PS. XXII
252 Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.
« Tout ce que j'ai écrit sur mes désirs de la souffrance, oh ! c'est bien vrai ! Je ne me repens pas de m' être livrée à l'amour. »
Elle répéta plusieurs fois ces derniers mots.
Et un peu plus tard :
«. Ma Mère, préparez-moi à bien mourir. »
Sa vénérée Prieure l'encouragea par ces paroles :
« Mon enfant, vous êtes toute prête à paraître devant Dieu, parce que vous avez toujours compris la vertu d'humilité. »
Elle se rendit alors ce beau témoignage :
« Oui, je le sens, mon âme n'a jamais recherché que la vérité... oui, j'ai compris l'humilité du cœur ! »
A quatre heures et demie, les symptômes de la dernière agonie se manifestèrent. Dès que notre angélique mourante vit entrer la communauté, elle la remercia par le plus gracieux sourire; puis tout entière à l'amour et à la souffrance, tenant le crucifix dans ses mains défaillantes, elle entreprit le combat suprême. Une sueur abondante couvrait son visage ; elle tremblait... Mais, comme au sein d'une furieuse tempête le pilote à deux doigts du port ne perd pas courage, ainsi cette âme de foi, apercevant tout près le phare lumineux du rivage éternel, donnait vaillamment les derniers coups de rame pour atteindre le port.
Quand la cloche du monastère tinta l'Angelus du soir, elle fixa sur l'Etoile des mers, la Vierge immaculée, un inexprimable regard. N'était-ce pas le moment de chanter :
Toi, qui vins me sourire au malin de ma vie, Viens me sourire encor. Mère, voici le soir !
A sept heures et quelques minutes, notre pauvre petite martyre, se tournant vers sa Mère Prieure, lui dit : «Ma Mère, n'est-ce pas l'agonie?... Ne vais-je pas mourir?...
Histoire d'une âme. — Chapitre douzième. 253
— Oui, mon enfant, cest l'agonie, mais Jésus veut peut-être la prolonger de quelques heures. »
Alors, d'une voix douce et plaintive :
« Eh bien... allons... allons... oh .'Je ne voudrais pas jnoins souffrir ! »
Puis, regardant son crucifix :
« Oh !... Je l'aime !... Mo.n Dieu, je... vous... aime! ! ! »
Ce furent ses dernières paroles. Elle venait à peine de les prononcer qu'à notre grande surprise elle s'affaissa tout à coup, la tête penchée à droite, dans l'attitude de ces vierges martyres s'oft'rant d'elles-mêmes au tranchant du glaive ; ou plutôt, comme une victime d'amour, attendant de l'Archer divin la flèche embrasée dont elle veut mourir...
Soudain elle se relève, comme appelée par une voix mystérieuse, elle ouvre les yeux et les fixe, brillants de paix céleste et d'un bonheur indicible, un peu au-dessus de l'image de Marie.
Ce regard se prolongea l'espace d'un Credo, et son âme bienheureuse devenue la proie de V Aigle divin s'envola dans les cieux
Cet ange nous avait dit quelques jours avant de quitter ce monde : « La mort d'amour que je souhaite, cest celle de Jésus sur la croix. » Son désir fut pleinement exaucé : les ténèbres, l'angoisse accompagnèrent son agonie. Cependant, ne pouvons-nous pas lui appliquer aussi la prophétie sublime de saint Jean de la Croix, touchant les âmes consommées dans la divine charité :
« Elles meurent dans des transports admirables et des assauts délicieux que leur livre l'amour, comme le cygne dont le chant est plus mélodieux quand il est sur le point de
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mouri?-. C'est ce qui taisait dire à David que « la mo7-t des justes est précieuse devant Dieu »: car c'est alors que les fleuves de l'amour s'échappent de l'àme, et s'en vont se perdre dans l'océan de l'amour divin. »
Aussitôt que notre blanche colombe eut pris son essor, la joie du dernier instant s'imprima sur son front; un ineffable sourire animait son visage. Nous lui mîmes une palme à la main ; et les lis et les roses entourèrent la dépouille virginale de celle qui emportait au ciel la robe blanche de son baptême empourprée du sang de son martyre d'amour. Le samedi et le dimanche, une foule nombreuse et recueillie ne cessa d'affluer devant la grille du chœur, contemplant dans la majesté de la mort « la petite reine » toujours gracieuse, et lui faisant toucher par centaines : chapelets, médailles, et jusqu'à des bijoux.
Le 4 octobre, jour de l'inhumation, nous la vîmes entourée d'une belle couronne de prêtres; cet honneur lui était dû : elle avait tant prié pour les âmes sacerdotales ! Enfin, après avoir été solennellement bénit, ce grain de froment précieux fut jeté dans le sillon par les mains maternelles de la sainte Eglise...
Et qui dira maintenant de combien d'épis mûrs il a porté le germe ?... Une fois de plus, elle s'est réalisée magnifiquement la parole du divin Moissonneur : « En vérité, je vous le dis, si le grai?i de blé étant tombé à terre ne vient à mourir, il demeure seul : mais s'il meurt, il porte beaucoi p de fruits. »
Des Anges, ce soir-là, dans l'ombre descendirent. Pour chercher une sœur et l'emporter aux Cieux; Sur leurs ailes d'azur, joyeux, ils la ravirent. Et l'Enfant-Dieu, Jésus, accourait devant eux.
Des Vierges étaient là, pour faire sa conquête. Et l'ardeur du triomphe en leurs yeux éclatait; Toutes la regardaient avec un air de fête, La Vierge Immaculée aussi lui souriait!...
Et, ses liens rompus, parut au milieu d'elles, Thérèse, belle et jeune, et d'un œil enflammé; Seule, elle avait le front orné de tleurs nouvelles. Plus brillantes que l'aube aux premiers jours de mai.
Cette épouse choisie, âme pure et sereine, Déjà pleine de jours, allait chercher au Ciel, Au Ciel impatient de la proclamer reine, De son ardent amour le salaire éternel...
Belle ROSE effeuillée autrefois sur la terre, Nous courons à l'odeur de tes parfums si doux. Toi qui compris l'Amour, donne-nous ta lumière. Jette encor de Là-Haut tes pétales sur nous!