LEVEQUE DE SAINTE-AGATHE
pastorales qui suivirent, il ne se contenta pas de recommander aux curés le soin des malades si nombreux après une telle crise; il entreprit de protég^er les faibles contre les gens qui avaient profité du malheur général pour se livrer à l'usure, ou qui, torturant leurs débiteurs, les contraignaient de souscrire des obligations exagérées. Il fit appeler, rapporte Tannoia, les marchands et les financiers et leur enjoignit de ne pas s'écarter des règles de l'équité. Contre le fléau de la famine le saint gémissait douloureusement de ne pouvoir faire davantage. Mais il fut constaté que, dans son diocèse, le prix du pain haussait sensiblement moins que dans le reste du royaume.
A part de rares voyages à Nocera ou à Naples pour les intérêts de sa congrégation ou pour raison de santé, le pasteur ne quitta pas son troupeau. Durant cinq années, avant que son asthme l'obligeât à venir respirer l'air plus sec d'Arienzo, Sainte- Agathe fut sa principale résidence. Aucun faste dans son palais d'évèque. Il s'interdit même le clavecin dont le jeu était jusque-là son délassement favori. Au dîner, son principal repas, il se fait servir un potage commun [minestra]^ du bouilli, et c'est seulement pour ses invités qu'il ajoute un autre plat avec du fromage et des fruits. Sa chambre a pour tout ameublement un lit de pauvre, une table de travail, une image de Notre-Dame du Bon-Conseil et un crucifix. C'est là qu'il s'inflige de rudes pénitences, chaque matin, et que souvent il prolonge
ses veillées studieuses. Bien qu'il s'occupe de tous les détails de son ministère avec une conscience scrupuleuse, il sait trouver du temps non seulement pour écrire beaucoup, mais pour prier et méditer. Et il aime à présider aux offices solennels de sa cathédrale; il aime surtout, au déclin de chaque journée, lorsque sonne la visite au Saint Sacrement, à venir lui-même donner la bénédiction, après avoir adresse aux âmes pieuses une courte et fervente allocution. Et il est accueillant à tous, particulièrement aux petits, aux humbles, aux pauvres. On comprend qu'une telle vie, en plein xyiii*^ siècle, ait paru à un chanoine sicilien plus impressionnante que les magnificences de Naples ou de Rome. « En visitant Arienzo, écrivait-il, j'ai vu un saint évêqnc des premiers siècles. »
Si consciencieux qu'il se montrât dans l'administration de son diocèse, Liguori n'oubliait ni sa congrégation, ni les intérêts généraux de l'Eglise. De là, sans parler des maladies qui le brisèrent, des épreuves dont il souffrit cruellement. Car il était de ceux, assez rares il faut en convenir, pour qui les peines morales, j'entends celles qui blessent autre chose que de petites passions égoïstes, sont réellement douloureuses.
Après être venu présider à Nocera le chapitre
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général tic 1764 qui Tixe définitivement au livre des constitutions les règles et coutumes de la congrégation, il presse ses frères* de les observer fidèlement et de se renouveler dans leur ferveur première. Avertissements opportuns au moment où la trihulation est proche. En octobre 17G6, il écrit : « Nos adversaires ne visent à licn moins qu'à détruire la cono^ré£j;ation de fond en comble. Comment tout cela finira-t-il? Nous ne le savons pas. » Les vexations de JMafiFei à Iliceto prennent un caractère très menaçant. Il excite Sarnellî contre les Pères de Ciorani. Une lettre anonyme dénonce ceux de Caposèle. On éveille les soupçons du gouvernement. On répand le bruit que les Ilédemptoristes vont être traités comme les Jésuites proscrits en Espagne. On essaie d'émouvoir l'opinion par des calomnies variées, pendant que des poursuites judiciaires sont intentées par Maffei et Sarnelii. Pour conjurer un désastre qui paraît imminent, il faut que Tévéque de Sainte-Agathe se rende lui-même à Naples, en juillet 17^)7. Il remporte alors un beau triomphe par la seule force de sa sainteté. Il inspire à tous une telle vénération" que ses ennemis déconte-