I. Qu'idquld modicum. dumnwdo sit constans
l'entouraient volontiers. Et, malgré toutes ses tortures, ce vieillard, dont le cœur était resté si tendre, ne donnait pas l'impression triste que Ton éprouve souvent auprès de malades qui ont beaucoup moins à souffrir, mais qui ne savent pas tourner leurs souffrances en exercice d'amour.
Une fièvre intense, après une violente attaque de dysenterie, avertit, à la fin de juillet 1787, que l'on touchait au dénouement. Le 22, F Extrême-Onction fut administrée au moribond ; le 23, on lui récita les prières des agonisants, et il donna sa bénédiction, d'une voix nette encore, non seulement aux religieux qui l'entouraient, mais à toute sa congrégation, et aux maisons des Etats pontificaux, et au roi de Naples, à ses ministres, à ses généraux, à ses magistrats. Le 28 juillet, il communia pour la dernière fois. 11 souffrait cruellement et demandait surtout que l'on ne cessât de lui suggérer de pieuses affections. Quelques années auparavant, comme on lui lisait l'un de ses premiers livres Les gloires de Marie ^ où il retrouvait les sentiments auxquels il tenait le plus, il avait éprouvé un vif contentement et dit avec une joie simple : « Il y a une grande douceur, au moment de la mort, h penser que l'on a pu contribuer à implanter dans les cœurs la dévotion à la sainte Vierge. » Et dans le même ouvrage*, il n'avait pas craint, après saint Bonaventure, d'adresser à son immaculée Souveraine cette
I. i'* partie, chap. x. Même demande dans les prières à la Sainte Vierge pour chaque jour de la semaine, le mardi.
supplique tendre et hardie : « Je vous conjure de venir au-devant de mon àme, lorsqu'elle sera au moment de quitter ce monde, de la consoler par votre présence, et de la recevoir entre vos bras! » Il semble bien que sa demande ait été exaucée. Troubles et scrupules étaient loin : une admirable sérénité régnait dans son âme apaisée. A son dernier soir, le 3i juillet, alors que déjà il était entré en agonie, on vit à deux reprises ses yeux se fixer sur l'image de la Vierge, et s'illuminer d'une mystérieuse extase, dont rayonna tout son visage avec un suprême sourire de bonheur. Le lendemain, il expira doucement, au moment où la cloche du couvent tintait VAiigelns de midi.
Ses funérailles furent un triomphe. L'évêque de Nocera aurait voulu promener à travers toute sa ville les dépouilles du saint, comme un glorieux trophée. Il lui fallut vite renoncer à son projet devant la vigoureuse opposition des habitants de Pagani, bien décidés h ne pas se laisser dessaisir des précieuses reliques. Porté par les quatre recteurs des maisons napolitaines, le corps ne sortit guère du couvent que pour rentrer dans le sanctuaire. Il fut placé sur un catafalque peu élevé, autour duquel défilèrent prêtres et religieux, gentilshommes et peuple, plus de dix mille personnes, assure Tannoia. On lui prodiijuait les témoif^nai^es de dévotion et l'on obtenait à son contact de merveilleuses guérisons. On était avide de voir une dernière fois celui dont jamais plus on ne rencontrerait le visage bienveillant et
grave, avec son large front, ses cheveux jadis noirs et blanchis maintenant, ses profonds yeux bleus, ses lèvres si souvent souriantes, d'où étaient tombées tant de paroles pénétrantes et bonnes. Le soir du 1 août, pour Tensevelissement, ce ne fut pas sans peine que Ton fit évacuer l'église, où allait être inhumé Mgr de Liguori et où ses restes vénérés reposent encore aujourd'hui.