LA OUA-TOM
Le 4 février, je partais de la Fonwari avec la colonne et les éclaireurs à cheval. Vaux-Martin ayant été envoyé à Bourail, c'était maintenant le surveillant Dougnac , un ancien sous-officier et un vaillant homme, modeste et dévoué, qui les commandait. Nous prenions à La Foa, pour les emmener avec nous, Lafond et quarante de ses soldats. Mais le passage de la rivière grossie par les pluies de la nuit et qui roulait ses eaux en torrent n'était pas commode. On la traversa, homme par homme, en croupe des cavaliers de Dougnac. Vers le soir, nous étions en vue de Dezarnauld, qui était le rendez-vous commun. C'est là que nous rencontrâmes Servan et tous ses Ganalàs. Il avait avec lui tous les chefs, Gelima, Gaké et Nondo. De loin et de toutes parts dans la brousse verte, ils apparaissaient en points noirs mobiles qu'éclairait quelque oripeau, celui du vêtement traditionnel ou un morceau d'étoffe roulé autour de la tête. On se rejoignit avec de grandes démonstrations d'amitié. Ces expéditions n'étaient plus que le plaisir de la chasse. Le lendemain matin on s'organisa. Lafond et Artus avec quarante-cinq soldats et cent vingt Canalas avaient à pénétrer dans les gorges de la Oua-Tom par un point des versants ouest ; Le Golleur avec la colonne par un second point. Le lieu-
tenant de Baudéand, du poste de Dezarnauld, avec vingt-cinq soldats, et Amouroux avec les soldats de Narbonne, y pénétraient par deux points des versants est. Sandouly, un petit chef, avec soixante-quinze Ganalas, descendait tout droit de Dezarnauld sur la Oua-Tom. Un détachement de Popidéry, avec Becker, y montait du sud au nord. Une autre troupe se détachait de la Foa pour se porter à la limite Est de la vallée, en observation. Enfin je partais avec les dix cavaliers Dougnac, six Amouroux, quatre Mercury, Gelima, Cake et les Ganalas pour contourner plus au large et par Test, jusqu'à Popidéry, tout le massif de la Oua-Tom. Le rendez-vous général était le soir à Popidéry. C'était une de ces vastes battues, de la circonférence au centre, dont nous avions pris Thabitude.
Chacun devait être sur son terrain à sept heures et le mouvement concentrique en avant s'effectuer à huit heures. Toutefois^ au moment du départ à cinq heures, il y eut un changement. En passant la revue des francs-tireurs, je m'aperçus que Le GoUeur, déjà malade la veille, serait hors d'état de marcher. Il le voulait cependant, mais il élait pâle et s'appuyait sur sa carabine. Lui aussi, à son tour, était vidé par ces longues fatigues. Heureusement