‹ St Alphonse de LiguoriChapitre 44 sur 71 · I. 25 juin 17G · texte numérisé non relu

I. 25 juin 17G

qu'il les sût injustement attaqués, pouvoir les sacrifier pour le bien de la paix. Il n'obtint la j^aix ni pour FÉglise, ni pour lui-même. On lui rendit seulement la possession d'Avignon, de Béncvent et de Pontecorvo.

A la nouvelle de la décision pontificale, l'évêque de Sain te- Agathe fut atterré. Il commença par garder le silence, mais sa physionomie exprimait combien son cœur était atteint. Alors il se contenta de dire : « Volonté du Pape, volonté de Dieu. » Et lorsqu'il entendait condamner le Saint Père, il répondait : « Pauvre Pape, que pouvait-il faire?... Pour nous, adorons en silence les jugements de Dieu et tenons-nous en paix^ Ne restât-il qu'un seul Jésuite au monde, il suffirait pour rétablir la compagnie. »

On sait dans quelles angoisses et dans quels troubles le pauvre pape termina son amer pontificat de cinq années. Alphonse compatissait profondément à ses afflictions, et recommandait sans cesse de prier pour lui. Clément XÏY, d'ailleurs, ne survécut pas longtemps à la Compagnie de Jésus. Il s'éteignit le 22 septembre 1774» ^^ matin. Or, depuis la veille, rapportèrent les témoins les plus

I. Aussi dans la lettre qu'il écrivit en octobre 1774 a^i préfet de la Propagande qui lui avait demandé ses avis et ses conseils sur le choix et le rôle d'un nouveau pape, il ne dit mot des Jésuites. Bien plus, en oIFrantsa Traduction des Psaumes (1774) à Clément XIV il loue sa « glorieuse prudence ». On est un peu surpris, bien que ce soit dans une dédicace.

L'ÉVÈQUE de SAINTE-AGATHE. 119

autorisés, Alphonse élait demeuré sans mouvement, sans parole, comme endormi sur le fauteuil où il s'était assis après avoir dit la Messe. Il ne se réveilla qu'à l'heure même, on le sut plus tard, où le Saint-Père venait d'expirer; et ayant sonné le frère de service, il lui dit simplement : « J'ai assisté le Pape qui est mort maintenant \ »

C'est au nouveau Pape, élu en février 1770, à Pie VI que l'évèque de Sainte-Agathe, en juillet suivant, fit accepter sa démission. Il l'avait déjà offerte à Clément XIII, puis à Clément XIV, ne la retirant que par obéissance, et aussi en 1770, pour ne pas laisser son diocèse au trop médiocre prélat qui alors semblait son successeur inévitable. jMais il était maintenant entré dans sa quatre-vingtième année et littéralement brisé par la maladie. Durant l'été 1768, une crise aiguë de sciatique, au cours de laquelle il avait su profiter d'un léger répit pour prêcher une neuvaine de pénitence, l'avait cloué sur un lit de douleurs. Au milieu d'août, on le croyait perdu et l'on réglait déjà la cérémonie de ses funérailles. Cependant, rapporte Tannoia", « il attendrissait tout le monde par ses élans d'amour envers Jésus-Christ et la très Sainte Vierge Marie. — Seigueur, disait-il, je vous remercie de me don-

1. Des pliënomèues semblables de bilocatiou sont rapportes de plusieurs saints, notamment de saint François Xavier, de sainte Lydwiuede Schiedam (voy. sur cette sainte le récent volume de M. J.-K. Iluysmans, 1901).

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