INTRODUCTION. XV
nétrer cette âme et à entrer en sympathie avec elle. Ame très aimante d'ailleurs et facile, par suite, à aimer, âme délicate et vaillante, semblant avoir acheté par de cruelles épreuves le droit de consoler et de réconforter les autres, et qui, torturée de mille manières, ne lit que s'ouvrir davantage à la bonté, vraie et grande âme de saint.
Sans doute il ne faut nullement dissimuler, il faut au contraire bien prévenir que la lecture d'une vie de saint ne convient pas h toutes les dispositions d'esprit. Aux heures où semblent sommeiller le cœur et la conscience, où dominent i'égoïsme et l'orgueil, où l'on subit la fascination du sensible, elle serait comme un langage que Ton n'entend pas. Loin d'édifier, elle risquerait plutôt de choquer, par ce que l'héroïsme surnaturel présente parfois de déconcertant pour le sens commun.
Il importe aussi d'avertir que ce serait vraiment par trop naïf d'attendre de tout personnage canonisé une perfection absolue, satisfaisant pleinement l'idéal de chacun de nous, ne laissant jamais rien à regretter, rien à désirer. Jésus seul se présente ainsi à tous les regards qui Le cherchent, et le christianisme ne se peut identifier avec personne autre qu'avec Lui. Ses meilleurs serviteurs ne laissent transparaître que quelques traits du divin modèle. C'est Liguori qui disait : « La vie des saints serait beaucoup plus longue si ceux qui l'écrivent notaient leurs défauts aussi bien que leurs vertus. » Cette observation mérite d'être retenue, bien que,