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I. Réflexions utiles aux évéques

L'ÉVÊQUE de SALXTE-AGATliE. 107

poiQt à sévir, sa bienveillance et son indulgence étaient inépuisables envers ses diocésains. Sans vouloir appeler un opérateur de Naples pour se faire arracher ses deux dernières dents, il eut recours à un barbier des environs, qui ne pouvait guère travailler que le matin, étant généralement ivre après midi. Le patient supporta la maladresse cruelle et les lenteurs de son bourreau avec une héroïque tranquillité, lui disant seulement, à la fin, avec une ironie douce : « Maître Nicodème, désormais vous n'aurez plus ma pratique. » Il ne savait rien refuser aux indigents, et, en dépit des conseils de prudence qui lui étaient parfois adressés, craignait moins de donner mal à propos que de rebuter une vraie misère. Il avait à Tévéché tout un approvisionnement de médicaments usuels, et envoyait chercher les autres, avec des bons, chez les apothicaires. Il terminait volontiers ses journées au chevet des malades. Il n'hésitait jamais à procurer des lits aux familles nombreuses qui en manquaient. De lui-même il allait au-devant de la pauvreté qui se cache et ne veut être secourue que par des aumônes secrètes. Sa compassion et son dévouement trouvèrent largement à se dépenser durant Thiver 1763-1764- Une famine meurtrière, qu'il considérait comme un châtiment attiré par les progrès de TirréUgion, I consterna, dès le mois de novembre, le royaume des Deux-Siciles et seprolongea jusqu'au printemps. Alors la question des grains n'était pas simple ma-

tière à controverses spéculatives ou à spirituels dialogues, comme ceux de Tabbé Galiani*. Pour la résoudre, Tévêque de Sainte- Agathe ne prétendit inventer aucun système. Aux maux les plus criants, il se contenta d'opposer les seuls remèdes qui lui parussent de sa compétence et à sa portée, beaucoup de charité et une ferme réprobation de toute injustice. Ses provisions et ses ressources étant vite épuisées, il lui parut tout naturel de vendre le peu d'argenterie qu'il possédait, ses mules, son carrosse, la pierre précieuse de son anneau pastoral. Il réduisit encore ses modestes menus. Il ouvrit largement son évêché aux pauvres. « Ce qu'ils demandent leur appartient, » disait-il. En un temps où l'on voyait des êtres humains disputer aux animaux l'herbe des champs et la verdure des haies, il n'admettait pas qu'un vrai chrétien gardât plus que le strict nécessaire : c'est ce qu'il fit comprendre à un supérieur de couvent, qu'il trouvait trop peu généreux. Il ne se montra pas moins charitable pour arraclier un syndic innocent à la fureur d'une populace affolée, pour prévenir tout conflit avec les soixante cavaliers envoyés alors par le gouvernement, pour obtenir leur rappel, pour modérer la répression qui vint après des troubles que l'extrême misère rendait excusables. Et dans les tournées

I. Secrétaire d'ambassade à Paris, l'auteur des célèbres Dialogues sur le commerce des grains^ publiés en 1770, était compatriote de Liguori et devait mourir aussi en 1787, âgé de cinquante-neuf ans.

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