‹ St Alphonse de LiguoriChapitre 11 sur 71 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

leur malheureux sort ? Point du tout. Au fond, s'ils ne sont pas sortis du péché, c'est que la grâce leur a manqué. Car elle est souverainement efficace, et elle n'est pas donnée à tous. Deux des propositions condamnées dans V Âiigustijius sont sur ce point très explicites. D'une part, « dans l'état de nature tombée on ne résiste jamais à la grâce intérieure » ; et d'autre part, « quelques commandements de Dieu sont impossibles à des liommes justes qui veulent les accomplir et qui font effort selon les forces présentes qu'ils ont; et la grâce qui les leur rendrait possibles leur manque ». Liguori a bien raison d'affirmer qu'une pareille conception est impie : « elle fait de Dieu, écrit-il \ un tyran et un maître injuste qui oblige les hommes à des choses impossibles, et les condamne ensuite s'ils ne les accomplissent pas. »

La condition lamentable qui nous est ainsi faite paraît à ces docteurs tristes suffisamment expliquée par le péché originel. N'a-t-il pas entièrement vicié notre nature ? Ne méritons-nous pas tous un éternel châtiment ? On le promet, sans hésiter, même aux enfants morts au berceau, lorsqu'ils n'ont pas eu la chance de recevoir le baptême".

1. Triomphe de l'Église^ réfutation des hérésies^ chap. xili.

2. Liguori a au contraire bien soin de spécifier que, dans son opinion, conforme sur ce point à celle de saint Thomas, si ces innocents ne sont pas admis à la vision béatifique de Dieu, ils ne subissent pourtant aucune peine. Après avoir exposé cette doctrine dans son livre Du grand moyen de la vricre (ly^g), il la rappelle dans ses Dissertations sur les fins\

INTRODUCTION. XTîT

Pascal ne recule pas devant cette extrémité. Il se contente d'écrire dans ses Pensées : « Qu*y a-t-il de plus contraire aux règles de notre misérable justice que de damner éternellement un enfant incapable de volonté pour un péché où il paraît avoir si peu de part, qu'il est commis six mille ans avant qu'il fût en être? Certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine; et cependant, sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes. » — Je ne sais si la notion ainsi entendue de la déchéance originelle est nécessaire pour nous rendre compréhensibles à nous-mêmes; mais je suis sûr qu'elle rend Dieu plus qu'incompréhensible, impossible h aimer.

Même sans rien ajouter à la rigueur de ses dogmes, le christianisme paraît déjà trop dur h beaucoup, simplement parce qu'il affirme, avec une fermeté intransigeante, le sérieux de l'épreuve terrestre, la responsabilité humaine, la gravité du péché, parce qu'il commande d'accepter, sans maudire Dieu et en lui faisant crédit de l'explication totale, ce mystère du mal et de la souffrance, qui semble parfois devenir de plus en plus irritant à

dernières (1776). A cette occasion, elle lui vaut les critiques flu reviseur ecclésiastique qui prétend lui faire corriger son texte et mettre que saint Augustin démontre péremptoirement la thèse opposée. Alphonse résiste : «Ce serait, écrit-il {11 juillet 1776), me faire dire un mensonge; je déclarerais un sentiment contraire à celui que je tiens : je suis prêt à donner ma tête plutôt que de dire un mensonge. »

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