I. Lettre da 5 janvier
fjua non tle la vie religieuse, à son début coîiime dans son développement, Liguori n'a-l-il point par là même jeté quelque lumière sur le problème toujours ouvert, et récemment agité, du rôle de la conscience et de la volonté dans la conquête de la foi? 11 dispose à comprendre que le premier devoir <le Tâme qui s'éveille à la notion de Dieu, c'est de tendre, en quelque sorte vers Lui, de Le chercher, de Lui faire appel. Si Ton se détourne, si Ton s'enferme dans sa suffisance orij^ueilleuse ou indifTérente, on se rend coupable d'une faute qui justement aura des suites. Celui qui refuse de regarder ne peut voir. Ne faut-il pas dire aussi que celui qui refuse de prier ne peut croire? « Les vérités éternelles sont des choses spirituelles, que l'on ne voit pas avec les yeux du corps, mais seulement avec ceux de l'âme. Celui qui ne prie pas ne les voit pas*. » L'auteur de ces lignes, sans se donner des airs de profond penseur, sans quitter son habituelle simplicité de ton, s'est montré là clairvoyant psychologue, comme lorsqu'il indique l'asservissement qui résulte des habitudes mauvaises, et ce que chaque péché porte avec soi d'aveuglement'.
1. Bt flexions pieuses sur divers points de spiritualitc^ XIV\
2. Préparation à la mort, XXll. — Il ne manquait pas non })lus de finesse le directeur qui écrivait à une religieuse : « Demandez conseil afin de connaître et d'embrasser la vérité qui vous sera montrée, non dans iintention arrêtée de vous faire donner raison o (mars ijSS) ; — ou à une autre (sept. 1767) qui avait peur des revenants : 0 Les morts s'occupent de leurs afTaires et ne songent nullement
Au point (le vue tliéologique, renseignement de Liguori sur la prière se rattache à toute sa doctrine sur la grâce, et lui apparaissait comme la meilleure solution de difficultés qui, autrement, lui eussent semblé presque inextricables. Comment en efTei concilier d'une part la souveraine efficacité [ab intrinseco)^ affirmée par des textes décisifs, de grâces auxquelles on ne résiste pas, mais qui ne sont certainement pas accordées à tous les hommes, et d'autre part la volonté de sauver tous les hommes, volonté qu'il faut prêter, en dépit des jansénistes, au Christ Rédempteur? C'est qu'il y a une grâce suffisante (ab exlrinseco)^ commune à tous les hommes, la grâce de prier, au moyen de laquelle, si l'on y correspond, on obtient toutes les autres grâces dont on a besoin pour arriver au ciel. Nul ne peut donc se plaindre de n'avoir pas eu la laculte de se sauver. Saint Alphonse dans cette théorie n'entend que commenter la formule, si vigoureuse et si pleine, que le Concile de Trente a empruntée à saint Augustin : Deus impossibilia non jubet^ sed jubendo nionet^ et facere quod possis^ et petere quod non possis, et adjuçat ut possis.
S'étonnera-t-on que celui qui sentait si profon-
à nous apparaître : ne pensez plus à ces imaginations, et, je vous l'assure, vous n'aurez dans votre cellule ni morts ni démons. » L'un des plus pieux ouvrages de Liguori, La religieuse sanctifiée, se termine à peu près ainsi : « li'amourpropre a des racines trop profondes eu nos cœurs pour que nous puissions l'arracher : tâchons du moins d'en coupei' les pousses. »
clément ce que vaut la prière ait tenu en très liante estime la vie contemplative? Il la regardait comme le plus bel hommage que la terre puisse rendre à Dieu, et comme l'une des plus grandes forces qui puissent lutter contre le mal, secourir et sauver les pécheurs. Mais dans toutes les vies chrétiennes il voulait faire place à l'oraison. Il ne la réservait nullement aux gens de culture ou de loisir. Il la croyait praticable et indispensable 4\u peuple; il prescrivait à ses missionnaires de la lui enseigner, sans se contenter des prières vocales qui ne sont trop souvent qu'une routine machinale, dont l'esprit est absent. On appelle oraison, tout simplement, la prière de l'âme qui s'est vraiment mise en présence de Dieu, qui Lui parle et qui L'écoute. Pour cet exercice, saint Alphonse ne l'astreint pas à une méthode trop rigide. Il la laisse s'abreuver assez librement dans la méditation, sous le regard du Maître. Il la compare gracieusement* à une colombe, qui boit quelques gouttes dans un clair ruisseau et puis qui lève les yeux au ciel. Voici les conseils qu'il donne : « Voyez ce qui vous attire davantage, et méditez sur ce point-là. — Cherchez à vous unir à Dieu par la volonté, mais toujours par des actes suaves et sans contrainte. Lisez un peu, puis laissez le livre. — Quand l'âme se sent touchée de quelque pieux sentiment, on doit cesser de lire et s'occuper de recueillir les fruits de la