INTRODUCTION. XI
plus grands siècles littéraires. Comment n'ont-ils pas été effrayés des dangers qu'ils allaient ainsi taire courir à la foi? Comment n'ont-ils pas été révoltés eux-mêmes par la dureté odieuse qu'ils prêtaient à la Divinité ? Comment l'auteur des Pensées n'a-t-il pas aperçu que c'était une entreprise paradoxale, et dont ne pourrait venir à bout son admirable génie, de prouver le christianisme par le cœur et de présenter un christianisme janséniste ? Peu importe maintenant ; ce qu'il faut retenir c'est que les doctrines de ces sombres théologiens expliquent, dans une large mesure, la réaction de Rousseau et du xviu^ siècle, et que peut-être elles nuisent encore à la religion qu'elles défiguraient.
Qu'est en effet le Dieu des jansénistes ? Sans doute leur Christ demeure aimant, et d'une générosité infinie, toute gratuite, pour les quelques élus qu'il a prédestinés à son ciel. Mais pour le reste des hommes, c'est-à-dire pour presque tous, il est sans pitié. Écoutez Pascal : « Dieu, dit-il*, hait et méprise les pécheurs tout ensemble, jusque-là même qu'à l'heure de leur mort, qui est le temps où leur état est le plus déplorable et le plus triste, la sagesse divine joindra la moquerie et la risée à la vengeance et à la fureur qui les condamnera à des supplices éternels. » Et ces pécheurs ont- ils commis une faute personnelle, avaient-ils, réellement et sans jouer sur les mots, le pouvoir d'échapper à