîner, on chante en chœur et on danse en rond. Puis à huit heures, par Tobscurité d'une belle nuit, on roule sur F esplanade, en dehors de la porte de Naïna, le petit obusierde quatre, et là, pendant que les Ganalas assistent curieusement à la salve, on tire, à intervalles égaux, trois coups de canon qui célèbrent la victoire.

Cette journée du 1" septembre était un réel succès. Au point de vue de la répression de T insurrection dans l'arrondissement d'Uaraï, elle allait avoir une importance décisive. Au point de vue général des affaires, elle n'en eut qu'une relative. C'est que l'insurrection canaque, n'ayant point éclaté partout à la fois comme elle devait le faire, ne s'est propagée ensuite que par une lente tratnée de poudre qui a ses intermittences et ses lacunes, à laquelle la flamme ne se reprend qu'accidentellement. C'est ainsi que Canala, au début, avait été sauvé des Canalas par Servan; que le nord, quoique indécis, ne bougea pas;

qu'il fallut deux mois aux Canaques des environs de Moindou pour se décider à la révolte ouverte. Or il allait en être de même de Bourail. La mort soudaine et violente de M. Houdaille lui fît jeter le masque. Le il septembre, les Canaques pour lesquels M. Houdaille a pris parti se tournent contre lui et le massacrent ainsi que ses compagnons et leur propre chef, Mavimoin, terminant delà sorte leur querelle avec les indigènes d'Adio et scellant dans le sang, par ce coup de traîtrise, leur réconciliation avec eux. Les tribus de Bourail croient dès lors au succès de l'insurrection, massacrent les colons, incendient les habitations dans labrousse et jusque dans Bourail, font cause commune avec les Neklaï et les Adio. 11 va falloir agir à Bourail, comme on Ta fait à Bouloupari et à Uaraï, garder d'abord la défensive, prendre ensuite l'offensive avec des forces suffisantes et, après de longs et pénibles efforts où l'on a raison des Canaques en masse, en arriver à la destruction des bandes errantes encore armées. C'est à cela que nous en sommes dans l'arrondissement. On a su des prisonniers qu'à l'attaque du poste de la Foa, le 24 août, le chef Moraï, l'allié et le complice d'Ataï, a été tué, et qu'Aréki, qui s'était joint à eux pour cette entreprise, s'est retiré, découragé, dans sa Oua-Tom. 11 faudra l'y aller

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chercher. Atal mort, Naloa lui a succédé. Il court la vallée de la Foa, dont il a fait son repaire. Kaupa a pris la place de Baptiste parmi les Moindous, les Moméas et les Scinguiés. Ih ne sortent plus de leurs bois que pour chercher des coquillages au bord de la mer. François est avec quelques Canaques d'Uaral à rile Le Bris et à la baie Chambeyron. Ce sont ces petites bandes éparses qu'il faut harceler et détruire. Cest la vraie chasse à l'homme qui va commencer.

C'est la colonne Le Golleur-Gallet qui, pendant plusieurs mois, va s'acquitter de cette tâche. Chaque semaine, plus souvent parfois, elle part dans la brousse pour quarante-huit heures. A(in d'être plus légère, elle n'emporte que les vivres de la première Journée ; elle n'a pour le second jour qu'une galette de biscuit et un boujaron d'eau-de-vie. Son point de départ, suivant le lieu où elle doit opérer, est tantôt

la Foiiwari, tantôt la Foa. Dès la veille alors, elle va coucher à la Foa. Elle se met en marche à trois heures du matin et arrive avant le jour à Tendroil qu^elle veut surprendre. A huit heures, ce qu'elle avait à faire est terminé. Elle s'achemine à Taise vers le site qu'elle a choisi pour déjeuner. 11 est à plusieurs kilomètres de distance dans la direction qu'elle doit suivre pour sa tentative du lendemain. A ce site, sous de grands arbres ou une épaisse feuillée, aux bords d'une eau Froide et courante, on déjeune, on fait la sieste et on laisse s'écouler les chaudes heures du jour.

Dès quatre heures du soir, la colonne repart et marche d'une traite, jusqu'en pleine nuit, vers l'affût du lendemain. Elle ne s'arrête qu'aux alentours de la proie qu elle convoi te, et, comme elle a déjà fait au matin précédent, fond sur elle à l'aube naissante. La besogne achevée, et selon qu'elle est plus ou moins loin, elle se hâte au retour par une marche forcée ou s'attarde dans le trajet à brûler des campements ou des villages oubliés.

En peu de temps, la colonne s'est merveilleusement entraînée. Elle a la plus grande confiance dans ses chefs, Le Golleur et Gallet. D'ailleurs, ce géant et ce tout petit homme se sont admirablement compris,

se complétant Tun par Tautre. L'un savait tout de la brousse, Tautre en ignorait tout. C'est pour cela qu'ils Font si bien courue ensemble, sans hésiter et sans discourir. Maintenant Le GoUeur Ta apprise, et déjà il en devine ce qu'il n'en connaît pas. Tous deux sont encore d'une même résistance à la fatigue. Le pas ferme et rapide du marin vaut les enjambées du géomètre. Ils sont aussi d'une même bravoure intelligente et pleine de sang-froid. A l'occasion, ils se sauvent la vie.

Le surveillant Mercury, ancien sous-officier, les seconde. C'est un de ces serviteurs humbles et dévoués, obéissants et fidèles, qu'on entraîne où Ton veut. Ils se gagnent par les bons traitements, se donnent à leurs chefs par T affection qu'ils leur portent, ne se reprennent plus. Il tient à demi ses Mercury à l'écart, ne les mène aux francs-tireurs qu'aux heures du péril. Eux-mêmes se tiennent sur la réserve. Ce sont plutôt les francs- tireurs, marins et déportés, qui viennent à eux avec une sorte de bienveillance.

Ces nuances de tact, de délicatesse et de bonté existent d'instinct chez les natures simples, s'affirment en elles par la discipline qui les hiérarchise, par le danger qui les ennoblit. Tous ces hommes

ont un jarret de fer, une allure allègre; ils enlèvent les longues marches à la semelle de leurs souliers. Ils ont pris les qualités des sauvages, la patience et la ruse, couchent sur la dure, ne se plaignent ni des privations, ni du chaud, ni du froid. Les nuits, en effet, sont fraîches, mais courtes pour eux. Ils les passent moins à dormir qu'à veiller, s*y embusquent, y préparent leur coup. Ce n'est pas qu'ils réussissent toujours ; mais toujours et de plus en plus, autour d'eux, ils font le vide et répandent la terreur.

Les Canaques, traqués sans trêve et sans pitié, se déplacent, s'espacent, se disséminent, s'amaigrissent et s'épuisent de faim, de froid et de misère. Quelquefois les francs-tireurs ont des résultats dont ils sont fiers ou tout l'imprévu d'une chasse heureuse. Mais, s'ils ont ces hasards, c'est qu'ils les méritent par leur ardeur qui ne se ralentit pas, par leur âpreté à la lutte. Je ne raconterai pas toutes les expéditions de la colonne. Ce serait la monotonie du courage et des efforts. Je ne parlerai que des incidents.

Au commencement de septembre, la colonne fait une première expédition à la Oua-Tom contre Aréki. Elle arrive par les crêtes, tandis que la nuit dure encore, et dépasse des sentinelles qui ne la

voient pas. Elle se sent sur la piste d'un campement et redouble de précaution. Le campement, en effet, est sur le bord d'un ravin dont les pentes se cachent sous une épaisse végétation. La colonne n'en est qu'à cent mètres, et, par les premières clartés du matin, elle aperçoit les abris. Toutefois, avant de s'y précipiter et de les fouiller de ses baïonnettes, il lui faut à grand'peine marcher dans les lianes qui s'enroulent à elle et la retiennent. C'est alors que les chiens canaques donnent l'éveil. Ils aboient moins qu'ils ne se dressent et grognent en montrant leurs dents, en hérissant leur poil. On dit, sans que cela soit tout à fait vrai, que les sauvages ont habitué leurs chiens à se taire.

A cet avertissement qu'ils reçoivent, les Canaques sortent en hâte de leurs abris, ne s'attardent point à regarder les blancs, plongent dans le ravin. Les francs-tireurs désolés les poursuivent de leurs balles, en rattrapent ainsi quelques-uns. En même temps, ils se déchirent plus rudement aux ronces et aux lianes qu'ils n'ont plus à ménager, les coupent ou les brisent et parviennent au campement. Us y trouvent un butin considérable. Il provient des habitations des colons pillées par les Canaques. Ce sont des vêtements, des couvertures, du linge et, ce qui importe

davantage, des armes, des fusils de chasse, des poires à poudre. 11 y a aussi des objets de toute sorte, jusqu*à un accordéon.

Mais le plus curieux du butin, canaque cette fois, ce sont deux petites popinées de quelques mois, qui tettent encore et que leurs mères n'ont pas pris le temps d'emporter. C'est un Mercury' qui les découvre, à leurs vagissements. Il en berce une sur chacun de ses bras. On brûle le campement, on se charge du butin, et la colonne arrive à la Fonwari, un de ses francs-tireurs jouant de Taccordéon et le Mercury levant en Tair sur ses mains ouvertes les petites filles pour nous les montrer de plus loin.

Dans une autre circonstance, c'est une grande lie de la rivière de la Foa qu'il s'agit de fouiller. Dès cinq heures du matin, un détachement d'infanterie de marine, parti de la Fonwrari, doit se cacher dans la brousse sur la rive gauche de la Foa. Il y a là un gué qu'il surveillera. Quant à la colonne, je pars avec elle de Teremba, dans des embarcations, pour remonter la rivière.

La nuit est sans lune, et, pour ne point faire du bruit, les rameurs ont entouré de linges la pelle de leurs avirons. 11 ne peut y avoir à nous trahir que l'eau remuée, en sa phosphorescence. Aussi

cherchons-nous Tombre noire de la rive, toute bordée de palétuviers. A cinq heures précises, Le Golleur et Gallet débarquent à Textrémité sud de l'Ile. Je remonte le bras droit avec les embarcations. Le jour commence à poindre. Bientôt nous entendons des cris canaques et des coups de fusil. Le silence se fait de nouveau. Nous nous approchons de Tlle, et nous sondons du regard ses profondeurs de verdure. Maintenant que le soleil s*est levé, elles se reflètent avec une admirable finesse de contours dans la transparence de l'eau. Par intervalles encore, des cris canaques et des coups de feu. Une embarcation reste en aval ; les deux autres suivent la chasse, qui se prolonge vers le nord. A neuf heures, tout le monde se réunit à un rendez-vous convenu à Tavance. On a tué deux popinées et cinq Canaques, et Ton a fait un prisonnier. Il ne paye pas de mine ; il se défendait avec Tépée à poignée d'argent d'un commissaire de marine. Il est là, tremblant de tous ses membres. Il voit que je ne le fais pas fusiller, se rassure et se met à déjeuner avec nous. Ces animaux humains s'apprivoisent vite, ne se civilisent point. Ce prisonnier sera le guide de la colonne pour les excursions dans les lies et sur les bords de la Foa. Il dit quelques mots de français et ne demande pas mieux que de dénoncer

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ses congénères. On Tengraisse au camp, et, les jours de course, un franc-tireur le mène en laisse par une corde qui lui Tait le tour du corps. Il marche en tête de la colonne, en limier.

Un peu plus tard, — c'est encore sur les bords de la Foa, — la colonne, qui revient de la baie Chambeyron, s'est arrêtée dans l'après-midi sous des ombrages, à faire la sieste. Tout à coup, Le GoUeur et Gallet, qui ne dorment pas, voient une dizaine de Canaques, hommes et femmes, s'approcher de la rivière. L'un d'eux tient un fusil à la main. Ils croient reconnaître Naïna. En un instant, les francs-tireurs qu'on éveille sont debout en demi-cercle pour envelopper les sauvages. Ceux-ci vont être pris. Trois se jettent à l'eau, les autres bondissent de côté dans les herbes. Des trois qui essayent de traverser la rivière, deux sont atteints par les balles. Ils ne nagent plus, s'en vont inertes, avec le courant, à la dérive. On cherche les autres sans les trouver. Ils ont disparu. Peutêtre sont-ils immobiles sous les plants bas à larges feuilles, peut-être se sont-ils glissés sous eux et sont-ils déjà loin.

Gallet sonde des yeux l'eau transparente de la Foa. Sur un fond de sable il aperçoit une tache brune qui ne bouge pas. C'est peut-être un Canaque qui se tient

par les maios à des lianes ou à des racines de la rive. Comment peut-il demeurer là si longtemps sans respirer? Gallet perd patience, ajuste la tache et fait feu. La tache quitte le fond, remonte, prend une forme humaine et, trouée de part en part, se renverse sur le dos, les bras étendus, la poitrine ronde et jeune émergeant de Teau, tandis que sa ceinture de feuillage et ses jambes plongent sous le flot. C'est une femme que Gallet a tuée. 11 en a un petit frisson et un regret et la suit du regard jusqu'à Ttle prochaine, où elle s'échoue.

Pendant que la colonne s'en va ainsi à une chasse incessante par monts et par vaux, que Maréchal est en reconnaissances et en expéditions fréquentes aux environs de Moindou et dans les bois du treizième au vingtième kilomètre sur la route de Bourail, la vie des camps s'organise à Teremba, à la Foa et à la Fonvsari. Teremba, c'est le port et le magasin de l'arrondissement. Les vivres, le matériel et les munitions y arrivent de Nouméa. Vanauld les achemine par des convois à bœufs sur Moindou et sur la Fonwari.

C'est aussi par des voitures à bœufs que la Fonwari se charge de ravitailler la Foa. Là, on se garde ou l'on fait des excursions militaires dans la vallée. A la

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