‹ St. Augustin de Canterbury et ses compagnonsChapitre 13 sur 15 · MM AU. l -.IIS l'I- i-.wrLKHUHV · texte numérisé non relu

MM AU. l -.IIS l'I- i-.wrLKHUHV

(MiiviL-K sur uiiR jiulr«, et ptirtuut des >illns liriqueiiMiCH. fieptiinc Sévère en fil une ctipuale i |iruvîare et un centre miliiaîrc; Conslntice CUm! lu prit pour résidence; Coiistantin y naquit, et, en suiiveuîr de ce grund ('; vouement, la ville complo jiluKtiird jusqu'à iroU éjf Use» dédiées à sainte Hélène.

Depuis longtemps snus doute, Flburacum avait sa l'iirétienté et ses basiliques. Son évéque Eborlus siégea au cuDcile d'Arles, Les légendes noraineni purnii ses successeurs saint âamson de Dol en Bre^ ta^ne, et Pjramus, chiipelain du roi Arthur, On connaît le nom du dernier évèque, Tadioc, qui, à la lin du sixième siècle, s'enTuit devant les Aug'Iais avec son peuple, comme celui de Londres, et se réfugia dans le pnys de Galles (t).

Kburacum dès lors tombait en ruines ; mais, au temps de Cfiarlemagne, il en restait encore asseï [loiir iirraclior dos cris d'admiration an iiii.iiie Alvuia qui \ avii'tL été élevé. C'est au niiJieu de fXi murailles massives, de ces temples encore deboul, de ce luxe dégradé, mais toujours merveilleux pour des yeux de barbares, qu'Edwin s'établit.

Du haut des vieilles tours romaines en pierres de taille et assises de briques, il voyait à quelque* milles, du côté de l'ouest, la lisière d'une imniens* forêt, Elmet, cachant derrière ses profondeurs ui royaume breton. Le jeune roi avait là une injure venger, rcmpoisonnemeni de son oncle Héréric a forétfut conquise, ettoute la province, en arrière jusqu'à la mer d'Irlande. Puis, du port de Chester

(i) Dixc.ii, /,iVwo///<carel.)(i,il.op.'^oJ- Vovk,\.\,wVï^i&.

SAINT PAULL\ D'YORK. 1G7

il s'embarqua pour soumettre les îles de Man et d'Anglesea.

Cependant Rœdwald était mort, et avec lui son œuvre ; peu à peu les provinces du centre passèrent a Edwin. Au bout de quelque temps, le Wessex était le seul royaume important qui n'eût pas encore cédé à la pression du nord.

Le Kent, à cette époque, était bien peu de chose. Edwin cependant, pour diminuer d'autant les chances du dernier adversaire qui lui restait, chercha l'alliance du fils d'Ethelbert, Eadbald, en lui demandant la main de sa sœur Tate, ou Ethelburga. C'est là que Dieu l'attendait pour lui donner la foi. « Une première fois, raconte le vénérable Bède, il avait présenté sa requête par ambassadeurs. La réponse fut qu'une vierge chrétienne ne pouvait être donnée en mariage à un païen, de peur que sa foi et les sacrements du roi céleste ne fussent profanés parle voisinage d'un roi ignorant le vrai Dieu. Cette réponse portée à Edwin, le roi promit de ne rien faire de contraire a la foi chrétienne professée par cette jeune fille. Il lui permettrait à elle, et à tous ceux de son culte, hommes et femmes, qui la suivraient, la liberté pleine de vivre en chrétiens. Il ne se refusait pas non plus à embrasser lui-même cette religion, si, examinée dans le conseil des sages, elle était reconnue meilleure et plus digne de Dieu.

(( La jeune fille est donc promise et envoyée à Edwin : et, selon les conventions, on ordonne évêque, un homme chéri de Dieu, Paulin, qui devait la suivre, elle et ses compagnons, pour les empêcher àe se souiller au contact des païens, eV, ^^^ ÔlÇ^s

i»?î? <.uyr al«;l sTiN de c.\nterbury.

e\hortatîoas quoûJieaaes, par la célébration des m > stères, les confirmer dans leur foî.

u L^ordînution fut faite par rarchevèque Justus, le i '2 des kalendes d*aoùt ^ Tan de rincarnation du Seigneur 6-1 i i ».

Le nouvel êvèque nous est connu. Il était venu de Rome, en 60 1. avec Mellitus; et, depuis ce temps, sous Vui^ustin et ses successeurs, il avait travaillé avec un «jrand zèle à étendre le règne de l'Evangile. Le champ d'apostolat que la Providence ouvrait devant lui était immense : c'était près de la moitié de r Vugleterre» régions médiocrement peuplées, et où les centres de population étaient séparées parde vastes solitudes, forêts, marécages, bruyères. Si quelque débris des races anciennes subsistait^ cela se réduisait à si peu de chose que l'histoire ni la légende uVu ont gardé souvenir ^1). Seule la philologie fournit de rares indications : encore, les mots celtiques êpars dans Tanglais moderne ont pu y filtrer à des époques postérieures, par suite des rapports entre les comtés >velches et les comtés anglais de Touest. C'était donc le paganisme pur que Paulin rencontrait.

Les premiers temps furent pénibles à Tapotre; car il prenait sa tache au sérieux. « Il était entré chez le roi Edwin avec la jeune princesse, pour In» servir de compagnon dans son hymen terrestre, •— c'est le vénérable Bède qui parle. — Mais lui, appliqué de toute sou àme à mener la nation, où il venait

( t ) hède IL 9.

^) Greeu, op. W/.. p. ijj.

d'arriver, jusqu'à la connaissance de la vérité, cherchait, selon le mot de Tapôlre, à en faire la chaste épouse de Tunique époux, le Christ. Quand il fut dans cette province, il travailla beaucoup à empêcher, Dieu aidant, les défections de ceux qui l'avalent suivi, et, s'il le pouvait, à amener par sa prédication quelques infidèles a la grâce de la fol. Mais, comme le disait l'Apôtre, après avoir beaucoup travaillé par la parole, il vit bien que Satan, le dieu de ce monde, avait aveuglé l'esprit des gentils, pour que ne brillât pas a leurs yeux l'éclat magnifique de l'Evangile du Christ (i). »

Un an se passa dans ce labeur ingrat. Cependant le roi du Wessex, Cwlchelm, avait regardé l'union d'Xdwin avec une princesse du Kent comme une déclaration de guerre. Selon les mœurs du temps, avant d'engager ouvertement les hostilités, il essaya de la trahison. Un assassinat le débarrassant du roi son ennemi, la moitié de sa tâche serait faite; toute l'Angleterre du centre passerait d'ellemême au plus fort. C'était en 626; Ed\\ân tenait sa cour, dans une de ses résidences, près de la Derwent, aux fêtes de la déesse Easter; Paulin et ses chrétiens célébraient le jour de Pâques. Un envoyé de Cwlchelm, nommé Eumer, se présenta, porteur d'un message. Introduit et admis à parler, il expliquait l'objet de sa mission, lorsque, soudain, il se leva, et, un poignard en main, bondit sur le roi. Un des thanes ou fidèles d'Edwin, Lllla, se précipita et reçut le coup; l'arme était empol-

(i) Bède II, 7.

IXT \1>.1>T1N l'i: ■ \N"in:HlK\.

ivait frappt- si fort, (ju'ii Ira- j «en l« corp» da counÎMD, le roi Tut nttcÎQl : une I b^arrcMiml. où Ir Saxon en se di-fend.int, tuiim ] auUV loMal, «t Enît luî-méme par succomber. Piir bonbcBr. l» hlaatin du mi était légère.

• Or. (wllr nuit lii ru^me, Duît sacro-sainte de lu ttijur do Seigneur, l» rrine donna au roi nue fille, ijn'oa appela Eanllnl. Et comme le roi, en prè- •CDce d^ rrt^tjUR l'aolio, rendait grâces â ses Aitwi de oetie aaÎMaDce, iVvèque, de son côté, se mit à reodte grAm au Seigneur Christ, disant (jue par Sfs pti^m il en «vaîl obtenu pour la reine un enfaDKneol Kinadangtrel sans grandes douleurs. Chariné de ro paroles, le roî promit de renoncer au\ idole! cl de tertîr le Christ, si, dans la guerre qu'il allai' entreprendre contre le prince meurtrier. Dieu lui (onserxail la vie et lui donnoît la victoire. Comme ^njjc de sa promesse, il permit à Paulin de consacrer sa Elle au Christ. Elle fut baptisée, le saint jour delà Penteci'ite, la première du peuple Northumbricn, avec onze femmes i de la maison du roi. "

]ji campagne fut heureuse <ia6', et le Wesseic, vaincu, châtié, reconnut la domination d'Edwin- Des lors, tout le pavs de langue anglaise ne forniail |ilus qu'un empire. De retour dans ses provinces du nord, le roi vainqueur songea à tenir les promesses faites il l'évfquc : ni;iis il ne se liàta pas. Il avait cesse de rendre un culte aux idoles, et « dès ce moment, avec un grand zèle, il se faii

II) Btd« (II, g] ne duiino pas

ce <lemi<

i^r détail

: il est

jiruiitéâniK'pariiphi-ase saxonne,

citée (lai

is l'éditioi

nilc^i.

aJ h. loc. tf. UÈdc, EdiV. Hvv^sf

la foi par le vénérable prélat. Puis, avec ceux de ses thanes dont il estimait davantage la sagesse, il discutait et demandait leur avis. Et, comme il était naturellement très réfléchi, on le voyait souvent qui allait s'asseoir seul à Técart. Il se taisait. Mais ùu fond de son cœur, des voix secrètes parlaient, et il se demandait ce qu'il fallait faire , et quelle religion suivre. »

Ce que se disait le jeune roi, on peut le deviner. Tant de choses mystérieuses s'étaient accomplies : il se souvenait des prédictions de cet étranger, lui promettant le salut, une couronne, et une grande puissance; et tout s'était réalisé. En somme, il était le seul roi indépendant de toutes les nations teutonnes de l'île : le Kent ne comptait pas, le Wessex était écrasé et soumis; dans l'Est Anglie, le fils de Rœdwald régnait, — la reconnaissance imposait à Edwin le devoir de respecter l'indépendance de ce royaume, — mais il ne régnait que sous l'autorité îuprême de la Northumbrie.

Puis il subissait l'influence de l'évêque ; il se rappelait ses prédications ; il comparait saint Augustin convertissant Ethelbert à Paulin essayant de le convaincre. Il songeait à cette lettre reçue de Rome juelque temps auparavant, où le pape Boniface V ui montrait l'univers entier soumis à Dieu, Père, ^ils et Esprit- Saint ; près de lui le roi Edbald et ses Peuples déjà baptisés, et la reine elle-même, cette îhair de sa chair illuminée elle aussi des splenleurs de la foi (i).

(r) Bède, [[, jo.

I Un

SAIM' Al-T.LSTK 1>E fAyrtRULKV.

Uaeuuirektiro pontificale éUiït venue poui-Ethelburj!», rnhorlKnl nvcicinsislaiiee il prier, àagirpour In conversion de 8<>n mari, afin que l'union fùi complète, uninu dt^ii ùmes comme des corps. Ix pape avait joini de jielits présents. Il n'était guère i-icbe : au roi il «(Trait une chemise brodée d'or el un manlcQU do laine venu d'Aucyre; à la rciDe, ua miroir d*Br{;enl, et un peigne d'ivoire doré.

F^win songeait ti tout cela, et ne se décïdail ps: eop(>ndant il nvuii promis ii Tévèque de se donner au Christ, si le Christ lui donnait la viclnire sur SCS ennemis, el le Christ lui nvuit donné la victoire.

Ptnitîn assistait à ces perplexités du roi, eL s'en étonnait peut-être, habitué qu'il était de longue dale uux coups de tète des barbares, aussi prompts lu mal qu'jiu bien, plus habiluês à se décider qu" n^nécliir. Klhelbort avaÎL été iiuirement liipide '■> prendre sa résolution â la v»i\ de saint Augustin- Une objection pouvait arrêter le roî. On avait l'air de lui montrer la religion du Christ et la prospérll^ temporelle marchant de pair. Et cependant, qu'é- -tait devenue la prospérité du Kent? Il faut bieP avouer que les faits donnaient tort à l'argumen*" Dieu vint en aide à la bonne volonté du roi.

" l'iiulin vovait, dit itède, que l'orgueil de cet*-' âme royale avait de la peine à entrer dans la vo» ' saUitnîre de l'iunnilité ...» In jour donc que le rC était assis tout seul, à réllécliir sur ce problème rc iigieuy qui l'inquiétait, l'homme de Dieu vint à lu*ei, ini mettant la main sur la télé, il lui demanda I' Itcfonnaissct-voua ce s'vgwc'! «

Edwin frémit; comment Paulin savait-il son secret? « Il semble, dit Hède, que Dieu le lui ait révélé. » Il allait tomber aux pieds de Tévêque, quand celui-ci le releva et lui dit doucement : « Voici que, par la grâce de Dieu, vous avez échappé à vos terribles ennemis; voici que ce royaume tant désiré, parla grâce de Dieu, vous l'avez. Allons! ne différez pas à accomplir votre troisième promesse; croyez en lui, obéissez-lui. Il vous a arraché aux périls de la terre, et donné les honneurs temporels : si vous consentez à suivre sa volonté qu'il vous prêche par moi, il vous délivrera aussi des maux éternels, et vous fera participant de son royaume céleste (i). » Le roi répondit qu'il consentait à tout. Mais il voulait en parler aux chefs, ses amis et ses conseillers. Son but n'était pas de se décider sur leur avis, mais de leur donner l'occasion de suivre son exemple. Paulin consentit. Le grand conseil, on Witenageïnot, fut convoqué.

« Réunion célèbre, dit l'historien Green, et d'un haut intérêt, puis qu'elle nous montre par où surtout le christianisme entrait dans l'âme de nos ancêtres. Alors, comme aujourd'hui, ce qui touchait les esprits plus élevés, c'était cette lumière que la foi projette sur les ténèbres où s'enveloppe notre vie, ombres deTavenir et ombres du passé. »

On était aux portes d'York, près d'un emplace- 'ïient dédié de temps immémorial au culte des dieux bretons, romains ou saxons. Il y avait là un temple, c'est-à-dire une enceinte sacrée, une chapelle

(t)Bède, II, 12.

^.VIST AL'IJUSTIX I>E fANTEltltLUY. ■

l dt?s idoles : la localité ei'appolle encore uujuuril'bL (■odmtiiitlham, » le clos dos dieux >'.

I.e roi demanda à chacun ce qu'il pensait de celle dcjclriiic encore nouvelle et de celle nouvelle miiniJ:rcd'huni)rer In diviniié.

1^ premier t]ui lépoudil fut un prêtre puïcD, (loifi. Il tint un discours de sceptique et de désabusé assez vulgaire.

« A vous de voir, ô roi, ce qu'on vous prêche. (^uaiit il moi, en toute siDcérité, je vais dire mon exl>érlence. Il n'y a pas l'ombre de vrai, pas l'onibfc d'utilité dans la religion que jusqu'ici nous avons professée. I^ preuve, c'est que, parmi vos sujets, no\ n'a eu plus de /,cle que moi pour le culte des dieui • cependant, combien ont plus reçu de vous, tv* bienfaits et en dignités? combien dont les projets on •mieux réussi? Si nos dieux valaienl quelque chose c'est moi qu'ils auraient d'abord récompensé, leu:* fidèle serviteur. Donc, si ce qu'on nous prêeh*: semble, après examen, meilleur et plus solide, reste à l'accepter, et sans tarder. »

étranges paroles où le bon sens se mêle de mauvaise humeur. Plusieurs trouvèrent que Coifî avai* bien parlé ; on ne voit pas dans le récit du Vénérable llède qu'il y ait eu de controverse; les senlimente intimes du roi oLiiieiil trop clairs, et nul peut-être^ ne se souciait de les contredire. C'eslalors qu'un des assisianis se leva, et, se rangeant k l'avis du prêtre, ajouta cette délicieuse parabole si souvent citée :

i'. Tu le souviens peut-être, ô roi, d'une chose; (|ui arrive quelquefois dans les jours d'hiver, lorsque la es assis à table avec iescon\\.c% fc\.\.ft%\;ti^v\ç,ï>,'\.çi'A

SAINT PAULIN DYUlîK. 17

( feu est allumé et la salle chauffée, et il v a de la pluie, de la neige et de Torage au dehors. Vient alors un passereau qui traverse la salle à tire d'aile ; il est entré par une porte, il sort par une autre ; ce petit moment, pendant lequel il est dedans, lui est doux, il ne sent point la pluie ni le mauvais temps de rhiver; mais cet instant est court, Toiseau s'enfuit en un clin d'œil, et de l'hiver il repasse dans l'hiver. Telle me semble la vie des hommes sur la terre, en comparaison du temps incertain qui est au delà. Elle apparaît pour peu de temps; mais quel est le temps qui vient après, et le temps qui est avant? Nous ne le savons pas. Si donc cette nouvelle doctrine peut nous en apprendre quelque chose d'un peu plus sûr, elle mérite qu'on la suive i;. »

Ainsi donc ces rudes Germains, que nous nous imaginons peut-être uniquement préoccupés des grossières jouissances de la vie présente, avaient, eux aussi, « cette inquiétude, ce sentiment de Timniense et obscur au delà » iTaine . (^est le secret de la vie que demandaient ces barbares ; Kthelbert, dans sa première entrevue avec saint Augustin, n'avait laisse voir qu'un calme bon sens, mêlé de superstitions enfantines. Ici nous descendons plus ^vant dans les âmes, et si le thane northumbrien est ^e seul dont l'histoire ait gardé les mélancoliques paroles, combien d'autres avaient passé par les mêmes

doutes? Edwin lui-même, dans ses Ioniques heures

^^ méditation silencieuse, se demandait-il autre

^hose?

(i) TraJ, Tnine.

Le prêtre Coîfi parla encore : il sentait qu'il fallait mieux qu'une délibération; il ne connaissait pas, lui, comme son roi, les douloureuses hésitations de la conscience. Ame fougueuse et prompte, il voulait agir. « Que Paulin s'explique, dit-il. » Et quand Paulin eut achevé son discours, « Voilà longtemps, reprit le prêtre, que je le savais : c'est le néant que nous adorions. Plus je mettais de soin à chercher la vérité dans mon culte, moins je la trou* vais. Je l'avoue. La vérité brille dans ce qu'on nous annonce ; c'est la vie, le salut, le bonheur éternel \ qu'on nous apporte. »

Autres paroles bien notables. Il y avait donc alors dans ce milieu, nourri de fables sombres et absurdes, des âmes que leur mythologie ne satisfaisait point, qui réfléchissaient et qui cherchaient. Était-ce pour répondre à ces doutes que plusieurs 1 imaginaient, dit-on, un dieu suprême au-dessus d'Odin, auteur de tout ce qui existe, éternel, vivant, être terrible qui ne change pas, qui vit et gouverne d'âge en âge, et dirige tout du grand jusqu'au petit; puis un ciel au-dessus de Valhalla, où l'éternité ne se passât pas à se battre; et ut> enfer, au delà de l'enfer présidé par Héla, abîme san^ fond, toujours béant pour dévorer jusqu'à leur^ dieux.

Le discours du prêtre et celui du seigneur for — ment un de ces trop rares documents qui laissent entrevoir dans ces esprits barbares des profondeur^ mystérieuses. Ceux-là peut-être en comprendront toute la portée, qui, plus au courant de ce qui s^

sse encore aujourd'hui dans les missions loin--

SAINT PAULIN DTOKK. 177

taînes, savent combien de fois le prêtre rencontre de ces âmes dont on ne peut dire qu'une chose : elles attendaient.

Coifi ajouta : « Et maintenant, ô roi, je propose que ces temples et ces autels, que nous avons consacrés si inutilement, nous les maudissions, et les livrions aux flammes. »

Le roi répondit en donnant son assentiment à Paulin et en se déclarant chrétien. Puis, se tournant vers le prêtre : « Qui le premier osera profaner les autels, les temples et les enceintes sacrées? — Moi, reprît Coifi. Je les ai honorés dans ma folie : Dieu me concède sa vraie sagesse. Qui mieux que moi pourrait donner l'exemple aux autres? »

Aussitôt il demande au roi des armes et un étalon. Le prêtre germain ne devait jamais toucher a des armes et ne pouvait monter qu'une jument : on ne pouvait mieux renoncer au sacerdoce idolâtrique. Il se ceint donc de l'épée, prend une lance et saute sur un cheval. « Il est fou, disait la foule », et tous s'attendaient à voir le feu du ciel tomber sur le téméraire; mais lui, courant à la hutte sacrée, enfonça la lance dans la muraille, et, sur son ordre, ses compagnons se mirent en devoir de tout démolir et de tout incendier.

La grande résolution une fois prise, le roi Edwla se hâta de la mettre il exéculVon. \5\\^ ^^viva,

r.H SA:m \i..l-i!V hi '■ANTEKHLRV.

chapelle en plaiirhe» fui 14ue, elil«lié« â saint l^ene, [lour Mi^îr aus raiéchismcs de l'év.'^ae; el. le ii o¥ril 6^7. jour de Pikqups. il fui baptisa.

Dès Ion, commença pour l'êv^De DDe période de iravaun mi» relarhe. 1^ méthode lente el sAre suivie |»r (uint Aufi'UsUn (lan« le Kent était inipratirablc dans ce nouveao champ d'apostuliil. II ne Tnllailpas, pour le momenl, songer â fonder des églises stables partoat nù puuvail se manifester un mouTement de ronver»i»ns ; Paulin était à peu près seul, n'ayant guère d'autre compagnon connu que le disere Jacques, homme ardent, tenace et zélé. De plas, attaché à la personne du roi, il fallait raccompagner dans ses courses d'un bout ii l'autre de ses domaines, aller de villas en %illas, de la Iternicie dans le Deira, et le suivre josqu'en dehors de ses frontières, cliei les princes iribuliiires.

Kdwiit éliiit toujours pur monts et par vauï, siii- > cillant, et rendant l'a justice. Aussi la paix régnaitelle dans ce que le Vénérable llède appelle un peu limidement l'Empire d'Angleterre; et c'était un proverbe qu'au temps du roi Kdwin, une femme fl son cnfnni pouvaient aller, seuls el sans crainte, (le In nier d'Irlande à la mer du nord. Le bon roi avait même fait ménager le long des grands chemins des fontaines pour les voyageurs. Nul n'aurait osé voler les vases en cuivre, qui étaient là à la disposition du premier venu, attachés à un pieu par une chaincttc. 11 chevauchait dans son royaume; et, au temps du Vénérable ISède, les peuples se rappelaient encore avec admiraiiou, les beaux é<|uipages dugrand roi, J'clendard pouvçve ev. os, vqvx^owï^ i.è.i^w'i.

lême en temps de paîx, et cette touffe de longues •lûmes flottantes, sorte de flabellam oriental sans loute, qui se balançait au-dessus de sa tête.

Paulin et son diacre suivaient; et, tandis que e roi administrait les affaires et percevait les evenus, l'évèque allait par la campagne, ordinaiement le long d'un cours d'eau , et dressait une iroix. Jacques, debout a côté, entonnait quelqu'une le ces mélodies grégoriennes, qu'il avait probablenent été un des premiers à faire entendre en Angle- :erre au débarquement de saint Augustin. Les Toules accouraient. L'Esprit de Dieu était sur ce peuple, et les conversions se faisaient par masses.

On suit l'évèque au travers du domaine royal. l'une ville h l'autre, et, de tous les côtés, son souk^enir est resté vivant pendant des siècles. Ici c'est in puits qui garde le souvenir de son nom, la, un •ulsseau, Paulin's well, Pallinsburn. On le trouve h ïork d'abord, où le splendide rninster^ une des plus riches cathédrales du monde, marque l'endroit )ù fut baptisé Edwin. Le petit oratoire en bois, élevé au centre du camp romain, était trop insuffisant pour la principale résidence royale ; et cepeniant le roi voulut le conserver, c'était le berceau ie sa foi. Tout autour, Paulin fît élever une basilique en pierre, — Bède ne manque jamais de noter ce détail , — et ce fut longtemps comme une chasse pour cette relique.

Puis, aux environs d'York, l'apôtre est au gué de Malton, sur la Derwent, à un endroit appelé encore le Jourdain, en souvenir de nombreux baptêmes; — ^Dewsbury, au sud de Leeds, sur la Calder, où jadis

«- ■ — ftafin prêcha wfoa

1 Îm^ -.•«i->— .iin.^-

.U.M^ >* ..Nvu,*."-^ .■- -. : l'-ii nus- LiiioJiitres

■ ffc»«. '-i, ... V«.J,t.u..>..- — .-;.-.- 1.0.0 -.V.

De là, nous voyons Paulin revenir vers le sud. Il est à Southwell, où, dans les eaux du Trent, se renouvellent les baptêmes par grandes foules. Lincoln aussi se réclame de saint Paulin. Il venait de convertir le reeue, ou gouverneur de la province, nommé Blaecca, avec toute sa maison. Le néophyte donna une partie de sa fortune pour construire une belle église en pierre. Au temps du Vénérable Bède, les murs étaient encore debout, mais, sans toit et menaçant ruine. On y venait pourtant en pèlerinage, et l'année ne se passait pas qu'il n'y eût quelque miracle. Saint Paulin était le patron de l'église fondée par lui; mais peu a peu on l'oublia, et il fut remplacé par son grand modèle, saint Paul.

A ce moment, Tarchevêque de Canterbury Justus venait de mourir. Il avait eu la consolation de voir doubler et tripler sous son court pontificat les conquêtes de la foi; un nouveau roi baptisé, une église nouvelle fondée, l'avaient consolé de la perte de Londres. Et déjà les plans de saint Grégoire commençaient à se réaliser : le premier noyau de la province d'York était formé, et n'avait plus qu'à se développer. Justus mourut le lo novembre 63o (i),

(i) La date de sa mort, varie d'après les historiens entre 637 et 633.

SAIST AUGLSTIS DE C.l.VTKRBlRY. \^'

et du martyre. Quelle est donc la force cachée de la foi pour qu'à tant de siècles de distance, des races si profondément étrangères Tune à Tautre, et si différentes de caractère, Saxons et Japonais, se rencontrent tout à coup dans une même tendance au même idéal?

Dès Tépiscopat de saint Augustin, les monastères, du Kent se peuplaient de Saxons. Le siècle ne passera pas que Tépiscopat ne se soit recruté presque entièrement dans les rangs anglais. Déjà Dieu a ses vues sur un moine de Canterburv, le Kantien Ithamar qui sera évoque de Rochester (644-635). De toutes les provinces, on venait déjà s'abriter sous le toit du monastère de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Deusdedit, qui sera le premier archevêque saxon (654) > est venu du Wessex à une époque où à peine les apôtres de T Evangile avaient pu y paraître en passant (i). Thomas, second évêque de l'Est Anglie, est né au pays de Gyrwas, dans les plaines marécageuses des bords du Wash. Damianus, successeur d'Ithamar (655) est du Sussex. Puis il y a les femmes, chez qui germent déjà les idées de vie religieuse, ces femmes germaines dont Tacite avait vanté la pureté et l'ascendant moral. Bientôt saint Aïdan fondera la célèbre abbaye d'Hartlepbol pour les Northumbriennes, en même temps que, dans le Kent, la veuve d'Edwin établira le couvent de Lyminge. Déjà parmi les âmes d'élite qui s'attachent à la prédication de saint Paulin, il y a une jeune fille âgée d'environ quinze

(i) Saint Bii'itnis, apôtre du Wessex n*y esl \ev\v\ ^yvC^vv ^'^'a-

SALVT AUUl'SÏIX DE CAN'I'ERBVRY.

, <lu plus pur sang d'Odin, et petite iiîèce du

roi, qui sera la première de ces grandes religieuses

anglo-saxunnes dont nul n'a pins le droit de parler

après Montalernbert. C'est l'abbesse sainte Hilda, la

Tondalnce du moonstère double de W itbv , mère de

lUte jiae génération d'évéques et de missionnaires,

I erra siéfjer dans un concile, comme un

foi.

e de ce bol avenir réjouit les derniers jours

e saint Jusius. Quiind il disparut, les

..ignoiis d'Augustin reslaient bien peu

Li'ancien petit clerc et élève de saint

,Lii, à la tète des premiers moines débar-

rleterre, entonnait jadis les litanies sur la

^ ^ iterbury , vivait encore. Témoin des

reniières luttes, il fut désigné pour monter ii son

tour sur la chaire primatiale. Honorius fut sacré par

Paulin dans la fondation nouvelle de Lincoln (i).

La foi faisait à ce moment un nouveau pas en avant : l'Est Anglic se fonver lissait.

L;i politique y était pour quelque chose. Le ro\aiiiiie de liœdMald, était, ii la mort de ce roi, (loveiiu une sorte de dépendance du Norlhuniberliiucl. L'siint de son aulorîté morale de s

Edwin avait amené au christianisme le nouveau prince Eorpwald (628). Bientôt le parti idolatrîque, là comme ailleurs, commença à s'agiter; la vieille religion d'Odin ne cédait pas sans combat, et le roi néophyte fut assassiné. Une courte anarchie suivit, pendant laquelle le royaume échappa aux mains du roi de Northumbrie ; la chrétienté toute nouvelle était coupée dans sa racine. Mais Dieu avait mis en réserve des germes de résurrection. Un frère du prince martyrisé vivait en Bourgogne dans l'exil. Là, Sigebert avait trouvé la foi, fréquenté saint Columban, étudié la vie monastique et les écoles de Gaule; et quand, après trois ans d'anarchie, il reparut dans sa patrie, il amenait avec lui un évoque, Félix le Bourguignon, qui allait être le yrai fondateur de l'église d'Est Anglie, ébauchée par saint Paulin ou ses disciples (63 1).

Un siège épiscopal, hiérarchiquement soumis à celui de Canterbury, fut fixé à Dunw^ich, petite ville à peu près disparue de la côte du Suffolk, et plus tard remplacée par Norwlcli.

Dans la personne de l'évêque français, saint Félix, un élément de conciliation entrait dans l'église d'Angleterre. Etranger aux controverses qui, depuis la tentative de saint Augustin, divisaient Celtes et Romains, il pouvait envisager toutes choses avec calme. Bientôt les deux Eglises allaient se retrouver en présence. Un flot de missionnaires est prêt à se jeter d'Ecosse ou d'Irlande sur l'Angleterre. Chacun luttera pour ses idées, et non sans aigreur parfois; mais enfin des saints seront en face d^autres saints, et Bède pourra écme •. ^<.^^w\ ^^

1»! SAINT Al'ur.STIV" [lE CANTERliURY.

vécut lY'vèque irlnnilnis, saiut Aidan, on porta sans Bc plaindre, de pnrt et d'autre, les dissoiiaDces rituelles;,., car tout le monde l'aimait, aussi bïea [loiiorius tie Ciinierbury, que Félix d'Est Anglie(i)...

Du reste un certain apaisement se produisais Vers ce temps In (entre G3o et 6^0), sur une lettre du pape Honorius, le retour à l'anilé liturgique s'ébauchait en Irlande : le sud de l'ile, au concile d'Old Leighiîn admettait le cycle pascal romain. Puis le grand mouvement d'apostolat qui deviiit Jeter les moines irlandais tout au travers de l'Angleterre commenraîl par un essai isolé, dans l'église même de saint Félix. l'n moine, chassé de sa patrie par les révolutions politiques, parcourait le monde, suivi de ses deux frères et de quelques disciples, sentant des monastères sut- sa roule. Su première étape fut sur les terres de Slgebert. Il s'appelai' Furseus. Comme il traversait l'Angleterre, une maladie l'arrêta, et une vision lui enjoignit de reste plus longtemps où il était, pour y prêcher la foi. L roi lui céda, pour fonder un monastère, de vasl^ terres, à Burgh Castie, dans le Suflolk au bord de ■ mer, dans une forêt, et il s'y installa au milieu d^ ruines d'un casteUuiii romain. Là, 11 enseigna, cocr vcrlii, baptisa. Il eut des visions restées célèbr&s Nomme étrange : un vieux moine, qui l'avaitconri-ij contait au vénérable llède, qu'il portait à l'épaule c\ au visage les traces de brûlures reçues, dans «n vnyagi; en enfer, au contact d'un damné : et quand

i<) lU, .^.

SAINT PAULIN DTORK. 187

il faisait h ses intimes la confidence de ses révélalions, on le voyait, en plein hiver, au souffle glacé (le la bise, sous sa légère tunique , ruisseler d'une sueur brûlante, comme s'il sortait d'une étuve : si terrible était le souvenir des visions d'autrefois (i).

Enfin l'amour de la vie érémitique l'emportant, il se retira dans la solitude avec son frère saint UU tanus; puis, au bout d'un an, troublé dans son désert par la guerre qui venait d'éclater, il reprit son bâton de pèlerin, passa en France, fonda le monastère de Lagny où il mourut.

La vie monastique gagnait donc du terrain. Le roi Sigebert faisait venir des moines de Canterbury pour fonder des écoles, où l'on a voulu voir l'origine de l'université de Cambridge. Dans quels rangs de la société se recrutaient les monastères, nousl'ignorons. Une seule vocation d'alors nous est bien connue, et c'est celle d'un roi. Sigebert, vaillant soldat, « grand chrétien et grand savant, » dit le Vénérable Bède (2), a se prit d'un tel amour pour le royaume céleste, qu'il abandonna toutes les aflaires, abdiqua, entra dans le monastère qu'il avait fondé, reçut le tonsure et s'occupa de combattre pour la couronne éternelle. » Prémices de cette série de rois saxons qui s'en iront peupler les cloîtres aux siècles suivants, et donneront au monde le spectacle unique d'une sorte de contagion de la vie religieuse.

(») Bède, II, 19.

W II, i6-, m/ 18.

:n> -kvZNT AO-L>TDi DE CVNTERBURY

iV. le psipe. — eVtaîi Honorius I, — suivait d^ *A>ta Ik^ prvvrès de la foi en Angleterre. Quand î^ apf^t Ia toadbtioQ de Fê^Use nouvelle d'York, î ecrtxît À son komonvine Farchevèque de Canterb<jtr>t» Ittî rji|>|i«^ldint les règles posées par saint Gré- ^HDf daiots <e$ lettres à saint Augustin au sujet de ror:jantsjkiî%>n des diocèses, et lui envoyant, h lui et à <uiint l\jiaKn. le pallium i .

l ne autre lettre était destinée au roi de Northumbne : le pape le félicitait de sa conversion, lui disant truelle joie la chrétienté tout entière en avait ressentie : rien nVtait plus royal que de s^incliner sous la maiti de Dieu, le roi suprême; Edwin devait donc persévérer dans la voie ouverte devant lui ; il devait faire sa lecture des œuvres de saint Grégoire, véritable apôtre de F Angleterre, se pénétrer de la doctrine de ce grand pape, et recommander à ses prières son royaume, son peuple et son propre salut 2\

Mais quand cette lettre arriva, il était trop tard, Ed^^-in n^était plus.

Comme tous les essais d'unité nationale tentés jusque-là, l'empire d'Edwîn était fragile. Depuis quelque temps, un nouveau groupe se formait, au

(ï) Bède, II, 16-17.

(a) Bède, II, 16.

SAINT PAULIN D^YOKK. \<*

centre même de l'île. La Mercie était le dernier en date des royaumes anglais. Elle avait tour a tour subi rautorité d'Ethelbert, de Rœdwald et d'Edwîri. Mais, toujours en contact avec les Bretons, elle avait, plus que tout autre, gardé l'esprit belliqueux et roiiquérant. Son troisième roi, Tusurpateur fleari, avait donné sa fille en mariage à Edwin, pendant son oxil : d'où, l'union des deux peuples durant une di/ain^r d'années. A la veille de la conversion d'Erlw in, Oarl mourait, et avait pour successeur Penda, ile la lamille royale détrônée, homme robuste, déjà cj'.Mtra comme acharné batailleur et âgé de jo ans. [in*. fois de plus, l'équilibre anglais allait chang'T : l<î Wessex ayant été vaincu par les Mercîen», rii«''g«'*rno nie northumbrienne disparaissait; maint<*iiiint I^h royaumes se groupaient deux ii deux, la Nortlium brie et l'Est Anglie, l'une et l'autre clin'*tirMiiM'M t*\\ partie, contre le Mercie et le Wessex ojinm* roin plëtement dans le paganisme. Pourtant, IVndji ii'iM*!! pas été le plus fort, si un auxilliaire iiiîitteiMlii ii'rlml venu à la rescousse. Toujours ii l'îiilut (rorcjisioiiM de vengeance, les rois bretons pro(itni<îiit «h'M «livisions entre princes anglais pour les fiHiiihlir nux dépens les uns des autres, (iadwiillon, »'<»» *>** Gwynned (Norlh Wales), avjiil immî n'vtinrlio ii |»r«Midre des conquêtes du payen KlJM^Ifrid v\ «lu vUvv tien Edwin. Il ne recula pas devant la [yminro i\o. s'attaquer h des coreligionnaires ; ils étaient Anglais, cela

suffisait a sa haine.

Le choc eut lieu à Ifatiield (i), Kdwin fut vaincu

(i) Près de Doncaster.

SAINT AfiiLSTlN liE i;AN"TEKBUIIV.

et lue, I a ocloLre (i33 ; il avait 4^ ans. Les An; l'ont honoré i-onime martyr. L'année suivante, Pendii B« porta sur l'Est Anglie. Le peuple menacé se relouriiu vers le viens roi Sigebert. On le fil sortir de la solitude: un simple bâion à la miiin, pour ne pas verser le sang, toujours v6tu en moine, il se ri^mii a la xàte de son armée, et tomba dans lu défaite des siens.

Du coup, l'œuvre chrétienne d'Edwin, était blinde. Tondis que le roi de Mercîe se portait codtre \cs Aii};les orientaux, son ailiê breton s'acharnnÏL sur sa proie, i' En ce temps-là, dit Bédé, il se fit un grand corniige dans l'église et le peuple de Nurlhiimbrio : l'un des deux chefs étant paien, «l , l'autre pire (ju'un paien;... Cadwallon se disait r^hréiieii, mois son cœur et ses mœurs étaient d'une telle barbïirie, qu'il s'en proTiait au\ femmes, é^'orgeail les petits iniioeenls; et. dans sa cruauté de bète fauve, il ne les mettait à mort que dans les tourmenls. Longtemps il promena par toutes les provinces sa course furieuse, ne cherchant qu'à effacer du sol breton la race an-laise. La religion chrétienne elle-même, parce qu'elle était la religion de ses ennemis, il la méprisait. El aujourd'hui encore, c'est le propre des lîretojis de ne pas tenir plus de compte de la foi des Anglais que s'ils étaient païens /i'. »

O n'est pas tout: pour comble d'infortune, l'apostasie suivit la défaite. Un cousin germain d'Edwin, Osrir, baptisé par saint Paulin, avait pris pour lui le

(ijic.lf, H, <.■!..■>".

Deïra. Un fils d'Ethelfrid, baptisé, lui aussi, mais par les moines d'Iona, s'empara de la Bernicie. II y eut réaction païenne, les idolâtres voyant sans doute dans les revers du royaume, une vengeance des dieux ; les deux roitelets apostasièrent. Dieu les attendait là : Tun fut tué dans un engagement contre les Bretons, l'autre égorgé par Cadwallon dans une entrevue. « Année terrible, dit Bède, aujourd'hui encore en horreur à tous les gens de bien, tant à cause de Finfamie des deux rois anglais, que pour la tyrannie folle du roi breton » (i).

Et pendant ces révolutions que devenaient les missionnaires? L'œuvre de six ans était anéantie. La famille royale du Northumberland était décimée, exilée, en fuite; la reine Ethelburga avait pris la mer et regagné le Kent; son aumônier l'évèque Paulin avait dû la suivre. Tandis que, pour se consoler de ses malheurs, elle fondait a Lyminge près de Canterbury le premier couvent de femmes 6n Angleterre, Paulin, vieilli, épuisé par des travaux surhumains, découragé aussi peut-être, acceptait le niodeste siège de Rochester laissé vacant.

Quelques étincelles cependant couvent encore sous 'a cendre en Northumbrie ; Tintrépide diacre Jacques ^st resté là-bas, inébranlable à son poste.

Ainsi se fermait par un échec sur toute la ligne, ^^mble-t-il, la mission des moines romains dirigés

(i)Bède, m, ch. i.

m SAINT Al-llSTlN DE CAMEIUirHY. ^^H

par saint Auguntin; des ruines dans la Nortbumbrie, dm ruiiiesdnns l'Est \nglie, des ruines duns l'Essex, d'infructueuses tentatives dnns les pays ^'allois; rien dans le Sussvx, eiicort^ païen pour longtemps; rien non pluft dans le Wessex; doux diocèses seulement dan» le Kent et quelques im^nost^res; les autres églises, York, Lincoln, Diinnirh, uu détruites uu ébranlée* : voilà le résultai apparent de quarante on* d'«flnrls.

A regarder de prés pourtant, il n'y a là qu'un insucct^s de surface, lien qui dépasse la mesure ordinaire d'épreuves que la Providence ménage aux (lîuvres d'avenir. En réalité, n'était-ce rien que d'avoir relié l'Ile lointaine au reste du monde, d'avoir apporté de Konie les germes de tant de sainteté.' IjOS siècles suivants les verront éclore. En attendant, l'ébranlement est donné, et \oilà que de toutes parts les travailleurs vont se précipiter en Angleterre, les Irlandais au nord et au centre, avec saint Aïdan, les llomains et les Francs au sud, avec saint Birinus.

Après tout, les merveilleux succès qui vont suivre ne s'expliquent pas sans le travail des premiers apôtres, d'Augustin et de ses moines. Ceux qui viendront cultiver l'Est .\nglie trouveront le sol profondément labouré déjà par saint Félix, une église éprouvée, mais encore vivante. Dans le Wessex, où saint Kirinus \a bientôt arriver, le sol est absoknnciil vierge. Mais il n'en est pas de même dans le Norlhumberlatid.

Quand, clans un an, pas davantage, les moines irlandais de saint .Vidan descendront d'Kcosse avec JepJcuv roi saint l)s\\a\à, \es gouvcï^ww?. 'vï\\Rit\titîv-

pues reprendront de plus belle. Et qui oserait dire que les travaux de Paulin n'y seront pour rien? En tout cas son diacre Jacques sera toujours là. Le peuple northumbrien ne s'y trompera pas; il gardera longtemps le souvenir de son premier évoque, à la haute taille un peu courbée, aux cheveux noirs, au nez aquilin, à l'aspect vénérable, au regard pénétrant et parfois terrible (i). Et ceux-là même qui plus tard se feront les défenseurs des pratiques celtiques, comme l'abbesse sainte Hilda, n'oublieront pas qu'ils tenaient leur foi de Paulin, l'évèque romain.

A Dieu ne plaise que je veuille rabaisser la gloire des moines irlandais. Mais la polémique anglicane a essayé si souvent de les exalter au détriment des moines romains qu'il est bon de rendre à chacun ce qui lui est dû. Or, le Kent, l'Est Anglie, et plus tard le Wessex et le Siissex, sont la conquête exclusive des envoyés du pape. Au Norlhumberland la gloire de saint Aïdan ne doit pas rendre injuste h l'égard de saint Paulin. La Mercie est le champ de combat du Celte saint Chad, mais c'est de l'archevêque de Canterbury, saintThéodore, qu'il tient son siège de Lichtfield. Son frère, l'évêque Cedd essaie bien de reconstituer l'église de Londres; mais il n'a pas de successeur légitime, et c'est avec l'anglo-romain saint Erkenv^ ald que la liste épiscopale de Londres recommence pour ne plus s'interrompre.

<( Est-il possible de nier, demande l'abbé Duchesne, que les efforts (des moines irlandais) aient été absorbés dans le mouvement général parti de

(i) Bède, II, i6. « Venerabilis siinul et terribilis aspectu. »

Rome et du Kent? Est-il admissible que l'église anvglaîse, constituée définitivement sous le gouveri::i.enient de Théodore, avec le personnel choisi ou ^\ccepté par lui, ait jamais vu en eux ses directe ^ars véritables? Missionnaires zélés, ascètes illuslr-^s, préchcateui's d'exemple encore plus que de par^z^ie^ ils ont été et resteront toujours vénérés parles cta rétiens d'Angleterre. Mais ceux-ci ont eu dès TorigT/îe cet esprit d'ordre qui distingue encore leurs desrendants; entre l'enthousiasme irlandais et la discipILiie romaine, ils n'ont pas hésité longtemps. Dès ()()4, le rite scotique était abandonné en Northuin-^ brie, trente ans seulement après l'arrivée des pr^" niiers apôtres scots. Cantorbéry, siège primatia* ^ représente la colonie romaine primitive. Les patroiP^ ^ de l'autre siège métropolitain, celui d'York, sotP- ^- ■ Paulin, le missionnaire venu de Rome, et Wilfrid- ' l'ÂDglais ultramontain, pour qui Théodore lui-mêm ^^ était un modéré (i). »

Il faut donc laisser h Augustin son titre de père i '^ l'église d'Angleterre. Ce n'est pas au maçon qc^-^ bâtit les murs de l'édifice qu'on donne le nom i ^ fondateur, mais à celui qui solidement a posé % ^ première pierre et jeté les bases du monument, ^ celui surtout dont la pensée directrice a présidé ai^- ^ travaux. Mais à l'égard de l'envoyé de Rome il n'y ^ point de justice parfois dans la littérature angL ^'^ cane. On le juge, on le condamne, d'après d ^^^ pièces évidemment incomplètes, voire d'après L ^^ légendes. On le sacrifie à son maître saint Grégoitr*^^'

(i) Ducliesiie, Eglises séparées, p. lo.

SAINT PAULIN D'YORK. lUj

louant Tun de commander, blâmant Tautre de se faire diriger; on le sacrifie au roi du Kent; et l'historien des archevêques ose commencer son livre par c.*es mots : « En 597, Ethelbert fonda l'église de Canterbury » (i). On veut ne rien devoir à saint Augustin, et, pour échapper a Rome, se rattacher bon gré mal gré aux églises celtes d'Irlande ou du pays de Galles. Un autre (2) attaque les méthodes de l'apôtre : on trouve qu'il s'attarde dans le Kent, qu'il y fonde une chrétienté solide, mais étroite. Il est "vrai que le même auteur fera le reproche contraire SI saint Paulin : quand l'évêque d'York parcourt le nord, prêche sur toutes les rives, jette à tous les vents la semence évangélique, on décide qu'il se répand et ne fait rien de solide. L'histoire ne sait à qui entendre. La vérité est dans cette formule d'un autre écrivain protestant : Rome a planté, les Irlandais ont arrosé, les Welches n'ont rien fait.

Rome a planté, et il faut, pour être complet, ajouter qu'elle a taillé, émondé, dirigé la sève; car, après cette période de luttes, d'épreuves, de tâlonûernents, où les élèves de saint Grégoire et les frères de saint Augustin se succèdent sur la chaire de Canterbury, Rome va envoyer le véritable grand homme de l'Église anglaise primitive, l'administrateur ha- ^ile et savant, moins connu du peuple que des érudits, défendant les principes romains a la fois contre leurs adversaires bretons et leurs défenseurs exagérés, le '^^oine grec de Tarse, un compatriote de saint Paul, 8£^ lut Théodore.

( 1) D^Hook, 0/?. r/V., p. i.

( 1) DrB. Lighlfoot (évêquede Dxxvh^m) ^thcNorthemfounders,

I 4e Canierbiirv , ci

f «McW- iflêsant. la liste en

éMfcâf— p*» ffcir. et^Haymaïupiail plus que

s. kn p^erins du raond*:

b K<-m* aariai** La. on ne \owît que reliquaires- »ri. d'autel ^n soie!, un pouvait refaire loule l'histoiC* du plus ;,Tand sie^*' archiépiscopal d'occident.

I>ans I é^is« de labba\e d abord, larg'e comni^ itjn- caUiédrale, se déroulait au complet la période t-rimilive . .

Au ri>n<l, diitis la cliapelle du chevet, la chàss^ •il- uiiiiil AuKU'itin dominait, sur l'aulel de la suînie 'rpiiiiti', iiviT sjilril Liiurenl à sa droite et saint Mel' lilim 11 m i-mii-Ui:; tout près, Jiistus et Uonoriu9, Ki'iioil'-illuii 'l'iirodori', — le ;,'roupe entier des foiidali'iitn, eiiii| iii'cln>vi''i|ii(',s iiiniaiiis, un saxon, un grec.

:>■ ll.l,|iliii", U vil., 1.1, aV 1.1,1 SS,V>\a=.i,«t\^\.-i;yo.-^n.™.

GLOIRE POSTHUiME. 197

A défaut du premier abbé, saint Pierre, emporté par une tempête en face de Boulogne, il y avait le collaborateur de saint Théodore, l'Africain saint Hadrien.

Au-dessus du maître autel, on vénérait les reliques de saint Luidhard, et du saint roi Ethelbert. Dans le sanctuaire même, tout autour, on avait réuni d'autres saints moins connus, ou dont le culte est resté problématique : Britw^ald, à qui l'Angleterre doit son respect pour le. repos dominical, Tatw^in, qui organisa les écoles, Nothelm, Tamidu vénérable Bède.

Avec les archevêques, les rois du Kent, les abbés du monastère, venaient tour à tour peupler les caveaux ou les cloîtres. Mais, à partir du huitième siècle, l'histoire ecclésiastique de Canterbury cesse de s'écrire ainsi sur les dalles funéraires de l'abbaye, pour se poursuivre à la cathédrale. D'assez tristes aventures avaient enlevé à saint Augustin la gloire de voir ses successeurs prendre à ses pieds leur dernier repos.

L'archevêque Culhbert {y^i^yljS) ne manquait pas de dévotion à l'égard du saint fondateur : c'était î^u concile de Clovesho, présidé par lui, que les fêtes de saint Grégoire et de saint Augustin furent imposées à toute l'église anglaise. Mais il y avait dans sa ville métropolitaine une rivalité de couvenls. TLa cathédrale, desservie alors par des séculiers, en voulait à l'abbaye de sa popularité. L'évêque avait ses desseins, il venait d'ajouter à sa métropole une petite chapelle, dont l'usage futur n'était connu que àe )u]. II était vieux et malade; ou \u\ V\v\\W\\. ài^\a.

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