‹ St Alphonse de LiguoriChapitre 27 sur 71 · Lettres de juillet 1777 et novembre 1780 à des parentes · texte numérisé non relu

Lettres de juillet 1777 et novembre 1780 à des parentes

3. La véritable épouse de Jésus-Christ ou la rAi^ieuse sanctifiée^ chap. I.

d'en avoir trouvé une qui fût contente de son sort. » Sans trop se demander si ce mécontentement n'est pas autant le fait de la condition humaine que celui (le la société conjugale, il célébrait le bonheur d'échapper au mariage avec une conviction peu tlaîteuse pour les maris et pour les mœurs de ce temps-là, mais si profonde qu'après ses prédications les ruptures de projets matrimoniaux et les prises de voile n'étaient pas rares. « Les âmes qui restent dans le monde, écrit-il, sont des arbres plantés en une terre aride, où la rosée du ciel ne tombe que rarement Les religieuses, au contraire, sont dlieureux arbrisseaux, plantés dans une terre féconde, que continuellement rafraîchit la céleste rosée. » El ces réserves de fraîcheur sont comme des sources bienfaisantes, dont la vertu s'épanche au dehors. Liguori ne pouvait tolérer que les habitantes des cloîtres ne songeassent qu'à ellesmêmes et oubliassent les souffrances, les tentations de leurs frères. Croyant très vivement à l'efficacité de la prière et à la mystérieuse communion des saints, il comptait beaucoup, pour le salut des pécheurs, sur l'élite fervente des âmes contemplatives et volontairement immolées.

Des lettres qui nous restent de saint Alphonse, et qui mieux que tout autre écrit donnent l'im- [)ression de ce que devait être son action directe, deux seulement sont antérieures à l'année 1732, et elles sont adressées à des religieuses. Il se révèle déjà tout entier dans le langage qu'il leur tient.

« Aimez Jésus, leur clit-il. Vous pouvez lui êlre très

agréables à tout instant, en Faimant Il ne passe

point un seul moment sans vous aimer. Parlez-lui souvent, surtout quand vous êtes au cliœur, en présence du Saint-Sacrement; parlez-lui d'amour plus que de tout autre chose : c'est Tentretien qu'il préfère h tout autre Aimez son adorable et divin Cœur, son adorable volonté. Après cela, que vous soyez prédestinées ou réprouvées, délaissées ou remplies de consolations, chéries de Dieu ou abandonnées par lui, ne vous en inquiétez pas — Dites : « Seigneur, votre bon plaisir, votre gloire nous suffisent. » Et à d'autres il écrit : « Aimez

Jésus, aimez Marie Aimez et soyez joyeuses;

jamais, quand on aime un Dieu si bon, on ne doit admettre dans son cœur des pensées de tristesse. Je défends que, pour quelque motif que ce soit, on omette la récréation; et, si par hasard il vient h s'élever un nuage, chacune d'entre vous doit faire son possible pour le dissiper et pour ramener la joie dans la conversation. Ah! mes chères (illes, si vous saviez avec quelle tendresse Jésus vous abrite toutes dans son cœur plein d'amour!... Vous l'avez choisi entre tous pour votre époux; mais Lui, bien avant ce temps et de toute éternité vous a choisies.... Secourons-nous mutuellement au sein de cette vie ora geuse où nous sommes toujours en danger de perdre Dieu. Mais non, vous ne le perdrez point, vous serez toujours à Dieu, et Dieu sera toujours à vous. Voudriez-vous quelque chose de plus? »

Au bout de très peu d'années on de\ ine combien f\it recherché et surchargé le prêtre qui se dépensait ainsi. Sa ferveur à lui ne s'usait pas. Il mettait par avance en pratique un vœu qu'il formula vers trente-huit ans, assure-t-on, et qui est caractéristique dans sa nouveauté, le vœu de ne pas perdre un moment, alors que tant d'hommes ne sauraient pas se faire, et tenir, la promesse de ne pas perdre une journée. Avec quelques pieux confrères, il avait pris l'habitude de se retirer, deux ou trois jours par mois, en une maison de campagne solitaire, afin de mieux s'unir h Dieu dans le silence et le recueillement. Mais bientôt il voulut se séparer davantage du monde et quitter tout à fait le logis paternel. Dans une communauté très pauvre, dite collège de la Sainte- Famille ou des Chinois, que venait de fonder, deux mois auparavant, Mathieu Ripa, un vaillant missionnaire, ayant passé dix-sept ans dans l'empire du [Milieu, il prit, en juin 1729, une modeste cellule. On le chargea presque seul du service de la chapelle. Demeurant de longues heures au confessionnal, donnant chaque année une retraite et plusieurs neuvaines, se plaisant à prêcher le vendredi sur les gloires de la Sainte Vierge, il y attira vite une nombreuse clientèle.

Il reste l'un des membres les plus actifs de la

congrégation de la Propagande. A la suite de la terrible épidémie qui ravage Naples en 1729, et durant laquelle il prodigue son dévouement aux malades, il prend une large part à la mission générale préchée dans la grande église du Saint-Esprit. Et au sortir de l'un des sermons qu'il y prononce, son père lui dit, les larmes aux yeux : « Mon fils, c'est vous qui tout à l'heure m'avez appris à connaître Dieu. » Au commencement de 1730, on le retrouve à la mission donnée dans le gros bourg de ]\Jarano, puis à celles de Gasoria, de Capodimonte et de l'Annunziata de Naples. Il se dépense au point de tomber gravement malade et d'inspirer de vives inquiétudes. En 1731, il porte le poids de plusieurs missions dans les provinces de Bari et de Lecce. On le rencontre ensuite à Foggia, capitale de la Fouille, qui a été désolée, en mars, par un tremblement de terre. Cette ville dépendant de l'évêché de Troia, où l'on vénérait la mémoire de Mgr Cavalieri, Liguori, son neveu, est accueilli avec un empressement particulier. On insiste pour qu'il préclie une neuvaine en l'honneur de la Sainte Vierge. Il cède aux instances de Tévêque, et c'est alors que devant ses regards ravis s'anime plusieurs fois une image miraculeuse de Marie, ainsi qu'il l'a lui-même ^solen-

I. En 1777, lorsque le chapitre de saint Pierre, à Foggia, voulut procéder au coiu-onnement de la sainte image. — N'était-ce pas un commencement de cette série d'étranges phénomènes que l'on rapporte de madones italiennes, à la lîn du dernier siècle, mouvements d'yeux, larmes ou sueurs

nellemeut attesté. Quand après avoir visité, an Mont Gargan, le sanctuaire de saint Michel, son patron, pour lequel il professa toujours nne dévotion spéciale, il revient à Naples, le supérieur de la Propagande lui reproche durement, devant toute la congrégation, d'avoir prêché à Foggia sans sa permission : Alplionse ne dit pas un seul mot pour se plaindre ou se défendre.

Cependant, au collège des Chinois, n'étant plus retenu par la présence de ses parents, il se laisse gagner par une soif étrange de souffrances, torturant à plaisir son corps affaibli, ne lui donnant guère de repos, même durant les nuits qu'il passe volontiers couché sur une table ou sur la terre nue, lorsqu'il ne veille pas en prière dans sa chambre ou à l'église. Ce n'est pas tout. Des épreuves intérieures le crucifient. Il lui semble être rebuté du Christ et de la Sainte Vierge. Dieu qu'il cherche paraît le fuir. Celui qui a éclairé et consolé tant d'àmes marche lui-même clans la désolation et l'obscurité.

Un moment vint où Liguori dut consentir à s'ac-

merveilleuses, qui firent instituer par le pape Pie \I une commission spéciale d'enquête et aboutirent à la création d'une fête spéciale sous le vocable de Notre-Dame des Prodiges? |Voy. La question du surnaturel, par le P. A. Matignon {1861), p. 392). — On raconte que plusieurs fois encore au cours de ses missions, devant l'image de la Vierge, Liguori fut ravi eu extase et visiblement illuminé en lySS dans le diocèse de Salcrnc, en 1745 à Foggia, en T-5f> à Amalfi,

corder quelque repos. C'était en i^Si \ semble-t-il. Un ami lui offrait, pour lui et quelques compagnons, une maison de campagne, voisine de la mer, au pays d'Amalfi, qui est Tun des plus charmants de la région napolitaine. Son rivage a autant de douceur que celui de Sorrente, avec un aspect plus solitaire, et ses enchevêtrements de collines sont bordés, à Thorizon, par les crêtes de l'Apennin. On s'embarqua six, et, après une assez mauvaise navigation, on rencontra un vicaire général de Scala^ Il entraîna les nouveaux venus près de cette petite ville, qui dresse sur son roc escarpé sa cathédrale et les ruines de sa forteresse. Ils gagnèrent, sur une hauteur plus élevée encore, un pittoresque ermitage, nommé Sainte-Marie des Monts. Bientôt la présence du Saint Sacrement, auprès duquel on se relayait jour et nuit, parce que, faute de tabernacle, le ciboire demeurait sur Tautel, consacra cette solitude, où déjà parlaient de Dieu la splendeur de la lumière, les lointaines perspectives des montagnes ou des flots, le luxuriant épanouissement de la verdure et des fleurs en juin. Les quelques semaines passées par Liguori dans cette belle retraite lui laissèrent une impression décisive, et furent, en quelque sorte, le point de départ de l'orientation qui allait fixer sa vie. Des

1. D'après Tannoia, Villecourt et Capccelatro. Ce serait en 1730, d'après le P. Bertlie. J

2, Scala, à 5 kilomètres de la côte, était le chef-lieu d'un diocèse réuni depuis à celui d'Amalfi.

berg^ers et des chevriers, facilement attirés par les pieux hôtes de Termitagc, lui firent sentir vivement de quelle ignorance absolue du christianisme souffraient certaines populations rurales, et avec quel bonheur elles accueillaient la révélation de TEvangile. Puis on le pria de prêcher à Scala, non seulement le dimanche dans l'octave du Saint Sacrement, à la cathédrale*, mais aussi chez les religieuses du Saint-Sauveur. Il promit de revenir donner à tout le peuple la neuvaine dite du Crucifix pour la fête du Saint Rédempteur, et les exercices spirituels au couvent. C'est là qu'il allait lui être demandé de fonder un nouvel institut.

I. Dans ce sermon, qui valut une vraie mission, « il proposa, dit Tannoia, pour fiiire aimer Jësus-Christ au Saint- Sacrement des motifs si forts et si pressants, il exposa si bien l'horreur que doit inspirer tout ce qui est péché, que l'auditoire éclata en sanglots »,

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