‹ St Alphonse de LiguoriChapitre 64 sur 71 · I. Liv. IV, cliap. XXXV · texte numérisé non relu

I. Liv. IV, cliap. XXXV

rassurées dans leurs craintes, était lui-même le jouet des tentations et des illusions du démon, au point

qu'il en perdit la paix et la sérénité Il eut tout

h endurer, révolte des sens, pensées de vanité, présomption, incrédulité. » Le Père Villani lui rappelant un jour le beau texte dans lequel Ezécbiel fait dire à Dieu : Nolo mortem impii^ sed ut convertatur et uwai^f « que de fois, s'écria-t-il, ne l'ai-je pas cité aux pécheurs pour ranimer leur confiance, et voilà que je Tavais oublié! » ïl connut dans leur plénitude les plus amères tristesses des vieux jours, non seulement la souffrance de se voir isolé, dédaigné, jugé en enfance et rabroué, mais aussi la mortelle angoisse de s'échapper à soi-même, en quelque sorte, de sentir s'en aller sa force, son calme, les vertus que l'on croyait acquises et qui paraissent sombrer dans l'obscurité, le trouble et l'impuissance. La prière même ne lui apportait plus aucun réconfort. « Je m'adresse à Dieu, gémissait-il *, et, à chaque parole que je dis, il me semble que Dieu me rejette. » Ces tourments se prolongèrent à peu près dix-huit mois, en 1784 et 1^85. « Je souffre un enfer », disait-il h un visiteur qui s'étonnait de ne plus lui retrouver alors sa constante gaieté.

Cependant, jusqu'au bout, il demeura fidèle, dans toute la mesure de ses forces, à l'accomplissement

1. Je ne veux pas la mort du pécheur, je veux qu'il se convertisse et qu'il vive.

2. Les vies de saint Grégoire de Naziance et de saint l''raucois de Sales lui furent alors une lecture bienfaisante.

de ses lâches ordinaires et de ses exercices pieux. Il n'était pas de ces gens fiers qui dédaignent les petites occasions de pratiquer la vertu, se réservant pour les grandes. Ces dernières sont rares, et, d'ailleurs, est-on sûr qu'elles trouvent prêts ceux qui auront négligé les premières? Pour lui, reprenant une pensée familière à saint Jean Berckmans ', il se plaisait à répéter : « Je ne veux pas de grandes choses : si peu que ce soit, pourvu qu'on soit constant. » Il continua ses conférences du samedi à ses religieux jusqu'en novembre 1780 : la dernière fut consacrée à l'un de ses thèmes favoris, l'efficacité de la prière. Il prêcha encore, au mois de juin suivant, devant les religieuses du monastère de la Pureté, où il dut accepter une belle gerbe de fleurs à mettre aux pieds de la Sainte Vierge ; il prêcha, en juillet, au couvent des Clarisses, enseignant toujours l'amour de Jésus et de Marie. Il célébra sa dernière messe le 9.5 novembre i;785. Il resta, jusqu'à la fin, ardemment avide de visiter le Saint Sacrement et de recevoir la communion. « Donnez-moi Jésus- Christ », répétait-il souvent. Et il ne voulait omettre aucune de ses dévotions accoutumées, ni V^ngelus qu'il n'entendait plus sonner, étant sourd, mais dont il se faisait avertir, ni le Rosaire, avec la succession des mystères qui déroulent toute l'histoire de la Rédemption. Et les enfants, dont il aimait tant la candeur, se laissaient attirer par sa bonté souriante,

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