‹ St Alphonse de LiguoriChapitre 54 sur 71 · Lettre de septembre · texte numérisé non relu

Lettre de septembre

3. Voy. Manière de converser avec Dieu, et dans ï Evidence de la foi, réflexions pour tirer parti des choses visibles.

tiques des mélodies qui ont été longtemps chantées par le peuple napolitain et dont un duetto * nous est parvenu qui nous charme encore. Mais surtout il recommandait d'éviter Thumeur morose et maussade. Il prêchait d'exemple, gardant sans cesse un aimable enjouement, qui ne le quitta guère que momentanément, en son extrême vieillesse, au cours d'une épreuve particulièrement cruelle. Même aux heures de sécheresse et de désolation, il ne voulait pas que Ton se laissât trop assombrir et abattre. Dans sa correspondance^ abondent les avis tels que ceuxci : « Dilatez votre cœur par la pensée de la bonté de Dieu et des mérites de Jésus-Christ. — Laissezvous mener comme il plaît à Dieu. Prenez patience. — Faites-vous violence pour ne pas manifester de mélancolie en présence de vos sœurs. Tachez de vous montrer joyeuse, autant que faire se peut, et soyez obligeante pour tout le monde. — (La mort est proche.) Je désire que vous alliez au-devant d'elle avec un visage joyeux et non en pleurant. Le Dieu que nous servons est un bon maître. — Dilatez votre cœur. Nous avons affaire à un Dieu qui dé-

1. De ce Chant de la Passion édité par le P. Bogaerts dans son Saint AlpJwnse musicien et la réforme du chant sacré (Lethielleux, 1899) et tiré à part, M. Camille Bellaigue, dans i>es Silhouettes de musiciens^ écrit : « Ce duo, que précède un pathétique et pittoresque récitatif, est du style le plus pur. Touchant et brillant à la fois, il est beau comme une Pieta de marbre, de cette beauté italienne, encore à demi antique, et que n'altère pas la douleur. »

2. 3o janvier 1747, 3o mai 1751, 5 juillet i753, 14 juillet 1776, 5 décembre 1783, 3o août 1784.

borde traniour : vouloir délibérémenl se défier de Lui est une chose insensée. — Soyez joyeuse, et fuyez la mélancolie comme une pesle. »

Si Taustérité personnelle reste fun des traits les plus marquants de Lig^uori, ce n'est pas, semblet-il, sans quelque dessein providentiel. En voyant cet émule des plus rudes pénitents s'obstiner et s'ingénier h se faire cruellement souffrir jusqu'en ses maladies et en son extrême vieillesse, on est tenté de crier grâce; on se demande, déconcerté, pourquoi il fut soumis à de si longues et si dures épreuves. -Mais lorsque Ton réfléchira que ce saint devait lutter contre le rigorisme janséniste, et par suite être inévitablement accusé de morale relâchée, peut-être ne jugera-t-on pas inutile qu'il ait offert, aussi follement accusée, cette empreinte d héroïque sacrilice.

Croyant profondément au Christ sauveur et à son Église, sentant profondément la misère humaine, il était inévitable que Liguori eut vivement à cœur de propager l'usage des sacrements. Mais à part le baptême dont peut bénéficier le plus petit enfant, avant aucun éveil de la raison, ils n'agissent pas tout seuls, sans rien exiger de qui les reçoit. Quelles dispositions devront être requises? C'est ce que le prêtre aura sans cesse à examiner, spécialement à

propos des sacrements qui, pouvant être conférés plus d'une fois et ne supposant pas des circonstances exceptionnelles, offrent à la vie chrétienne son aliment régulier, la Pénitence et la Communion. Avec des dispositions médiocres, on ne profitera guère de leur vertu, et ce serait une insulte sacrilège à la divine Bonté que de s'approcher d'eux avec des dispositions mauvaises. Faut-il donc les réserver aux parfaits, suivant la formule janséniste, saiicta sanctis? Combien plus volontiers saint Alphonse eût adopté une autre formule, chère au cardinal Gousset, et certainement plus conforme aux miséricordieux desseins du Rédempteur, sacramciita propter ]iomines\ « Je sais bien, disait-il* de l'Eucharistie, que les anges n'en sont pas dignes, mais Jésus- Christ a daigné l'accordera l'homme pour le soulager dans ses misères. » Il gémissait de voir le « sang de Jésus-Christ méprisé et foulé aux pieds » par des gens se prétendant appelés à rendre au christianisme sa pureté primitive. Pendant que ceux-ci élevaient des barrières à peu près infranchissables entre les âmes et les sources de la grâce, d'autres, pour absoudre le pécheur, ne lui demandaient vraiment point assez. L'auteur de 6*^/^(2, qui les jugeait plus nombreux, ne trouvait pas que ce fût une compensation. Ni rigoristes, ni laxistes ne savent bien user des sacrements.

C'est afin d'éviter ces deux écueils, afin de ne

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