L'ILE LE BRIS
paraissaient s'envoler par un sentier sous-marin qui ne les mouillait qu'au-dessus de la cheville. Alors on fit halte et on les tira. Ils se détachaient, à la file indienne, en vigueur, sous le ciel bleu. Les soldats tiraient très bien, mieux qu'on ne l'eût fait dans l'ancienne colonne, et ils avaient du temps devant eux, car les Canaques avaient, sur cette arène liquide^ plusieurs kilomètres à parcourir avant de gagner l'extrémité de la rade. Les sauvages, atteints un à un, s'abattaient dans l'eau par une culbute d'agonie. Sur les vingt, on en tua seize. La chaloupe qui avait doublé l'Ile faisait feu de son côté. Quand ce fut fini, la colonne revint à terre et nous rencontra. Pendant trois heures, on fouilla l'intérieur et ses arroyos. On découvrit dans deux campements que l'on brûla un très grand butin de linge, de vêtements et d'ustensiles de colons, de filets de Canaques. On découvrit aussi cinq pirogues et deux baleinières qui avaient été volées à la baie Chambeyron. On fit cinq femmes prisonnières. Nous en avions terminé avec le repaire de l'Ile Le Bris.
11 ne restait plus que l'expédition contre Aréki. Elle allait se faire les 4 et 5 février 1879 et employer toutes nos forces. Depuis deux mois, on continuait à se buter isolément contre ces bois et ces mornes.
Tantôt c'était la colonne, tantôt Servan avec ses Canaques. On ne faisait qu'un peu de butin et on ne tuait qu'un ou deux sauvages. Mais, en revanche, les postes de Dezarnauld et de Popidéry, d'où Ton allait pouvoir opérer aisément, étaient complètement achevés. Le poste de Popidéry, de la même façon que celui de la Foa par Lafond, avait été rapidement construit par Becker. Cet officier, ardent et systématique, excellent quand on le mettait sur sa voie, en avait été l'ingénieur, y avait manié les ouvriers et les soldats.
Peut-être la présence de madame de Coutouly, intrépide comme toutes les femmes de colons, y avait-elle excité ses efforts. Il y a souvent une femme dans les résultats promptement et heureusement obtenus. Le poste de Popidéry, comme celui de la Foa, avait en outre le mérite de s'être en quelque sorte improvisé, de n'avoir pas coûté cher. La maind'œuvre en revenait aux Mercury, presque tous ouvriers d'état, que j'avais prêtés à Becker, et les niaoulis ainsi que les bancouliers du voisinage en avaient fait les frais. 11 était dans la position la plus favorable, dominant la mer et la brousse à l'extrémité de la Langue-de-Chat, où nous avions campé plusieurs