Lettre du 2 avril
2. Car certainement il ne manque pas, en notre nature non ordonnée, de tendances à refréner, d'appétits à contrarier.
tion dévouée à tous les siens, leur abandonnant généreusement (1770) une part de grosse succession qui lui eût été fort utile, les suivant avec une constante sollicitude, les aidant de ses prières, sans épargner les conseils, donnés parfois avec une vive franchise; qu'il ne méconnaissait pas enfin, et qu'il avertissait, que le détachement vraiment méritoire est celui qui consiste à se déprendre de soi-même, de sa propre volonté, les autres sortes de détachement ne coûtant guère à certaines natures. Sans doute il se peut que la recherche des mortifications prenne çà et là des formes qui choquent, et s'égare en déviations qui ne sont pas à louer. L'ascétisme n'est pas plus que le mysticisme à l'abri de toute fausse application. Mais comment condamner, au fond, les vaillants qui cherchent dans cette noble voie une solution à l'inévitable problème de )a douleur? En tout cas, ceux qui prenant l'offensive vont droit à elle, et l'embrassent, en quelque sorte, afin de prouver à Dieu et aux hommes que leur amour est plus fort qu'elle, ceux qui, dédaigneux de leurs propres peines, sont d'autant plus pitoyables et charitables aux peines du prochain, ceux-là se montrent sûrement les vrais serviteurs du Christ et les frères de ses martyrs ^
Dans la vie de frère Gérard Majella (1726- 1755), l'humble disciple de Liguori dont l'Eglise a auto-
I. liiguori a montré les fortes leçons de vaillance qu'ils nous donnent dans ses P'icloires des martyrs des premiers siècles et du Japon (lyyô).
risé le culte*, au milieu du récit d'humiliations et de tortures dont plus d'un lecteur éprouverait une impression pénible de malaise et de révolte, on rapporte que, veillant une nuit devant le Saint Sacrement, cet amant passionné de la souffrance entendit son Maître lui murmurer, avec une tendre familiarité, ce mot de reproche : « Pazzarello (petit insensé) ! » Et Gérard s'enhardit à répondre : « Vous êtes plus insensé encore, ô mon Jésus, vous qui demeurez ici emprisonné pour moi. » Ainsi la souffrance est toute pénétrée d'amour. Elle sert h le témoigner et à l'exercer. On peut bien dire avec le maître de frère ^lajella : « O belle souffrance, ô bel amour, que d'aimer en souffrant, et de souffrir en aimant" ! »
Une vie mortifiée n'est donc pas une vie attristée. Avec son immense labeur, avec sa sévérité presque ombrageuse à l'égard de tout ce qui expose h pécher contre la jîureté, saint Alphonse ne pouvait réserver dans son existence une grande part au rêve poétique, ni à l'art. Il ne paraît pas cependant avoir été insensible à la beauté des spectacles qu'offrent la campagne, la mer et le ciel. Elle se reflète parfois dans ses œuvres, et il lui semble qu'elle élève vers Dieu l'àme qui sait volr^. Il aima la musique en vrai connaisseur, composant pour ses pieux can-