‹ St Alphonse de LiguoriChapitre 9 sur 71 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

qu'il était jeune prêtre de la Congrégation des Oblats de Marie, fut chargé, avec un de ses confrères, de prêcher une mission aux environs de Barcelonnette ; mais il n'avait obtenu de Tévêque, Mgr Miollis, la juridiction pour confesser qu'avec des réserves sans nombre, applicables, entre autres cas, aux suivants : le péché d'ivrognerie, la danse en général, le prêt à intérêt et généralement la rechute habituelle dans les fautes mortelles. Tous les pénitents qui se trouvaient dans un de ces cas devaient aller demander l'abso'ution h l'évêque en personne, et traverser pour cela un département

montagneux Faut-il s'étonner, après cela, si la

pratique religieuse s'est bientôt ralentie partout, si l'abstention forcée est devenue peu à peu l'abstention volontaire? » Les croyants apprécieront le mal que l'on a fait ainsi en fermant à tant d'ames les sources de la grâce.

A quel principe se rattache donc toute cette guerre étrange, menée, au nom du pur christianisme, contre les sacrements, auxquels vraiment on ne semblait tenir que lorsqu'ils étaient refusés par le clergé et qu'il fallait des arrêts du Parlement pour forcer celui-ci à les conférer? Comment expliquer que telles aient été la marque la plus apparente et la conséquence la plus certaine du jansénisme ? C'est que l'on ne doit pas seulement voir en lui une réaction, qui passionna l'âme ardente de Pascal, contre une religion superficielle et presque uniquement extérieure, contre les molles com-

X [NTRODUGTION.

plaisances et les lâches accommodements, contre le sans-gêne et Tabsence totale cle respect dans les rapports avec Dieu. Cette école si âpre dans ses critiques et qui, avec son austérité stoïcienne, traitait de si haut le commun des hommes, développa aussi une sorte d'orgueil intime, qui répugnait à user des secours surnaturels dont l'Eglise est établie dispensatrice. On n'avait ni assez d'humilité, ni assez de charité pour accepter avec un reconnaissant empressement toutes les libéralités divines, pour sentir à combien de consciences il est profitable d'être guidées par une autorité dont elles ont volontairement accepté la direction comme providentielle. Au fond n'arrivait-on pas à considérer qu'il est immoral, en quelque manière, d'admettre des secours du dehors et le magistère de l'Eglise? Or, c'est là sûrement l'une des idées fondamentales de l'irréligion contemporaine.

Dans ce qui paraît bien être, en dehors des difficultés purement intellectuelles, l'obstacle qui arrête le plus d'âmes honnêtes sur le chemin du christianisme, dans le refus de croire à un Dieu qui nous aime, les jansénistes n'ont-ils pas aussi, et même plus manifestement, leur lourde part de responsabilité ? Loin de prévenir les objections troublantes qui font nier ou mettre en doute la divine bonté, ils ont pris h tâche de les susciter et de les fortifier. Ils ont réussi d'autant mieux que, sans être très nombreux, ils ont su pourtant mettre fortement leur empreinte sur la pensée de l'un de nos

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