I. Traité contre les hérétiques prétendus reformés
On connaîtrait bien mal la foi chrétienne si Ton imaginait qu'elle n'est qu'une spéculation. C'est une vie, et des œuvres ascétiques de Liguori se dégage cet enseignement, que, pour la nourrir, deux aliments sont constamment nécessaires, la prière et le sacrifice.
Saint Alphonse a été nommé l'apôtre de la prière, et c'est un titre qu'il eût accepté avec bonheur. Il pensait n'avoir rien écrit de plus utile que le court opuscule qu'il eût voulu faire parvenir à tous les chrétiens et qn'il avait intitulé : Du gi^and moyen de la prière (i jjq). La prière lui semble aussi nécessaire à la vie spirituelle que le pain à la vie du corps, l'humidité à la vie des plantes. Elle ouvre fâme aux dons divins. Elle suppose et elle exerce ce qu'il considère, avec saint Bernard S comme la vertu capitale, celle qui fonde toutes les autres et qui seule les sauvegarde, celle qui, au dire de saint François de Sales, attire Dieu aussitôt, celle dont la valeur a été révélée au monde ])ar les prodigieux
I. Voy. Gloires de Marie, et aussi Prndijiu; de l'amour envers Jéius-C/irist, et la Religieuse sanclifie'e. — Le 4 avril lySo. Liguori écrivait encore, s'adressant à ses jeunes neveux : « Soyez humbles.... Faute d'humilité vous ne ferez jamais rien de vraiment bon.... Dieu résiste aux superbes; mais il traite les humbles avec miséricorde, il les regarde d'un œil de bonté, il en fait ses vcritaldes amis, u
abaissements clu Verbe incarné, riiumilité. Comment aura-t-on accès à la religion si Ton ne commence par se sentir petit et misérable devant ce que Ton entrevoit du divin, si l'égoïsme arrogant ne llécbit un peu pour faire place à la confusion du péché, au désir d'être pardonné et secouru? Et plus une âme recevra, plus vivement elle sentira la grandeur, la gratuité de la souveraine Bonté. Notre frcle moralité est constamment menacée, tantôt par la présomption, tantôt parle désespoir. Contre ces deux dangers, Tàme humble se trouve protégée, défiante d'elle-même, confiante en Dieu. Elle est moins exposée qu'aucune autre à succomber aux tentations, et, si elle a le malheur de succomber, moins proaipte à s'étonner, s'irriter et se découraorer. « Les Ames trop sûres d'elles-mêmes font trembler\ » Or, cette humilité, que saint Alphonse ne craint pas de proposer à tous comme le principal objectif, est vraiment si voisine de la prière que parfois Tune et l'autre paraissent vraiment se confondre. Il faut être humble pour bien prier, et l'on ne peut être humble sans beaucoup prier. Ce n'est donc pas faire dépendre le salut d'une condition arbitraire, en quelque sorte, et injustifiable, que de dire : « Celui qui prie se sauve, celui qui ne prie pas se <^lamne. — Si vous priez, votre salut est assuré; si vous cessez de prier, votre perte est certaine. y> Montrant bien que la prière est la condition si/ie