‹ St Alphonse de LiguoriChapitre 43 sur 71 · LEVEQUE DE SAINTE-AGATHE · texte numérisé non relu

LEVEQUE DE SAINTE-AGATHE

acquérir le renom d'hommes d'esprit qu'en disant du mal des Jésuites, et que certaines gens acceptaient obstinément comme vrai tout le mal qu'ils entendaient dire de ces religieux. En France, une coalition puissante groupait contre eux les rancunes des jansénistes et celles de la marquise de Pompadour, la malveillance Iracassière des parlementaires et la haine intolérante de ceux qui prétendaient représenter la philosophie, la raison. Le duc de Choiseul put sans peine arracher à l'indolence de Louis XV l'édit du 6 août 1762 supprimant dans le royaume très chrétien la Compagnie de Jésus.

Au milieu de ces rudes épreuves une grande consolation fut ménagée aux persécutés. Dans la bulle yàjwstolicum du 9 janvier 1760, le Souverain Pontife adressa un éclatant hommage à leurs vertus et proclama les services rendus par eux au christianisme. L'évêque de Sainte-Agathe ne put contenir sa joie. Il écrivit à Clément XIII une lettre enthousiaste pour le féliciter et le remercier. D'autre part les disciples de saint Ignace semblaient pouvoir, dans une certaine mesure, compter sur la protection du roi d'Espagne, Charles III, roi volontaire et très attaché à l'Église, comme l'avait été sa mère, Elisabeth Farnèse, morte en 1766. Mais malheureusement il n'avait guère de clairvoyance d esprit, ni de pondération, et il montra bien que ces défauts-là ne sont pas toujours inoffensifs. Se laissant tromper par son entourage, acceptant en

aveugle la fable d'un complot ourdi contre sa couronne par les Pères, il devint subitement leur ennemi le plus acharné, les condamnant, sans débat, à l'exil sous peine de mort, et les faisant tous jeter, le 2 avril 1767, hors de ses États. Les motifs de sa conduite devaient, notifiait-il au Pape, rester éternellement ensevelis dans son cœur royal. Trois mois plus tard, Alphonse écrivait à une bénédictine de Naples, qui a reçu quelques-unes de ses meilleures lettres de direction, sœur Brianna Carafa : « Je prie Dieu continuellement pour la Compagnie. ... Je n'écris h aucun de ses membres, car je ne sais que dire — Je ne sais plus qu'adorer les jugements de Dieu, prier et pleurer à ses pieds. » — La contagion de proscription épargnerait-elle Naples? En novembre, Liguori gardait encore confiance. Et pourtant, dans ce mois même, l'expulsion fut consommée. Le jeune Ferdinand IV avait essayé de résister, et il avait manifesté quelques scrupules. Mais l'évêque qui dirigeait sa conscience lui démontra qu'un bon fils doit obéir à son père, et le roi d'Espagne commandait impérieusement. Enfin l'orage gagna Parme. Un ministre imbu des idées françaises, Dutillot, Marquis de Felino, fit rendre par l'infant Ferdinand, neveu de Charles III, un édit qui lésait les droits du Saint-Siège, en janvier 1768. Clément XIII répondit par un bref d'excommunication. On répliqua en chassant les Jésuites. Les trois cours de Versailles, de l'Escurial et de Naples sommèrent le vieux Pape de lever son

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excommunication. Comme il résistait, Avignon fut occupé par les troupes françaises, Béuévent et Pontocorvo par les troupes napolitaines. — « Priez pour TEglise, recommandait saint Alphonse à sœur Brianna Carafa^ C'est une misère de voir comment les affaires s'embrouillent de jour en jour. Nul moyen humain d'y porter remède. Il faut prier. » La situation du Saint-Siège était bien critique lorsqu'en mai i y 6g un conclave, sur lequel on s'était efforcé d'exercer une pression éhontéc, donna la tiare au cardinal franciscain Ganganelli, qui prit le nom de Clément XIV. On lui adressa de suite une injonction qui avait profondément affligé les derniers jours de son prédécesseur, l'injonction de supprimer les Jésuites. Au lieu de répondre par un refus catégorique, il essaya seulement de temporiser. Engagé dans cette mauvaise voie, il devait presque fatalement aller jusqu'au bout. Ses lenteurs irritaient l'impatient et violent roi d'Espagne. A Naples, Tanucci devenait de plus en plus arrogant et tracassier. L'impératrice d'Autriche, Marie-Thérèse, qui longtemps avait défendu la Compagnie, lui déclarait aussi la guerre (1772) sur les instances, dit-on, de sa fille Marie-Caroline, reine de Naples. Le Pape n'avait plus aucun moyen de se dérober à l'exéculion de ses imprudentes promesses. Le 21 juillet 1773, il signa le bref Doiniiius ac Redemptor^ supprimant l'ordre des Jésuites. Il avait cru, bien

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