ÉPILOGUE
Celle-ci s'est exercée encore, non moins efficacement, par la clifTusion de sa théologie morale. En faisant triompher dans TEi^lise, au tribunal de la Pénitence, le principe d'un probabilisme modéré, il n'a pas seulement, de son temps, ouvert à bien des âmes l'accès des sacrements; il a établi une protection sérieuse contre le rigorisme exagéré que des directeurs peu sages pourraient être tentés d'imposer. En eflet, si, comme règle de conduite personnelle, il y a quelque danger à se contenter trop facilement d'une opinion probable, et surtout à ne pas interroger assez attentivement sa conscience, on doit considérer comme acquis et inattaquable, en dépit de controverses que l'on aurait tort de prolonger ou de raviver, ce principe qu'un confesseur n'est pas en droit d'obliger son pénitent à observer une loi qui n'est pas certaine. Or, c'est bien la thèse capitale que saint Alphonse a victorieusement défendue. Il disait à ses contradicteurs qu'il se serait cru gravement coupable en appliquant d'autres principes pour juger autrui, et il exprimait bien alors le fond intime de sa pensée en rappelant la belle maxime formulée par saint Jean Chrysostome : « Sois sévère pour toi-même, indulgent au prochain*. »
L'influence bienfaisante de Liguori s'est étendue aussi par des rayonnements indirects, dont il est difficile de mesurer l'amplitude. Si son enseigne-
I. Clrca vltam tuani esta austcrus, circa alienam benlgnus. Apologie {17G9), in fuie.
ment n'eût fini par avoir raison des exigences inintelligentes et décourageantes dont le jansénisme et la routine hérissaient la pratique des devoirs religieux, l'apostolat des divers missionnaires qui^ en tant de villes ou de villages, ont entretenu la foi chrétienne, eût-il été seulement possible à tenter? L'idée-mère d'une œuvre qui a beaucoup multiplié les missions en France, l'Œuvre des Campagnes, ne dérive-t-elle pas tout à fait de son esprit? Que de prédications vraiment évangéliques auxquelles son influence, de près ou de loin, n'est pas étrangère ! Et, d'autre part, il est manifeste qu'à ses dévotions préférées se rattachent les principaux développements de la dévotion catholique au xix^ siècle. Ne peut-on dire plus? Celui quia rouvert à la piété ses sources traditionnelles et profondes, n'a-t-il pas ainsi favorisé la renaissance du culte des saints, l'aptitude à goûter leur histoire, leur légende, et leurs œuvres, même mystiques ?
La liturgie du Carême \ pour louer la bonté, emprunte au prophète Isaïe un texte admirable, et qui s'applique bien à Liguori. « O vous qui vous serez donné à ceux qui ont faim, vous qui aurez soutenu les âmes affligées, vous serez comme une lumière qui se lève dans les ténèbres, comme un jardin toujours arrosé, comme une source dont les eaux ne tariront pas. » Et l'œuvre de saint Alphonse fait songer encore à ces mouvements de charité dont la gran-