REDDITION DES TRIBUS
Ses compagnons et lui, comme effrayés de s'être livrés au péril, serrent de leurs doigts crispés leur hache ou leur sagaie. Ils semblent, d'ailleurs, épuisés par les privations. PoUio, qu'on a connu gros et gras, a notablement diminué. Je lui tends la main, je lui souhaite la bienvenue et je lui laisse ses armes. Ses guerriers aussi gardent les leurs. Cela leur cause un grand soulagement et un orgueilleux plaisir. Ils pénètrent dans le camp, à demi rassurés déjà, parmi les rassemblements divers et curieux qui se sont formés pour les voir. Je dis à PoUîo : « Pourquoi n'estu venu qu'avec un si petit nombre de tes Canaques? — Les autres ont eu peur. Si tu le veux, j'irai les chercher demain. Ils verront que (u ne m'as pas fait de mal et ils viendront. — Je le veux bien, tu iras. »
Les Farinos s'installent sous un gourbi, y mangent en affamés et s'y endorment. Le lendemain matin, Pollio monte à ma maison pour prendre congé de moi. U tient encore son fils parla main, mais l'enfant pleure à chaudes larmes. U veut accompagner son père. Pollio le caresse et me dit : « Veux-tu le laisser venir avec moi? » J'hésite une seconde. Si l'enfant reste au camp^ c'est un otage, PoUio reviendra. Si PoUio, au contraire, emmène son fils^ il peut me man-
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qaer de parole. Toutefois, c'est la triba entière des Farinos qu'il m'importe d'avoir et je joue le tout pour le tout. Je donne des friandises à l'enfant et je dis à son père : « Emmène-le. » J'attendis le soir avec une certaine impatience. Vers cinq heures, Pollio ramenait avec lui une vingtaine de ses Canaques, guerriers, femmes et enfants. Il opéra de la sorte cinq ou six jours de suite, et la tribu tout entière, par fractions successives, se trouva réunie au camp. Un bâtiment arriva pour la prendre. C'était le moment difficile. Ces Farinos, au nombre de quatre-vingt-dix, étaient à la Fonv^ari, et il fallait les conduire à Teremba.
Lafond. que Boulle avait remplacé à la Foa, se chargea de la corvée. Les guerriers encore en armes, les femmes ployant sous les fardeaux, prirent place entre deux files de soldats de la 7*. Lafond, de façon amicale, gardait Pollio près de lui. A Teremba, il n'y avait point de dispositions apparentes ; mais, quand les Farinos s'engagèrent sur l'étroite chaussée qui mène au débarcadère, les soldats de Vanauld se montrèrent de chaque côté, négligemment. Lafond dit alors à Pollio que ses guerriers ne pouvaient emporter leurs armes dans l'exil. Pollio et ses Canaques hésitèrent un instant, puis courbèrent la tête et dépo-